LE FIL

Réhomologation

Les vignerons bio veulent que le ministre de l’Agriculture sauve le lissage du cuivre

Lundi 31 août 2020 par Alexandre Abellan

« Le lissage c’est aussi un levier d’économie de cuivre. Si on est limité à 4 kg, on n’a pas la même approche » explique Pierre-Henri Cozyns (de dos) au ministre Julien Denormandie.
« Le lissage c’est aussi un levier d’économie de cuivre. Si on est limité à 4 kg, on n’a pas la même approche » explique Pierre-Henri Cozyns (de dos) au ministre Julien Denormandie. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Restant théorique, le lissage pluriannuel des doses de cuivre n’est pas appliqué en réalité s’indigne la filière des vins biologiques. Qui demande l’intervention de l’exécutif pour soutenir les conversions.

Fixée à 4 kilos par hectare et par an avec un lissage pluriannuel restant hypothétique, la dose de cuivre à l’hectare aura pesé comme un fardeau sur le vignoble de Bordeaux pendant ce millésime 2020 à la forte pression de mildiou. Pour lever cette épée de Damoclès, « il suffit au ministre de prendre un arrêté pour appliquer au niveau français ce que le gouvernement a défendu devant l’Union Européenne » résume le vigneron Pierre-Henri Cosyns (château Grands Launay, 30 hectares en AOC Côtes de Bourg certifiés en bio et biodynamie). Une certitude que le vice-président du Syndicat des Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine a eu l’occasion de transmettre au premier intéressé : Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, qui visitait son domaine ce 29 août.

 « A chaque réhomologation de produit cuprique, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) rajoute une phrase qui, à terme fera que l’on n’aura plus le lissage du cuivre » prévient le vigneron bordelais face au ministre. Pour Pierre-Henri Cosyns, le lissage pluriannuel est le levier des futures conversions à la bio. « Autant quand on maîtrise le bio après 4-5 ans on diminue les doses, mais pour rassurer les opérateurs pendant la période de conversion et éviter les échecs, on a besoin de cette sécurité » souligne le vigneron, affirmant que le lissage « est une bonne mesure pour aider l’agrobiologie et la conversion pour toutes les Mesures AgroEnvironnementales (MAE) : la certification Haute Valeur Environnementale (HVE), la biodynamie, tout ce que vous voulez… »

Coûteux protocoles

Ecoutant le plaidoyer vigneron, le ministre de l’Agriculture n’a eu qu’une question : quel est l’origine du blocage du lissage ? « Le seul problème, c’est que l’ANSES demande une étude financée par l’industrie pour apporter des preuves. Mais pour étudier le lissage, il faudrait sept ans et des moyens colossaux que les industriels ne sont pas prêts à mettre aujourd’hui » lui répond Pierre-Henri Cosyns, qui lui propose comme solution de signer un arrêté ministériel permettant le lissage. A écouter le vigneron, il s’agirait d’une mesure consensuelle, notamment auprès des riverains demandeurs de bio.

Anticipant les critiques d’autres vignerons, Pierre-Henri Cosyns précise au ministre que « le cuivre certes s’accumule dans le sol, mais ça reste un biopesticide, peu traçable, peu mobile, auquel les abeilles ne sont pas sensibles. Sur l’hydroxyde il y a des problèmes d’irritation, mais dans l’ensemble avec des doses hectares appliquées de 4 kg/an, l’accumulation n’est pas problématique. »

"Je vais regarder, je vous dis"

Ayant pris les coordonnées du vigneron, le ministre Julien Denormandie lui indique se pencher sur le sujet et le suivre à l’avenir. Ayant déjà déposé ce dossier sur le bureau du précédent ministre, Didier Guillaume, le vigneron Pierre-Henri Cosyns espère des réponses rapides. Ne serait-ce que pour pouvoir avancer sur un autre dossier : l’exemption claire et définitive des produits bio de toute Zone de Non Traitement (ZNT).

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