LE FIL

Moratoire de 4 mois

Lever immédiatement les taxes américaines sur les vins français ? C’est possible, les whiskies l’ont fait !

Jeudi 04 mars 2021 par Alexandre Abellan

Il s’agit avec ce moratoire d’'alléger le fardeau pesant sur l'industrie et prendre un pas audacieux et conjoint vers le règlement de l’un des différends les plus anciens à l'Organisation Mondiale du Commerce' indique un communiqué conjoint.
Il s’agit avec ce moratoire d’'alléger le fardeau pesant sur l'industrie et prendre un pas audacieux et conjoint vers le règlement de l’un des différends les plus anciens à l'Organisation Mondiale du Commerce' indique un communiqué conjoint. - crédit photo : Scotch Whisky Association
Le temps de négocier, les États-Unis et le Royaume-Uni viennent de suspendre les droits de douanes liés au conflit aéronautique transatlantique. De quoi alimenter l’espoir d’une même avancée pour la Commission Européenne, mais aussi les craintes de transferts sur le vignoble français.

Sans attendre d'invitation, ces messieurs les Anglais ont tiré les premiers ! Ce 4 mars, le Royaume-Uni obtient que les États-Unis suspendent, immédiatement et pour quatre mois, les droits de douanes pris en mesure de rétorsion au conflit aéronautique transatlantique. Les fameuses taxes Trump, imposées depuis le 18 octobre 2019 par l’ancien président américain aux produits de pays du consortium Airbus (vins français, fromages italiens, olives espagnoles…).

Brexit aidant (avec la reprise d'une atutonomie de sa politique commerciale), la Grande-Bretagne a cessé d’appliquer des droits de douanes sur les produits américains depuis le premier janvier 2021, appliquant une stratégie claire de désescalade. La nouvelle administration du président américain Joe Biden se mettant en place, ce coup diplomatique permet d’obtenir ce moratoire sur les 25 % de tarifs supplémentaires visant les whiskies écossais, ce qui va permettre des négociations sereines pour mettre un terme au conflit transatlantique sur les aides à l’aéronautique civil.

"Faire aussi bien que nos amis anglais"

Libérant une filière de spiritueux d’une prise d’otage qui lui est extérieure, cette avancée rapide alimente les espoirs dans le vignoble français. « C’est une très bonne nouvelle ! » salue Jean-Marie Barillère, le président du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV), qui souligne que c’est désormais à la Commission Européenne de s’activer pour décrocher la même avancée : « c’est Bruxelles qui a la main. Messieurs et mesdames de la Commission Européenne, c’est à vous de faire aussi bien que nos amis du gouvernement anglais. » Portant une demande de moratoire depuis des semaines, avec une initiative européenne pour amorcer le dialogue, l'eurodéputée Irène Tolleret se veut résolument confiante : « si un moratoire est pris pour le scotch whisky, il n'y a pas de raisons qu'il en soit de même pour les produits sous sanctions issus de l'Union Européenne. C'est la lumière au bout du tunnel, j'en suis certaine » souligne la vice-présidente de l’Intergroupe parlementaire dédié aux vins et spiritueux.

« Nous allons voir si l’Union Européenne fera aussi bien que le Royaume-Uni » renchérit Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, pour qui « il serait incroyable que l’Union Européenne soit à nouveau confrontée à l’impossible de trouver un accord de moratoire en attendant le règlement d’un conflit qui ne regarde pas la filière des vins et spiritueux. Se poserait la question de nos négociateurs aux Etats-Unis. » Le viticulteur héraultais en appelle au gouvernement français pour que Bruxelles ouvre des négociations au plus vite. « C'est une très bonne nouvelle, qui montre le façon très claire la disposition de la nouvelle administration américaine à négocier » ajoute Raphaël Delpech, le directeur du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), pour qui « tous les voyants sont au vert avec ce signal très rapide ».

Parts de marché

Une attente qui s’annonce d’autant plus forte que les taxes américaines durent depuis seize mois maintenant. « Une fois encore, après la production de vaccins [anti-covid], le gouvernement anglais se font un point d’honneur à montrer que l’application d’une volonté politique est plus rapide hors de l’Union Européenne » souligne Jean-Marie Barillère, qui note que Bruxelles doit rapidement trouver une résolution pour redonner de la compétitivité aux vins français. Et éviter que les whiskies écossais ne prennent des parts de marché aux cognacs (touchés depuis le 12 janvier).

« C'est une très bonne nouvelle, qui montre le façon très claire la disposition de la nouvelle administration américaine à négocier » ajoute Raphaël Delpech, le directeur du Bureau National Interprofessionnel du COgnac (BNIC).

 

 

Satisfecit écossais

Dans un communiqué, la PDG de l’Association Écossaise du Whisky (SWA), Karen Betts estime que « ce sont des nouvelles fabuleuses et notre industrie en est ravie. Le tarif douanier sur les exportations de whisky single malt vers les États-Unis a causé de réels dommages au whisky écossais au cours des seize mois de mise en place, les exportations vers les États-Unis ayant chuté de 35 %, coûtant aux entreprises plus de 500 millions de livres. »

Karen Betts ajoute qu’« aujourd'hui, tout le monde dans notre industrie - des petites entreprises aux grandes - pousse un soupir de soulagement » avec « la suspension de ces tarifs - découlant d'un différend commercial transatlantique qui n'avait rien à voir avec nous - et le retour à un commerce sans droits de douane avec les États-Unis ».

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VOS RÉACTIONS
Vigneron Le 05 mars 2021 à 15:08:14
Oui, que la France et l'Europe s'inspirent de l'efficacité et du pragmatisme anglais! N'oublions pas que derrière ses décisions géopolitiques qui sont l'apanage des grandes commissions européennes et gouvernementales, ce sont les viticulteurs qui en pâtisse. Et s'ils peuvent être soutenus économiquement afin d'éviter pertes et fracas, ils veulent surtout pouvoir travailler librement. Même au pays de l'oncle Sam!
La rédaction Le 04 mars 2021 à 22:01:31
Bonsoir M. Jeffrey DAVIES, Merci pour votre commentaire, l'USTR inclut bien certains fromages italiens dans ses listes de produits européens ciblés : https://ustr.gov/sites/default/files/files/Press/Releases/LCARevisionNotice.pdf Bonne soirée
Jeffrey M. Davies Le 04 mars 2021 à 19:41:34
Ce sont les prémices positives et nous ne pouvons que nous en réjouir, nous qui sommes dans la filière des vins et spiritueux français. Cependant, j'attire l'attention de l'auteur sur le fait que les fromages italiens - comme tous les produits italiens - ne font pas partie des produits ciblés par les taxes dites "Airbus" dans les milieux professionnels. En effet, l'Italie ne fait pas partie des quatre pays membres du consortium Airbus. L'auteur doit confondre l'Italie et l'Allemagne. Une telle erreur ne fait pas honneur à une publication qui se veut sérieuse et respectée comme Vinisphère.
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