LE FIL

Pas de répit

Le mildiou maintient sous pression le vignoble bordelais

Mardi 20 juillet 2021 par Alexandre Abellan

Le mildiou est 'plus conséquent cette année' note Catherine Robin, la vigneronne essayant 'tant bien que mal' de suivre la cadence des traitements.
Le mildiou est 'plus conséquent cette année' note Catherine Robin, la vigneronne essayant 'tant bien que mal' de suivre la cadence des traitements. - crédit photo : Archives IFV
Soumettant à rude épreuve les vignerons de Bordeaux, notamment bio, le millésime 2021 semble passer par une phase d’accalmie, qui ne doit pas endormir la vigilance des techniciens.

Accalmie dans le vignoble bordelais après une semaine sans la moindre précipitation : l’été s’est installé et les pulvés peuvent se reposer… Momentanément. « Tant que la véraison n’est pas passée, il y a toujours la pression [mildiou] » résume Catherine Robin, à la tête du château La Serre (10 hectares en AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur). « On navigue à vue. Plus rien ne se décide de manère automatique, c'est trop chaotique » témoigne Isabelle Bouchon, qui gère le château Haut-Mongeat (16 hectares en bio et AOC Bordeaux et Graves de Vayres). Sans se bercer d'illusion, la vigneronne n'a plus qu'un espoir : que le beau temps s'installe pour mettre fin à plus de deux mois de pluies régulières et à une pression mildiou exceptionnelle. Ou plutôt de nouveau exceptionnelle, après des millésimes 2018 et 2020 qui avaient marqué les mémoires viticoles.

« D’habitude on dit qu’un printemps sec ne fait pas un millésime à mildiou. Là, ça n’aura été vrai qu’au début du cycle… » rapporte David Pernet, le directeur du service conseil de Sovivins (Martillac), pour qui la particularité du millésime 2021 tient aux trombes d’eau tombées de la mi-mai à mi-juillet (avec un régime d’orages en juin). Cette année, la pluviométrie atteint des sommets en Gironde. En témoigne la station météo de Pessac, avec 380 mm enregistrés du premier mai au 15 juillet 2021, contre 170 mm en temps normal : « c’est colossal » résume David Pernet, notant que cette météo « engendre une forte augmentation de la pression sanitaire. D’abord avec le mildiou et de façon significative avec du black-rot. Je n’ai pas souvenir d’une pression aussi importante sur les vingt dernières années. »

"L’important est de protéger la grappe"

« Quand il n’y a pas de mildiou, il y a black-rot comme il fait plus froid. Le black-rot a été contenu, même s’il a bien tapé sur les Témoins Non Traités » analyse Stéphane Becquet, l’animateur conseil du Syndicat des Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine, pour qui la situation sanitaire des parcelles tient bon, mais où rien n’est encore acquis. Si le beau temps s’installe cette semaine, des pluies sont déjà annoncées pour le week-end. « Il ne faut pas jouer à madame Irma et bien protéger [ses vignes] en décidant au jour le jour » conseille l’ingénieur agronome, pour qui « il faut attendre la véraison. L’important est de protéger la grappe pour ne pas être coincé. L’ennuyeux cette année, c’est que le mildiou tombe sur la grappe. Tout va être dépendant de la météo et des façons de relever et d’effeuiller. »

Et en la matière, « les décisions sont compliquées à prendre » souligne Stéphane Becquet, d’autant plus que les stratégies d’effeuillages se heurtent aux incertitudes sur la venue de sécheresse dans les prochaines semaines. Plus optimiste, David Pernet estime que « la plupart des symptômes sont extériorisés au niveau des grappes. Les grappes sortent de la période sensible, avec la véraison qui devrait s’enclencher aux alentours du 25 juillet dans les secteurs précoces. » Le consultant appelle à surveiller les feuillages, pour une protection, même tardive. « Il va falloir maintenir l’attention, il y a encore des jeunes feuilles qui vont pousser au vu de la dynamique hydrique et de l’innoculum présent ce début d’été » estime David Pernet, pour qui « le millésime est à la croisée des chemins. Rien n’est acquis en termes de potentiel qualitatif, tout reste à faire. »

Vigilance et résilience

Déjà éprouvé par le gel, le vignoble bordelais espère pouvoir rapidement tourner la page du mildiou. Ayant la moitié de ses vignes touchées à 80 % par les gelées du printemps, Catherine Robin sait déjà qu’elle manquera du vin. « Il y a quelques pertes liées au mildiou, mais ce n’est pas catastrophique » souligne la vigneronne, vigilante à l’approche des pluies de la fin de la semaine : « bien sûr, ça recommence au moment des traitements… » soupire-t-elle. « J'espère que le vent actuel va participer à calmer le jeu » note Isabelle Bouchon. La vigneronne se tient prête à traiter cette fin de semaine, notant que la situation reste difficile, avec une présence inévitable de mildiou sur feuilles et grappes (après 90 mm tombés en juillet et 220 mm en juin).

Tous espère que l'accalmie actuelle va durer, et ne sera pas un moment de calme avant une énième tempête.

 

 

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