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Gigondas
Comment cette coopérative augmente de 5 % la rémunération de ses viticulteurs

La cave du cru rhodanien ne connaît pas la crise grâce à un positionnement plus valorisé et une restructuration en profondeur pour être compétitif et réactif sur les marchés de niche explique son directeur.
Par Alexandre Abellan Le 30 mars 2021
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Comment cette coopérative augmente de 5 % la rémunération de ses viticulteurs
La cave de Gigondas reprèsente 15 % de l'AOC éponyme. - crédit photo : Cave de Gigondas
D

ans un contexte de crise sanitaire de la covid et de difficultés commerciales généralisées dans le vignoble, « nous sommes un peu exotiques » reconnaît Christophe Escanglon, le directeur de la cave de Gigondas (73 adhérents pour 260 hectares de vignes). Lors de son assemblée générale du 17 mars dernier, la cave a voté une augmentation moyenne de 5 % de la rémunération de ses adhérents sur les crus (à 620 €/hl sur Gigondas). Sur les quatre dernières années, la hausse est de 40 % sur les crus de Gigondas, Vacqueyras et Beaumes-de-Venis (qui constituent 75 % des apports de la cave).

Si en 2020, la coopérative enregistre globalement 5,7 millions euros de chiffre d’affaires, une hausse de « quasiment 10 % » souligne son dirigeant, arrivé en 2017 avec l’objectif d’augmenter la rémunération des adhérents. Christophe Escanglon précise que ces hausses se font sur le fondement de la réalité économique de l’exploitation.

Moindre impact

Ces performances économiques sont permises par un contexte économique favorable aux crus de la vallée du Rhône souligne Christophe Escanglon. Qui relève un « moindre impact de la crise sur les crus que sur les Côtes du Rhône génériques et villages, où c’est plus compliqué ». Si cette valorisation suit les cours du vrac des crus, « ce n’est pas un exercice qui la déclenche, mais un travail de fond » prévient Christophe Escanglon, qui souligne une gestion prudente de la cave durant les dernières décennies (viennent tout juste d’être réglés les 470 000 € d’excédents aux adhérents pour les millésimes 2014 et 2015).

Pour 2021, « ces résultats sont liés à un travail restructurant » qui a permis la valorisation des vins et la réduction drastique des frais de structure explique Christophe Escanglon. Fin 2018, la cave quitte la grande distribution, privilégiant la valeur au volume : « on a changé notre fusil d’épaule pour aller sur les marchés de niche où il y a une meilleure valorisation. L’important c’est la rémunération des adhérents » martèle Christophe Escanglon. Vendant aux cavistes et à des grossistes en direct, la cave a externalisé son activité sur le réseau CHR avec la structure commerciale des caves de Saint-Marc et de Canteperdrix (à Rhône Rive Gauche).

Vrac et export

Ayant développé des contrats pluriannuels de ventes de vin vrac avec trois négociants (la famille Amadieu, la maison Gabriel Meffre et la famille Perrin), la cave étoffe également son activité export, notamment sur le marché américain (utilisant des notes du Robert Parker’s Wine Advocate). « Nous nous sommes diversifiés pour répartir nos ventes » résume le directeur, faisant état de commercialisations désormais réparties à 34 % sur le réseau traditionnel français, à 26 % en vrac, à 25 % sur l’export et à 15 % sur la vente directe au caveau (« qui s’est maintenue, même pendant le confinement »).

Cette valorisation des ventes se double d’une forte diminution du nombre de salariés, passés en quatre ans de 21 à 12 collaborateurs (avec des départs à la retraite non remplacés et des licenciements). C’était la condition sine qua non de la relance estime Christophe Escanglon, qui souligne que la structure reste une petite cave, avec « seulement 8 500 hectolitres produits en 2020 ».

Travail à la demande

Cette petite dimension « permet de gagner en réactivité avec une équipe fédérée. Comme nous produisons les contre-étiquettes sur le site, quand nous avons une commande américaine, nous pouvons souvent expédier sous trois jours grâce à notre stock de tiré-bouché » illustre le directeur de la cave. Ce travail à la demande permet de répondre aux marchés de niche plus valorisés, et in fine d’augmenter les rémunérations.

Alors que la crise covid pèse sur les perspectives économiques, cette réussite diffuse dans le vignoble rhodanien note Christophe Escanglon. La cave accueille ainsi trois nouveaux adhérents depuis 2020 et deux sont déjà candidats pour le millésime 2021. Ces nouvelles arrivées permettent à la cave de viser 330 ha prochainement. Avec notamment une croissance d’apport en bio (+2 500 hl), ce qui déclenche l’investissement dans un nouveau chai dédié au bio. De la réception de vendanges à la mise en bouteille, cet outil de vinification et de conditionnement représente un investissement de 3,2 millions d’euros, qui doit être opérationnel pour les vendanges 2022. Cette croissance annoncée de la production bio doit permettre de créer de nouvelles gammes, et de nouvelles valorisations espère le directeur de la cave, décidément « exotique » dans le vignoble.

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Tous les commentaires (1)
Graviere Le 01 avril 2021 à 10:40:18
Monsieur bonjour, C'est facile d'augmenter de 5% les coopérateurs en réduisant la masse salariale de 21 à 12 employés. L'économie faite sur les salaires permet d'augmenter les coopérateurs. Je trouve ce procédé par très noble, on se croirait dans une boite du CAC 40. Châpeau pour soit disant une cave coopérative qui bénéficie pourtant de nombreuses aides financières, région, étât, france agrimer... En tant qu'ancien salarié je suis vraiment écoeuré de voir que ce speudo directeur, est content de sa gestion. Pensez un peu aux personnes qui ont été chassées de cette cave ,dite coopérative, malgré des années de bons et loyaux services. Au plaisir de vous lire, Bonne journée,
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