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En sept ans
Des couverts végétaux et un enherbement naturel sur toute son exploitation

Ce viticulteur n'utilise plus d'engrais chimiques ni d'herbicides sur ses 43 hectares. Ses talents de bricoleur et les conseils de la Chambre d'agriculture lui ont permis de changer sa façon de travailler l'inter-rang et l'inter-ceps à faible coût.
Par Marion Bazireau Le 24 novembre 2020
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Des couverts végétaux et un enherbement naturel sur toute son exploitation
Ce 19 novembre, dans le cadre du « Mois de la bio » organisé par la Chambre d’agriculture de Gironde, Matthieu Audubert et Lorelei Cazenave ont dévoilé leurs astuces à une trentaine de viticulteurs. - crédit photo : Marion Bazireau
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atthieu Audubert a rejoint l’exploitation familiale de 43 hectares à Naujan-et-Postiac, dans l’Entre-Deux-Mers, en 2013 avec une idée en tête : utiliser moins d’intrants. Epaulé par les conseillers de la Chambre d’agriculture dans le cadre des projets EcoViti et Vertigo (lire encadré), il a d’abord proposé à son père de semer des engrais verts dans l’inter-rang.

Le père et le fils ont bricolé des outils pour optimiser leurs temps de travaux. « Nous avons d’abord ajouté un semoir à céréales Sulky sur notre cultipacker pour pouvoir semer et rouler en un seul passage, en général en octobre » explique-t-il. Pour ne pas rouler sur les couverts semés un rang sur deux, les viticulteurs ont modifié leur prétailleuse pour la monter sur un tracteur.

Rouler plutôt qu’enfouir

Le printemps venu, ils ont détruit leurs couverts avec un gyrobroyeur et les ont enfouis à l’aide d’un disque. « Nous ne l’avons fait qu’une fois. L’année suivante, mon père a construit un rolofaca pour rouler les engrais verts. Cela convient bien mieux à nos sols argilo-calcaires, qui manquent davantage d’eau que de matière organique », explique Matthieu Audubert. Les vignes souffrent beaucoup moins de la sécheresse en été. « Les sols ne se fendent plus comme c’était le cas avant. En plus, ils sont protégés de l’érosion et des adventices. Le mulch ne gêne pas le travail. Si des plantes se relèvent, il me suffit d’atteler le rolofaca à ma rogneuse double rang pour les réécraser. »

Matthieu Audubert ouvre ses sols avec des disques et une herse rotative en juillet ou en août après une pluie pour faciliter les semis. « Je repasse début septembre avec une herse pour les mettre à plat » complète-t-il. Juste avant les vendanges, il broie les couverts de trèfle pour pouvoir semer plus facilement au travers. Le viticulteur sème les mêmes mélanges d’espèces dans les mêmes rangs pendant trois années d’affilée. « Cela leur laisse le temps de bien décompacter les sols » a-t-il constaté. 

Conquis, Matthieu et Jean-Luc Audubert sont passés aux engrais verts un rang sur deux sur la totalité de leur exploitation dès leur troisième année d’essais. Ils tentent désormais de faire la même chose sous le rang.

Deux trémies pour semer sous le rang

« L’année dernière j’ai bricolé assez facilement deux trémies indépendantes pourvues d’éclateurs que j’ai attelé à l’avant du tracteur pour semer à 5,2 kms/h » rapporte Matthieu. Trouver le moyen de rappuyer les graines pour que les oiseaux ne les mangent pas a été plus compliqué. Le viticulteur a d’abord eu l’idée de fixer des roues à un axe de cardan avec un ressort faisant office de piston. « Ça n’a pas marché. Les roues n’étaient pas assez plates et elles ne revenaient pas bien vers le pied de vigne. »

Le second essai a été le bon. Grâce à l’expérience de Lorelei Cazenave, spécialiste de la gestion durable des sols à la Chambre d’agriculture, il a construit un tâteur avec deux plaques en inox et un caoutchouc sur un axe de deca. « Il s’efface bien et nous permet de semer 20 kgs de graines par hectare à 4km/h. »

Ne pas avoir peur de la perte de rendement

Les rangs qui ne sont pas semés sont enherbés naturellement. Quand il a arrêté de les désherber, Matthieu Audubert a constaté une perte de rendement. « Il ne faut pas en avoir peur » assure-t-il, « la tendance s’est inversée au bout de la quatrième année », si bien que depuis 2018, il tente aussi de mettre en place l’enherbement sous le rang, en semant de petites légumineuses gazonnantes qui ne demandent qu’une tonte par an.

« Entre les rangs, nous passons la tondeuse hydraulique deux fois, à partir de mai, pour privilégier les espèces annuelles à cycle long » détaille Matthieu Audubert. « Pour éviter la prolifération des vivaces comme le plantain ou le chiendent, nous laissons au moins 10 cm de végétation » ajoute-t-il. Malgré ces précautions, les mauvaises herbes reviennent au bout de deux ou trois ans. « Soit je passe un coup de griffe, soit je passe aux engrais verts » indique le viticulteur.

Je jongle avec trois outils

Matthieu Audubert n’utilise plus d’engrais chimiques. « J’épands du fumier de cheval sur un tiers du domaine tous les ans pour ramener un peu de matière organiques » affirme-t-il.

Depuis l’an passé, il a également réussi à éliminer les herbicides sur la totalité de l’exploitation. « Je m’en sors bien, en jonglant avec la tondeuse, pour les jours de pluie, des disques émotteurs et des lames ». Il cherche désormais à réduire son utilisation de produits phytosanitaires.

Le projet Vertigo

La Chambre d'Agriculture de Gironde étudie le comportement des couverts végétaux naturels ou semés chez douze viticulteurs, en conventionnel ou en bio, dans les vignobles du bordelais et de Dordogne. « L’objectif est de les aider à maîtriser la concurrence hydro-minérale, à maximiser la protection des sols et leur fertilité, et à favoriser la biodiversité, tout en maintenant leurs rendements quantitatifs et qualitatifs » précise Lorelei Cazenave, responsable du projet Vertigo.

La conseillère a demandé aux viticulteurs de découper au moins une de leurs parcelles en deux parties, avec une modalité « témoin », sur laquelle ils mettent en œuvre leurs pratiques habituelles, et une modalité « alternative », avec des semis de couverts hivernaux et une gestion extensive des couverts naturels, à l’aide de tontes peu rases et peu fréquentes. 

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