LE FIL

Date butoir

Remise en question du 15 août et de son interdiction d’irrigation des vignes AOC

Mardi 08 juin 2021 par Alexandre Abellan

« La date du 15 août s’impose au débat, mais je sais que j’ai des gens imaginatifs qui trouveront d’autres idées » glisse Christian Paly.
« La date du 15 août s’impose au débat, mais je sais que j’ai des gens imaginatifs qui trouveront d’autres idées » glisse Christian Paly. - crédit photo : IFV
Le comité national des vins d’appellation vient de lancer un groupe de travail pour étudier l’évolution du cadre réglementaire limitant l’arrosage d’été du vignoble.

Sujet crucial à l’heure du changement climatique, le dossier de l’irrigation est à nouveau ouvert dans le vignoble. Réuni ce 3 juin, le comité national des vins d’Appellation d’Origine Protégée (AOP) de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) valide la création d’un groupe de travail sur la question, tandis que celui des vins à Indication Géographique (IGP) doit s’y pencher ce 24 juin. En associant également les vins sans indication géographique, l’idée est notamment de revenir de concert sur la date butoir du 15 août, qui interdit tout arrosage de vignes produisant des raisins de cuve (article D665-17-5 du Code Rural).

« Ce couperet ne paraîtrait pas opportun compte tenu des diversités géographiques, d’encépagement et de changement climatique » indique Christian Paly, le président du comité national des vins AOC. Rappelant que l’origine de cette date de fin des dérogations d’irrigation est liée à la véraison, le vigneron de Tavel souligne que cet arrêt soudain de l’apport d’eau est remis en cause par la recherche : « le 15 août pose souci, ce ne serait pas adapté aux réalités agronomiques et climatiques. Beaucoup d’études techniques indiquent qu’il y a un besoin hydrique de la plante avéré au-delà du 15 août. »

Alignement des planètes

S’il reste prudent sur l’issue des concertations, Christian Paly note que la volonté d’adapter cette date butoir à la nouvelle donne climatique était déjà actée en 2013. Mais cette volonté n’avait pas pu se concrétiser, faute d’implication du segment des IGP lors des précédentes réflexions concernant l’irrigation (ayant conduit au décret du 8 septembre 2017 sur l'irrigation des vignes aptes à la production de vins AOC). Après des millésimes marqués par la sécheresse et autres canicules, la réduction du stress hydrique est bien un sujet de filière. « Nous avons conscience des enjeux et que ce ne sera pas un dossier facile, compte tenu de l’environnement sociétal » indique le président du comité vin AOP, qui souligne que les planètes ministérielles s’alignent pour porter ce dossier.

Suivie par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, la question de l’irrigation viticole fait partie des débats portés par leurs ministres au sein du Varenne agricole de l’eau et du changement climatique. Présentée en exemple d’anticipation lors du lancement de cette réflexion nationale, la filière vin finalise également sa stratégie d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. Déjà validé par les comités AOP et IGP, ce plan stratégique doit encore être entériné par le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer ce 16 juin avant d’être transmis au ministère de l’Agriculture. Parmi les actions envisagées, l’irrigation fait partie des leviers d’adaptation.

"Gestion de l’eau en préservant la ressource"

Mais plutôt que d’irrigation, « il est question de gestion de l’eau en préservant la ressource » dans ce plan stratégique indique Caroline Blot, la responsable du pôle vins de l’INAO, qui évoque des pistes de développement d’une stratégie sèche, de retenues collinaires, de méthodologie pour utiliser mieux et moins d’eau… « On se rend compte que l’on a déjà beaucoup travaillé sur le changement climatique ces dernières années (dispositions agroenvironnementales, cépages à fin d’adaptation, Volume Complémentaire Individuel… et désormais réflexions naissantes sur réserve individuelle) » note Caroline Blot.

« Le changement climatique en train de rentrer dans les préoccupations permanentes de la filière. C’est une bonne chose » conclut Éric Paul, le président comité national des vins IGP de l’INAO.

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