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Brexit

Appels au moratoire des certificats britanniques à l’importation des vins européens

Mercredi 03 mars 2021 par Sharon Nagel

Selon Irène Tolleret, qui co-préside l’Intergroupe au Parlement européen, la menace de formulaires papier au 1er juillet prochain est « une vraie épée de Damoclès » pour les exportateurs européens.
Selon Irène Tolleret, qui co-préside l’Intergroupe au Parlement européen, la menace de formulaires papier au 1er juillet prochain est « une vraie épée de Damoclès » pour les exportateurs européens. - crédit photo : Pixabay
Lors d’une réunion ce vendredi 26 février sur l’impact du Brexit, l’Intergroupe vins, spiritueux et produits alimentaires de qualité au Parlement européen a tiré la sonnette d’alarme sur les exigences qui se profilent au 1er juillet prochain pour les exportateurs de vins vers le Royaume-Uni, et demande un moratoire.

« Nous allons demander de manière expresse un moratoire jusqu’à ce qu’on ait la version électronique du formulaire VI-1. Cela paraît être la seule manière d’éviter de gros problèmes dès le 1er juillet prochain , avertit Irène Tolleret, vice-présidente de l’Intergroupe parlementaire qui a animé la réunion parlementaire du 26 février dernier. Le premier juillet 2021, l’allègement de la réglementation portant sur les produits alimentaires et les boissons prend fin, entraînant l’entrée en vigueur des formulaires VI-1, sachant qu’aucun dispositif dématérialisé n’a encore été prévu.

Pour l'eurodéputée, l’Union Européenne doit s’assurer que cette dématérialisation fonctionne de part et d’autre de la Manche : « la version électronique du VI-1 ne doit pas exister uniquement du côté britannique. On ne peut pas avoir une situation où les exportateurs européens de vins auraient beaucoup de documents papier à remplir, tandis que les exportateurs britanniques de spiritueux auraient une version dématérialisée ». Huit semaines après la fin de la période de transition, les représentants professionnels présents ont fait part des difficultés rencontrées au niveau des flux, sachant que celles-ci pourraient s’aggraver dans les semaines à venir selon la parlementaire : « les chiffres montrent très clairement qu’il y a eu des achats par anticipation mais à un moment donné, il va falloir que les commandes reprennent et de gros problèmes vont alors se poser ».

"Mort des petits producteurs"

Et de tirer l’attention sur la réticence des transitaires dès lors qu’il s’agit de grouper les expéditions. « La documentation papier est telle qu’il y a des délais supplémentaires, de sorte que les transitaires sur certains types de produits refusent des palettes panachées ». Or, sans cette possibilité, « C’est la mort des petits producteurs et de tous les petits importateurs-grossistes en Angleterre ! »

Le gouvernement britannique répond aux abonnés absents

L’ironie de cette situation, c’est que certains représentants britanniques comme Miles Beale, directeur de la Wine & Spirits Association, ont été reçus par l’Intergroupe au sein du Parlement européen mais non pas par leur propre gouvernement. Pour exprimer leur exaspération devant l’absence d’implication de l’administration britannique, les dirigeants de plus de 50 grandes entreprises vinicoles britanniques se sont adressées par écrit à la Secrétaire d’Etat chargée de l’Elevage, de la Pêche et de l’Alimentation, Victoria Prentis. Représentant 70% des 1,34 milliard de bouteilles de vins commercialisées chaque année au Royaume-Uni, ils s’alarment de la charge administrative supplémentaire – déjà « très visible depuis le 1er janvier » – qui résulterait de la mise en œuvre des formulaires VI-1.

Là aussi, ils s’inquiètent de l’impact sur les plus petits opérateurs : « Alors que la plupart des vins expédiés depuis des pays tiers (Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine, Afrique du Sud, Chili etc) le sont en grandes quantités, ce qui permet de lisser le coût des documents administratifs comme les VI-1 sur un volume de cols important, la taille moyenne des commandes auprès de bon nombre de producteurs européens de plus faible dimension rend le coût de cette nouvelle charge administrative prohibitif. Par conséquent, beaucoup de producteurs, surtout ceux pour lesquels les produits sont très prisés au niveau international, vont orienter leurs expéditions vers d’autres marché que le Royaume-Uni » expliquent-ils dans une lettre ouverte envoyée la semaine dernière.

Malgré l’annexe vin, un accord très complexe

Se disant très déçus que le ministère « envisage toujours l’introduction d’un certificat à l’importation des vins de l’UE » dès que la fin de l’allègement intervient au 1er juillet prochain, ils demandent que les autorités saisissent l’opportunité offerte par la fin de cette période de transition pour éliminer les VI-1 et le certificat UE simplifié, dans l’esprit de simplification administrative promise dans le cadre du Brexit.

Comme l’explique Irène Tolleret, la situation est tout sauf simple : « Il est prévu un groupe de pilotage pour mettre à jour le TCA si nécessaire. Or, l’accord est tellement complexe qu’on ne connaît pas encore les modalités pour le faire évoluer. C’est pour cela que la demande d’un moratoire paraissait être la seule option dans l’immédiat ».  

 

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