LE FIL

Le poids des mots

Sauver la marque Sud de France en changeant le nom du vignoble Languedoc Roussillon

Lundi 12 octobre 2020 par Alexandre Abellan

D'après la lecture administrative de la réglementation européenne, seuls les usages de la marque Sud de France sur les vins et huilles de l'olive poseraient problème.
D'après la lecture administrative de la réglementation européenne, seuls les usages de la marque Sud de France sur les vins et huilles de l'olive poseraient problème. - crédit photo : Sud de France
Rebaptiser le bassin viticole du Midi permettrait de sécuriser la dénomination commerciale utilisée par la filière et portée par la région, dont la légalité est dans le viseur de l’INAO et de la répression des Fraudes.

Se réunissant ce 9 octobre, le comité de bassin viticole du Languedoc Roussillon ne s'est pas penché sur la question de son changement de nom en Languedoc Roussillon Sud de France, afin de sécuriser la marque de Sud de France, mise sur la sellette par l’administration depuis deux ans. Alors que certains dans le vignoble espéraient un vote, l'état d'avancement du dossier n'a pas été jugé suffisant pour permettre d'en délibérer. Si ce débat n'a pas eu lieu, des échanges pour arriver à un compromis ont animé la filière vin (utilisatrice de la marque), la région Occitanie (qui la possède) et l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO, qui voit des incompatibilités avec la réglementation). « La nouvelle dénomination du bassin permettra à Sud de France de devenir une mention géographique » résume René Moreno, le vice-président de la Commission Viticulture de la Région Occitanie.

« Si le bassin viticole Languedoc Roussillon devient Languedoc Roussillon Sud de France, cela permettrait d’ancrer la marque Sud de France sur un territoire précis. Et de l’assurer juridiquement » précise Bernard Augé, le conseiller aux affaires des signes de qualité du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL). Cette solution s’inspire d’un précédent, celui du Sud-Ouest, qui a ainsi baptisé ses noms de comité de bassin, de Comité Régional INAO et d'interprofession. Cette définition administrative lui ayant permis d'intégrer le Sud-Ouest comme Unité Géographique Plus Grande (UGPG selon la terminologie européenne) à tous ses cahiers des charges. Et ainsi de mettre la mention Sud-Ouest sur toutes les étiquettes, en conformité avec la réglementation européenne.

"Condition nécessaire, mais pas suffisante"

Dans le Midi, « les discussions sont toujours en cours avec l’INAO concernant le changement de nom. L’enjeu étant pour la Région de stabiliser la situation sur des bases juridique solides et partagées » indique la région Occitanie à Vitisphere. « Nous sommes dans l'attente des propositions finales qui seraient envisagées par le Conseil Régional. Certains aspects demandent des échanges complémentaires » ajoute Catherine Richer, la déléguée territoriale Occitanie de l’INAO. En l'état, « l'hypothèse d'une évolution du nom du comité de bassin est envisagée pour trouver une issue pour ne pas mettre les opérateurs en porte à faux par rapport à la réglementation sur l'étiquetage » souligne Catherine Richer, qui note que le processus de mis en conformité ne fait que commencer : « le changement de nom du comité de bassin est une condition nécessaire, mais pas suffisante. L'étape ultérieure est de mettre les cahiers des charges en cohérence avec cette UGPG, ce qui peut poser des questions particulières. »

Proposée par la filière vin au milieu des années 2000 et animée depuis par la région, la bannière Sud de France est devenue un outil commercial de poids, enrayée depuis le courrier de l'INAO envoyé en juillet 2018 à la présidente de région, Carole Delga. Aboutir à une solution rapide reste une attente forte dans le vignoble du Midi, où l'on entend souvent qu'il est anormal que l’INAO et la répression des fraudes ne se soient manifestés qu’après quinze ans d'utilisation de la marque. Et après de premiers succès commerciaux. « On a demandé à tous les vignerons de mettre Sud de France sur leurs étiquettes, pour permettre de créer des rayons Sud de France à l’export. La marque fonctionne, mais on ne peut plus l'utiliser. C'est incompréhensible » tempête Jean-Philippe Granier, le directeur du syndicat viticole de l’AOC Languedoc.

Alertes

« Des alertes ont été partagées depuis très longtemps [sur les points d'incompatibilité de la marque]. Historiquement, Sud de France était une bannière de promotion et d'actions collectives. La démarche d'étiquetage est arrivée après. La question a été identifiée et pointée. Avec le calendrier respectif des instances, il y a eu un certain délai, alors que les évolutions annoncées ne se concrétisaient pas » précise Catherine Richer.

Suscitant les impatiences, le dénouement de l'affaire Sud de France reste à écrire. La région indique souhaiter finaliser le changement de nom de bassin courant 2021.

 

 

 

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