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Pour recentrer le débat
Une grille de quantification significative des résidus phytos dans les vins

Alors que les associations antiphytos s’appuient sur des résultats bruts de traces de pesticides pour critiquer le vignoble, une note technique propose une grille de minimis pour écarter le bruit de fond qui ne peut être analysé.
Par Alexandre Abellan Le 17 septembre 2020
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Une grille de quantification significative des résidus phytos dans les vins
Dans les résultats présentés par Alerte aux toxiques, « il n’y a rien d’alarmant : tout est dans les clous réglementaires » souligne Vincent Bouazza. - crédit photo : DR
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partir de quel moment un résidu de pesticide quantifié dans une bouteille de vin devient-il significatif, et donc lié aux pratiques du vignoble analysé ? C’est une question sous-jacente au vif débat entourant la publication, ce 15 septembre, par l’association bordelaise Alerte aux toxiques de 22 analyses de résidus phytosanitaires dans des vins de Bordeaux, de Champagne et du Languedoc.

Si les antiphytos estiment que toute détection de matière active chimique peut servir de base d’accusation à une mise en danger (du vigneron au consommateur, en passant par les riverains), les professionnels de la filière soulignent les faibles concentrations détectées et leur respect de la réglementation en termes de traitement (l’homologation des pesticides encadrant les bonnes pratiques d’utilisation). Pour les scientifiques, l’enjeu est de déterminer le niveau à partir duquel une molécule n’est pas significativement présente et peut être considérée comme absente, faisant partie d’un bruit de fond.

Valeur de minimis

Pour permettre une analyse des résidus trouvés dans les vins, l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) vient justement de publier des propositions de minimis pour 220 matières actives. Accessible en ligne, cette plaquette explique qu’« une valeur de minimis est une valeur analytique en dessous de laquelle une substance est consensuellement considérée comme absente du produit analysé par un groupe d’experts. Ces minimis constituent ainsi des niveaux analytiquement faibles, en dessous desquels, la signification même du résultat n’est plus interprétable. » Mais « en aucun cas, le minimis ne doit être associé à une limite réglementaire ou à une notion de toxicité pour le consommateur » prévient l’IFV.

« Il s’agit d’un seuil minimal d’interprétation des résidus. Ce qui ne remplace pas les limites de quantification et de détection (propres à chaque méthode et laboratoire), mais fournit un guide de lecture pour savoir si les résidus sont significatifs ou pas » explique Vincent Bouazza, le responsable des unités d’analyse fine des laboratoires Dubernet ayant participé au projet. Réunissant pendant un an un groupe de travail de six laboratoires d’analyses (pour une base de données de 10 000 analyses), l’IFV a arrêté par consensus des propositions de minimis variables selon chaque molécule.

Cas particuliers

« Prenons le cas du benalaxyl. Si un vigneron conventionnel l’utilise à pleine dose sur toute sa campagne, sa concentration dans le vin finira à 3 µg/l. Nous avons arrêté qu’une teneur de 1 µg/l implique une utilisation. Au contraire, pour le boscalyd une trace de 1 à 3 µg/l peut provenir d’un traitement en début campagne ou d’une contamination par le voisinage. Le minimis est monté à 5 µg/l » explique Vincent Bouazza.

Actuellement, l’IFV propose donc des minimis permettant de déterminer si la présence d’un résidu de phyto est bien lié à son utilisation à la vigne. « Ce qui n’était pas détectable il y a 10 ans, l’est devenu aujourd’hui. Le zéro analytique n’existe pas, or à mesure de l’amélioration inexorable des performances des outils analytiques, on peut s’attendre à ce que des résultats d’analyse positifs, basés sur des concentrations extrêmement faibles, soient de plus en plus fréquents » explique l’IFV, qui tend à proposer un cadre pour certifier des vins sans résidus de pesticides. Amenée à être évolutive, cette liste n’a pas de portée réglementaire. Ce qui pourrait évoluer dans quelques années, cette démarche venant d’être présentée auprès de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV).

Quantités très faibles

Pour en revenir aux conclusions d’Alerte aux toxiques, elles sont plus alarmistes que les données récoltées souligne Vincent Bouazza, qui a réalisé les 22 analyses en question. Rappelant qu’aucune cuvée n’est « alarmante », l’ingénieur en chimie analytique indique que « la majorité des molécules trouvées le sont en quantités très faibles. Beaucoup de molécules problématiques se trouvent au niveau du seuil de détection. Nous ne sommes alors pas capables de dire si le domaine a traité ou s’il s’agit d’une contamination par un voisin. »

Prenant donc ces résultats, et surtout leurs interprétations, avec des pincettes, Vincent Bouazza note que des analyses de vins bio auraient surement trouvé des résidus. « Considérer des résidus problématiques alors que l’on ne sait pas d’où ils viennent, c’est un biais » pointe le chimiste.

 

* : Echauffant les sangs dans la filière des vins de Bordeaux, cette publication pousse certains à envisager une attaque en diffamation suite aux violentes critiques portées en général contre le label Haute Valeur Environnementale (HVE) et en particulier contre nombre de représentants du vignoble.

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Tous les commentaires (1)
Baraud Le 17 septembre 2020 à 21:58:08
Encore une pseudo association issu de FNE et génération future à la solde du lobbys bio et subventionnée à détruire nos productions! Jamais une analyse sur les vins bios démontre bien l’orientation antitout! J’aimerais savoir si ils ont analysé leurs consommations de médicaments ,de lessives,de parfums,etc... tous classés CMR ou autres et autrement plus dangereux
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