LE FIL

Jura

Des vignes balayées par un glissement de terrain

Mardi 20 juillet 2021 par Alexandre Abellan

« Je n’ai jamais vu de glissements aussi importants » témoigne Jean-Claude Credoz, qui se réjouit qu’il n’y ait eu ni blessés, ni accidentés.
« Je n’ai jamais vu de glissements aussi importants » témoigne Jean-Claude Credoz, qui se réjouit qu’il n’y ait eu ni blessés, ni accidentés. - crédit photo : Domaine Credoz (Valentin Credoz)
Véritable film catastrophe dans des parcelles de Château-Chalon et Ménétru-le-Vignoble, littéralement emportées par des pluies torrentielles.

« Un drame de plus. On était déjà bien servi avec le gel de printemps, la grêle et le mildiou (pour la troisième année de conversion en bio) » pose Jean-Claude Credoz, à la tête du domaine Credoz (9 hectares de vigne, dont la moitié en AOC Château-Chalon). Après des mois de mai et de juin particulièrement pluvieux, les averses qui n’ont pas cessé du mercredi 14 au jeudi 15 juillet ont causé d’impressionnants glissements de terrain sur les coteaux voisins de Château-Chalon et de Ménétru-le-Vignoble.

« Ça a commencé le jeudi, par des fentes sur la route de Ménétru-le-Vignoble, puis le mur de soutien s’est effondré. Vendredi, une faille de plus de 50 cm de large est apparue sur notre jeune plantier (planté au-dessus de la route ce printemps). La faille a progressé dans la nuit, le samedi il n’y avait plus de route. C’est allé très vite » décortique Jean-Claude Credoz, dont 80 ares de vignes sont touchés sur trois parcelles. Deux se trouvent au-dessus de la route et ont littéralement décroché, avec des fils et piquets se trouvant désormais à 5-10 mètres de haut après le glissement. « Ça va être un boulot monstre de tout refaire, en totalité » ose à peine imaginer le vigneron. La parcelle en dessous de la route a été détruite à 50 % par les éboulis, mais « on va essayer de récupérer les raisins que l’on peut, on ne veut pas en laisser un raisin après le gel » esquisse Jean-Claude Credoz, qui n’a pas souvenir, à 52 ans, d’avoir jamais vu de tels dégâts dans le Jura.

"Zones très argileuses"

« C’est assez spectaculaire et exceptionnel, mais ce n’est pas surprenant » analyse Gaël Delorme, le responsable technique de la Société de Viticulture du Jura. Sans pouvoir recenser les dégâts ayant touché d’autres vignes de ces coteaux, le technicien rappelle que ce « vignoble est assez particulier, avec des zones très argileuses, les marnes. Nous sommes habitués à ce que ça bouge. Les épisodes pluvieux ont accentué de manière spectaculaire le phénomène d’érosion et de mouvement des routes. Il suffit que l’eau créé un passage privilégié pour que la stabilisation lâche. »

L’état de catastrophe naturelle étant reconnu depuis le 16 juillet par la préfecture du Jura, Jean-Claude Credoz attend désormais que des décisions préfectorales soient prises pour remettre le paysage en état. « Si la route est refaite d’ici trois ans, ça ne sera pas mal. On pourra alors refaire la vigne, mais il faudra au moins quatre ans avant d’avoir une production. Et il faut rajouter deux ans avec l’élevage. Le préjudice est énorme » note le vigneron.

Coup du sort

Semblant plus tenir du destin que du hasard, ces glissements de terrain frappent le domaine Credoz alors que le fils de Jean-Claude, Valentin, rejoint la propriété familiale ce premier juillet pour préparer la relève. « Pour une première année, c’est l’enveloppe complète » grince Jean-Claude Credoz, qui se souvient avoir rejoint le domaine en 1991, pour un gel longtemps considéré comme historique. « Mais ces gelées n’ont plus lieu tous les trente ans, mais tous les deux ans » s’inquiète le vigneron.

 

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