LE FIL

La vente à réméré

La parade de Châteauneuf-du-Pape à la chute des cours du vin en vrac

Mercredi 21 octobre 2020 par Alexandre Abellan

« Vous restez chez vous cinq ans en continuant à exploiter le domaine. Au terme de cette période, si vous pouvez rembourser la somme initiale alors vous conservez la propriété » explique Serge Gradassi.
« Vous restez chez vous cinq ans en continuant à exploiter le domaine. Au terme de cette période, si vous pouvez rembourser la somme initiale alors vous conservez la propriété » explique Serge Gradassi. - crédit photo : Syndicat des vignerons de Châteauneuf-du-Pape
Alors que les cours diminuent fortement pour l’appellation rhodanienne, la SAFER propose un outil d’aide à la trésorerie prenant la forme d’un contrat de bail.

Mauvais signe la vallée du Rhône. D’après les dernières cotations des courtiers d’Avignon, le cours de l’appellation Châteauneuf-du-Pape est tombée à 1 600-1 800 euros la pièce (soit 225 litres). Une chute notable quand le prix moyen était de 2 600-2 800 € il y a un an. « Les cours du vrac subissent les effets internationaux. Quand ce n’est pas la taxe Trump, c’est la Covid qui freine. Mais nous nous attendions à cette baisse, la succession de petites récoltes a entretenu les prix hauts. Nous savions que l’on ne pouvait pas rester sur des tranches aussi élevées » explique Serge Gradassi, le président du syndicat réuni de l'appellation Châteauneuf du Pape.

Se montrant optimiste, le vigneron Serge Gradassi veut garder espoir malgré le flou artistique imposé par la pandémie de coronavirus : avec une appellation très présente à l’export, « au gré des confinements et déconfinements ça va repartir ». Courtier de campagne à Châteauneuf-du-Pape, Philippe Martin souligne que le vrac représente 20 à 30 % des ventes à Châteauneuf : « ce n’est pas négligeable : c’est inquiétant. Quand le sommet de la pyramide commence à tanguer, toute la base s’effrite et souffre beaucoup. Il y a du stock à la propriété et le négoce est très prudent. Tous les crus et villages souffrent : Vacqueyras, Gigondas… »

La vente à réméré

Ayant enregistré une mise à l’arrêt de son activité pendant le confinement, l’appellation Châteauneuf-du-Pape déstocke donc en partie pour dégager de la trésorerie. Mais ces volumes restent faibles, le vignoble se maintenant encore à flot grâce à « l’aide des banques, qui ont joué le jeu avec des reports et aménagements de prêts, au gouvernement, qui a ouvert un Prêt Garanti par l’État (PGE). Ce qui nous a permis de passer la bourrasque, en espérant qu’elle ne se transforme pas en tempête » souligne Serge Gradassi. Le président de l’appellation salue également l’outil proposé par la Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural (Safer) : la vente à réméré.

« Ça permet de ne pas perdre de capital. La Safer achète le bien à 80 % de son prix tout en garantissant ce prix pendant cinq ans. Période pendant laquelle la Safer laisse son propriétaire l’occuper et l’exploiter, avec un bail de location (dont le montant est fixé par arrêté préfectoral) » explique Patrice Brun, le président de la Safer de la région Paca.  S’il rembourse le montant payé par la Safer avant l’échéance du contrat, le viticulteur récupère son bien. S’il n’arrive pas à réunir cette somme, le domaine est vendu et il perçoit à son bénéfice la différence de prix par rapport à la somme avancée par la Safer.

"Ouvrir le dispositif"

Soutenu par le Crédit Agricole, cet outil bénéficie d’une enveloppe de 6 millions d’euros pour la région Paca. « La vente à réméré a été lancée après la première vague du covid. Nous avons cinq dossiers candidats à Châteauneuf du Pape, mais ils dépassent le seuil que nous avions fixé (15 hectares). Nous allons faire évoluer cette limite lors du prochain conseil d’administration pour ouvrir le dispositif » explique Patrice Brun, qui souligne reproduire un dispositif mis en place en 2018 en arboriculture suite à d’importantes gelées. « Cela permet de garder de l’indépendance » souligne le président de la Safer.

« Nous avons vu à la sortie du confinement des propositions d’investisseurs pour créer des Groupement Fonciers Viticoles (GFV) afin de faire rentrer de la trésorerie dans les domaines. C’est faire entrer le loup dans la bergerie, alors que 90 % des domaines de Châteauneuf sont familiaux » précise Serge Gradassi.


 

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Jean-Claude CHASSON Le 02 novembre 2020 à 16:27:41
En tant que gérant d'une société créant des GFV depuis près de 30 ans, je me permets d'apporter des éclaircissements sur l'analyse de Monsieur GRADASSI, que je ne partage pas. Il existe différents types de GFV : - d'une part les purs produits financiers proposant des baux de 25 ans non-reconductibles ; - d'autre part les GFV consentant des baux de 18 ans, cessibles hors du cadre familial et tacitement reconductibles. C'est le cas des GFV constitués par notre société BACCHUS CONSEIL. Le vigneron est donc assuré de conserver l'exploitation des vignes cédées au GFV et de la transmettre soit à ses descendants, soit à un tiers. Aujourd'hui notre premier GFV fête ses 30 ans et satisfait pleinement l'ensemble des intervenants, vigneron comme associés et rien que sur l'appellation Châteauneuf-du-Pape, nous en sommes à plus de 20 réalisations. Nos GFV sont constitués en règle générale avec le concours de la SAFER et de la Caisse Régionale de Crédit Agricole. Nous avons constaté que les investisseurs deviennent de véritables ambassadeurs des domaines et participent pleinement à leur développement. Je ne vois donc pas en quoi c'est "faire entrer le loup dans la bergerie" que de consentir à vendre une partie de ses vignes à un GFV. Il s'agit juste d'une solution comme une autre pour permettre aux vignerons de continuer à exercer leur activité, en garantissant 100% de la valeur vénale des terres, contre 80% dans le cadre d'une vente à réméré. D'autre part le GFV garantit au vigneron de continuer à exploiter pendant au-moins 18 ans, là où la SAFER peut céder les terrains après 5 ans s'il ne rembourse pas une vente à réméré et y installer quelqu'un d'autre. Enfin, le paiement des dividendes des actionnaires se faisant en nature, le GFV permet au vigneron d'écouler son stock, plutôt que de puiser dans sa trésorerie. Le point de ce commentaire n'est pas de faire le procès de la vente à réméré, mais de rétablir la vérité sur un produit qui est méconnu.
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