LE FIL

Épées de Damoclès

De nouvelles menaces de surtaxes douanières aux Etats-Unis

Jeudi 25 juin 2020 par Sharon Nagel

Pour le président de l’US Wine Trade Alliance, Benjamin Aneff, toute augmentation des droits de douane constituerait « une erreur spectaculaire » de la part des autorités américaines.
Pour le président de l’US Wine Trade Alliance, Benjamin Aneff, toute augmentation des droits de douane constituerait « une erreur spectaculaire » de la part des autorités américaines. - crédit photo : Sharon Nagel
Alors que le monde tente de se relever de la crise du Covid-19, l’administration américaine reste sur le pied de guerre. Et les vins français et européens pourraient de nouveau se trouver dans son collimateur.

Cette semaine, doit s’ouvrir une nouvelle période de consultation concernant les tarifs douaniers additionnels appliqués à de nombreux produits européens dans le cadre du litige Airbus-Boeing. Dans le même temps, l’administration américaine fourbit ses armes face à la mise en œuvre de taxes européennes sur les services numériques, les fameuses taxes GAFA. Professionnels et grand public sont invités à déposer leurs commentaires concernant l’impact des surtaxes douanières, fût-ce dans un format bien moins pratique que la première fois, en janvier-février, dans le cas du dispute Airbus. Faut-il y voir une volonté de l’Etat américain de nuire à ce processus ? Toujours est-il que Benjamin Aneff, président de l’US Wine Trade Alliance, affirme que « nous verrons une réaction très forte du monde du vin aux Etats-Unis. Les droits additionnels sont extraordinairement préjudiciables aux entreprises américaines. En fait, ils nuisent davantage aux entreprises américaines que celles qu’ils ciblent dans l'UE. Ils constituent donc une réponse particulièrement mauvaise et nous le ferons savoir sans ambiguïté ». En effet, le système américain des « Three Tiers » fait que trois échelons de la chaîne d’approvisionnement sont concernés aux USA contre un en Europe.

Un levier inefficace

Depuis l’entrée en vigueur de la surtaxe douanière de 25% sur de nombreux produits européens, dont les vins français titrant moins de 14%, l’Alliance s’est constituée pour réaliser un travail de lobbying auprès des autorités américaines. Sa page Facebook privée a réuni plus de 6 500 membres, allant de la société d’importation unipersonnelle aux distributeurs dont les effectifs se comptent en dizaines de milliers. Malgré cela, son président reste dubitatif quant à la volonté du Bureau du représentant américain au commerce (USTR) de prendre en compte le préjudice subi par les entreprises américaines, et surtout l’inefficacité de la mesure : « Entre octobre 2019 et avril 2020, les importations américaines de vins en provenance de France, d'Allemagne, d'Espagne et du Royaume-Uni ont diminué d'environ 40 % par rapport à l'année précédente. En novembre, immédiatement après l’application des droits de douane mais avant la crise du Covid-19, les exportations françaises vers les États-Unis ont chuté de 50 %, alors que les exportations françaises globalement ont augmenté de 2 %, selon l'atlas mondial du commerce. Cela illustre parfaitement notre conviction selon laquelle les droits additionnels ne représentent pas un levier efficace pour influencer le comportement de l'UE ».

 

Benjamin Aneff, président de l'US Wine Trade Alliance, qui entend unir le secteur du vin contre la (ou les) surtaxe(s) américaine(s)

Une dispute qui intervient « au pire moment »

Pour Benjamin Aneff, les professionnels ont été frappés de plein fouet par la taxe : « La réalité, c’est que les vins en question sont demandés par les consommateurs et ne sont pas interchangeables. Il n'est pas raisonnable de penser qu'on peut remplacer un Sancerre français par un sauvignon blanc californien et nos clients ne le croient pas non plus. Nous n'avons donc pas constaté de grands changements au niveau des portefeuilles de produits. De plus, globalement, les vins génèrent de faibles marges, ce qui empêche les opérateurs d’absorber une grande partie des droits additionnels sans porter un énorme préjudice à leurs propres résultats. Par conséquent, notre offre est plus chère et nous vendons moins à un moment où nous avons vraiment besoin d'aide. De nombreux distributeurs ont perdu jusqu'à 50 % de leur clientèle parce que les restaurants ont été obligés de fermer dans bon nombre de grandes villes des États-Unis. C'est donc le pire moment imaginable pour imposer des droits de douane aux entreprises américaines qui tentent de se relever de la crise du Covid-19 ».

Une deuxième menace venant de la taxe GAFA

Le caviste, copropriétaire du magasin new-yorkais Tribeca Wine Merchants, craint d’autant plus l’issue de ce réexamen de la surtaxe Airbus – dont l’annonce devrait intervenir vers la fin du mois de juillet - qu’une autre ombre se profile à l’horizon : la taxation des services numériques en Europe. « La formulation de ces taxes amènera probablement le gouvernement américain à constater qu'elles sont discriminatoires à l'égard des entreprises américaines. Si elles étaient rédigées de telle manière à ce qu'elles n'affectent pas que les entreprises américaines, je pense qu'elles seraient beaucoup moins susceptibles de poser problème. Même Mark Zuckerberg a déclaré publiquement qu'il pense que les services numériques devront payer plus d'impôts en Europe. Mais la manière dont la règlementation est rédigée et présentée par certains hommes politiques européens – et même le nom GAFA – laisse entendre que le but est de ne taxer que les sociétés américaines et c'est là que se situe le problème ».

« Une erreur spectaculaire »

En l’état actuel des choses, Benjamin Aneff est sceptique quant à la volonté de l’Etat américain d’accepter ces taxes, même s’il espère que la réunion de l’OCDE en octobre permettra de faire avancer les négociations dans le bon sens. Dans le cas contraire, il affirme : « Si les taxes qui ont été proposées sont formulées de telle manière à ce qu'elles ne portent que sur les entreprises américaines, alors je pense qu'il est fort probable que les États-Unis exerceront des représailles au moment où elles seront perçues. Nous prenons la menace très au sérieux ». D’ici là, l’Alliance fera « tout son possible pour avertir le gouvernement américain qu’il fait fausse route, et que ces droits additionnels constituent une erreur spectaculaire ». Et le caviste américain de déplorer : « Le secteur du vin, tant aux États-Unis que dans l'Union européenne, dont nous nous sentons chanceux de faire partie, en a absolument assez d'être utilisé comme un pion sur des questions qui ne le concernent d’aucune manière que ce soit ».

 

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