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Marché export

Comment les vins de Sancerre jonglent avec la surtaxe américaine

Vendredi 14 février 2020 par Alexandre Abellan

« Nous restons en attente du 18 février » souligne Christine Laloue, ce 3 février sur le salon des vins de Loire.
« Nous restons en attente du 18 février » souligne Christine Laloue, ce 3 février sur le salon des vins de Loire. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Très demandée aux Etats-Unis, l’appellation ligérienne prend de plein fouet l’augmentation de 25 % des droits de douanes. Et retient son souffle face au risque de nouvelles sanctions ce 18 février.

Signe de la forte demande américaine pour les vins blancs de Sancerre, trouver un vigneron de cette AOC qui n’ait pas un importateur américain au salon des vins de Loire est une gageure qui semble irréalisable depuis des années. Mais ce début 2020, les négociations qui ont lieu derrière les stands du parc des expositions d’Angers ne portent pas sur de nouvelles hausses de prix. Les rendez-vous concernent inéluctablement l’effort financier demandé par les importateurs américains à leurs partenaires vignerons, afin de prendre en charge une partie des 25 % de hausse de droits de douane. Imposée en sanction des subventions européennes à Airbus, cette surtaxe est en vigueur depuis le 18 octobre 2019 sur toutes les bouteilles de vins français tranquilles importés avec un degré alcoolique inférieur à 14°.alc.

Entre résignation et dépit, le vignoble de Sancerre ne sait sur quel pied danser. Disant profiter de la trêve hivernale (son client américain enlevant ses vins au printemps), le vigneron Clément Raimbault (domaine du Pré Sémélé, 25 % des ventes sur le marché américain) a dû anticiper les négociations sur le partage de la surtaxe : « on nous demandait un grand geste, de prendre -15 %, on en a fait un petit, -5 % ».

Pas de blocage

« En ayant fait un effort financier, le marché tire encore » complète Mathieu Fleuriet (domaine Bernard Fleuriet et Fils, dont 25 % des volumes sont vendus aux Etats-Unis). Ayant intégré un tiers de la surtaxe dans ses prix, le vigneron réfléchit à aller vers d’autres marchés, « mais on ne pourra pas se passer du marché américain du jour au lendemain ». Et inversement, « il y a une demande américaine qui reste importante pour Sancerre ».

Ayant trois clients américains, le vigneron Dominique Roger (domaine du Carrou, réalisant 30 % de ses ventes aux Etats-Unis) connaît tous les cas de figure : le premier de ses distributeurs ne s’est pas encore positionné sur le sujet, le deuxième souhaite une baisse significative des prix et le troisième craint une nouvelle hausse des taxes. S’inquiétant, ce dernier a demandé « une grosse expédition : le volume qu’il prend sur l’année (13 000 cols). Mais avec un degré supérieur à 14°.alc. Je n’étais pas chaud pour le faire, c’était un crève-cœur de ne pas laisser ce vin s’enrichir sur lies » confie Dominique Roger. Qui n’a pas à se poser la question de la répartition de la surtaxe sur ce lot y échappant, selon les règles actuelles.

L'inconnue du 18 février

A l’approche du 18 février, marquant les quatre mois d’action de cette surtaxe et la possibilité d’un nouveau carrousel de sanctions, l’incertitude pèse sur les prochaines affaires. « Les visiteurs américains sont sur le salon, ils font comme si ce ne pouvait pas être pire » rapporte, mi-figue mi-raisin, Christine Laloue, la présidente de l’union viticole sancerroise. « Personne ne sait si le pourcentage de taxe ou la base taxée augmenteront. Au mieux, cela reste tel quel. Même si le vignoble a une forte capacité d’adaptation, on sait que l’on ne pourra pas suivre au-delà de 25 % » esquisse la vigneronne, qui préfère afficher un optimisme résolu face aux incertitudes actuelles.


 

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