LE FIL

Face à la crise

Des poules aux patates, les pistes de diversification du vignoble bordelais

Vendredi 09 avril 2021 par Alexandre Abellan

Donnant un nouveau sens au travail vigneron, la diversification des activités agricoles permet également d'agir sur la biodiversité en cassant la monotonie de la mer de vignes.
Donnant un nouveau sens au travail vigneron, la diversification des activités agricoles permet également d'agir sur la biodiversité en cassant la monotonie de la mer de vignes. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Pour répondre aux défis économiques du vignoble, le retour à la polyculture et l’élevage est porté par la Chambre d’Agriculture de Gironde et déjà essayé par des vignerons.

En diversifiant l’activité, il s’agit de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier résume la vigneronne Marie-Isabelle Guibbert (château La Lande Saint-Jean, 25 hectares de vignes à Saint-Loubès), qui s’est lancée l’an dernier dans de la culture de pommes de terre et se projette sur une activité de poules pondeuses (tout en produisant du jus de raisin). Commercialisant la majeure partie de ses vins en vrac au négoce, l’exploitante bordelaise constate « depuis deux saisons des ventes à des prix en dessous des coûts de revient », ce qui l’a poussée à se convertir à la bio en 2019, mais ne lui apporte pour l’instant pas d’avantage commercial (« on supporte le prix et les risques du bio sans en avoir la valorisation »).

Pour développer un réseau de vente direct en donnant à ses visiteurs de « nouveaux arguments pour venir chez nous », Marie-Isabelle Guibbert s’est lancée dans le maraîchage en 2020 avec des pommes de terre (variétés Désirée et Nicola) et du foin (pour animaux de compagnie et paillage de jardin). La vigneronne souligne qu’elle partageait avec son époux l’idée de sortir de la monoculture viticole dès le projet d’origine de son installation. Une idée exacerbée par l’actualité. « Si le marché ne se redresse pas et que l’on continue à geler massivement comme ça (avril 2021 est la quatrième année de gel de l’exploitation, après 2017, 2019 et 2020), il va falloir des changements drastiques sur l’exploitation, soit en réduisant les vignes, soit en augmentant la diversification » analyse Marie-Isabelle Guibbert.

"Alternative"

Cette vision est partagée par d’autres viticulteurs, comme en témoigne la conférence sur la diversification organisée ce 24 mars par la Chambre d’Agriculture de Gironde (CA33). Avec 130 participants, majoritairement des viticulteurs, l’engouement pour le sujet a surpris les organisateurs, validant le besoin d’« alternative au marasme et à ce que vit la viticulture aujourd’hui » indique François Rauscher, le directeur du pôle Diversification de la CA33. Il faut dire que le département girondin est très spécialisé dans la viticulture, représentant 44 % de sa surface agricole utile (avec 120 000 hectares de vignes en 2019).

Dans ce contexte, « il y a besoin de proposer aux agriculteurs et encore plus aux viticulteurs une offre de diversification. Il y a des filières qui cherchent des agriculteurs » pointe François Rauscher, dont les services viennent de mettre en ligne des fiches pour se diversifier dans les cultures végétales (artichauts, asperges, chanvre, figues, houblon, kiwis, noisettes, stevia… ) ou l’élevage (agneau de Pauillac, canard gras, porc de plein air, poulets de chair, poules pondeuses…). « Ça ne va pas tout résoudre » prévient François Rauscher, qui met en garde les vignerons sur la nécessité de « se poser les bonnes questions pour se diversifier à temps, avant qu’il ne soit trop tard. Beaucoup de vignerons ont du mal à s’imaginer dans un autre métier : il faut se poser les bonnes questions (quelles terres sont disponibles sur ma propriété ? La production animale est-elle envisageable ? Faut-il irriguer cette culture ?). »

Prudence

« Il faut être réaliste, on ne peut pas se lancer sur 2 hectares de pommes de terre comme ça, il faut faire des essais » confirme Marie-Isabelle Guibbert, qui joue la prudence avec de petits ateliers utilisant ses parcelles en jachère. Venant de semer des céréales (blé pour farine, féveroles et triticale), la vigneronne se forme à l’élevage des poules pondeuses : « ça nous donne peut-être une piste, une possibilité. Ça peut nous faire un atout. »

Si ce domaine suit une logique individuelle, des possibilités d’intégrer un projet de filière existent. La région Nouvelle-Aquitaine travaille ainsi à la structuration d’une culture du chanvre en partenariat avec la CA 33. « Le département de la Gironde et l'agglomération de Bordeaux peuvent constituer un bassin important en termes de consommation de chanvre alimentaire, bien être et chanvre à matériaux » indique un communiqué de la région, qui prévoit de premières plantations en 2022 pour « permettre une nouvelle diversification du vignoble en cette période de crise commerciale ».

 

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VOS RÉACTIONS
VignerondeRions Le 09 avril 2021 à 18:57:02
Il faut faire comme en Californie, ils ont bien arraché la vigne pour se reconvertir. Pour les pistes explorées par la Chambre, je veux bien, mais elles souffrent dans les départements voisins hormis une ou deux, qui si on s'y engouffre en masse souffriront très vites... Il me semblait pourtant que vous aviez aussi fait un articles sur le sujet californien.
Benji Le 09 avril 2021 à 18:37:19
Quel belle solution planter du chanvre alimentaire (canabis light) chez les producteurs bio ! Vraiment une philosophie viticole baba cool qui démontre une diversification obligatoire pour vivre de rentabilité d’une production bio incapable de nourrir la population! Pauvre france
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