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Coronavirus

La logistique internationale mise à mal

Lundi 16 mars 2020 par Juliette Cassagnes

Le terminal de France, au port du Havre, a été très perturbé ces derniers mois par des grèves de dockers
Le terminal de France, au port du Havre, a été très perturbé ces derniers mois par des grèves de dockers - crédit photo : Haropa - Le Havre
Le coronavirus a eu comme effets secondaires, parmi d'autres, de perturber le transport maritime et de creuser le déficit en containers réfrigérés, rendant les expéditions très compliquées.

« On ne peut plus exporter car il n'y a plus de containers », témoigne Clément Desbois, directeur export d'Hillebrand, commissionnaire de transport dont l'activité a chuté depuis janvier sur le marché asiatique.

Outre le fait d'agir sur la consommation de vin, l'épidémie de coronavirus a en effet eu comme impact de perturber fortement le transport maritime. L'activité dans les principaux ports chinois a été paralysée pendant plusieurs semaines, le personnel étant confiné chez lui et le transport routier très contraint lui-aussi. De nombreux bateaux avec leurs containers remplis s'y retrouvent donc bloqués et non-déchargés depuis un bon mois.

Les équipements de type « reefers » sont encore plus concernés que les autres : « Il y a actuellement une forte congestion sur les ports en chine, notamment sur les reefers, confirme Jean-Philippe Rétif*, directeur commercial chez Bolloré logistics China, qui gère une activité mondiale de 35000 refers, dont une grosse majorité pour des produits frais agro-alimentaires. On voit un trop plein sur les ports principaux de Pusan, Shanghai et Tianjin. Seul le port de Ningbo semble en mesure d’en accueillir », poursuit-il.

Les ports français également bloqués

Ce qui soulève plusieurs problèmes : le manque de prises dans les ports pour alimenter tous ces containers réfrigérés afin de maintenir les marchandises au frais, ou encore le fait que les compagnies maritimes, qui perdent beaucoup d'argent, commencent à implémenter de fortes conditions de surcharge à leurs clients pour évacuer ces marchandises... Autre conséquence : n'étant pas réexpédiés, ou parce que des escales sont annulées, ces containers manquent dans les différents ports du monde entier ; les compagnies maritimes n'ont plus de containers disponibles pour pouvoir expédier des produits. « On a un vrai problème pour trouver des boites de 20 pieds, depuis un mois », témoigne Florian Ceschi, courtier en vin vrac chez Ciatti Europe. « Il y a une pénurie de containers reefers, confirme Clément Desbois; nous n'arrivons pas à les faire revenir en Europe ; la tension commence à se faire sentir sur les dry aussi ». Ce dernier a chiffré à 1,7 millions le nombre total d'unités réfrigérées en moins disponibles depuis début février, soit actuellement 45% de la capacité actuelle manquante entre l'Asie et l'Europe. Avec la reprise progressive de l'activité en Chine, il estime que plusieurs mois seront nécessaires pour « dégager tous ces containers et que tout revienne dans l'ordre ».

A cela, il faut ajouter, en France, les grèves de dockers, depuis décembre, qui se poursuivent actuellement en grève perlée, tous les jeudis, dans les ports français du Havre et de Fos. Comme en Chine, l'activité en est fortement perturbée avec un phénomène de congestion, les containers ne pouvant pas être evacués : « Sur l'un des trois terminaux du Havre, qui gère 85% des navires, il y a un engorgement des boites reefers...C'est comme en chine ; il y a un effet miroir au Havre», témoigne Jérôme Bronchart*, de l'agence de Rennes Bolloré logistiques. La conséquence pour les importateurs : un hausse du prix du transport. « J'ai trouvé des transporteurs pour pouvoir passer par les ports de Gènes, Anvers ou Valencia, témoigne Florian Ceschi. Cela provoque un surcoût à la charge de l'acheteur ».

"Un déficit chronique de reefers"

Ce déficit de reefers ne serait en réalité pas nouveau, mais très amplifié par l'épidémie. « On l'a déjà identifié l'an passé, explique Jean-Philippe Rétif. On a une vraie problématique d'équipement reefers, avec un réel déséquilibre entre disponibilité et demande, et un goulot d'étranglement sur les ports chinois en ce moment ».

Les causes sont plurielles : l'entrée en vigueur d'une nouvelle norme mondiale « IMO Sulfur 2020 », obligeant les bateaux à se mettre en confirmé vis-à-vis de leurs émissions de soufre, avec comme effet de « réduire les capacités de transport », une demande en hausse pour ce type de containers, de la part notamment de deux secteurs : vin et pharmacie ; et enfin dernière raison : les compagnies maritimes placent les containers réfrigérées là où elles en ont le plus intérêt d'un point de vue économique, et en fonction des saisons. « Il y a un basculement des trafics des reefers vers Rotterdam plutôt qu'au Havre, qui a des règles moins pointilleuses », constate Jérôme Bronchart.

(* propos recueillis lors du webinaire FranceAgriMer du club agro-alimentaire du 5/3/2020, sur la production, transport et logistique, à l'heure du covid 19) 

Le transport aérien aussi...

Le transport aérien est également très perturbé par l'épidémie de Covid-19 : les compagnies aériennes ont fortement réduit les capacités de fret aérien avec l'annulation de nombreux vols depuis mi-février.

Les sites marchands de vins, qui expédient généralement leurs commandes par avion, en subissent les conséquences : une augmentation très nette des coûts de transport. « Ils ont été multipliés par deux depuis février, que nous prenons pour le moment à notre charge, témoigne Fabrice Bernard, du site Millésima.com. « Le tarif est passé de 1,25€/kg à 2 ou 3€/kg actuellement ; les compagnies essaient de compenser les pertes subies par le transport commercial », indique Lionel Cuenca, d'IdealWine. Celui-ci déplore beaucoup de retards sur les délais de livraison, obligeant les clients à patienter et à accepter la mutualisation de palettes pour diminuer leurs coûts de livraison.

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