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Bordeaux

La charte entre viticulteurs et voisins se dessine, et se débat

Jeudi 09 janvier 2020 par Alexandre Abellan

Les chartes de voisinage doivent encadrer les relations entre les agriculteurs et leurs voisins, et permettre une réduction des ZNT en cas de bonnes pratiques.
Les chartes de voisinage doivent encadrer les relations entre les agriculteurs et leurs voisins, et permettre une réduction des ZNT en cas de bonnes pratiques. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2018)
Qu'il soit présenté comme très engageant par la chambre d’agriculture ou peu satisfaisant par les associations de riverains, l’outil doit être mis en place pour la prochaine campagne.

Thérapie de groupe autour des chartes de voisinage à la Chambre d’Agriculture de Gironde, à Bordeaux ce 8 janvier, entre des organisations professionnelles, à majorité viticole, et des associations de riverains, plutôt marquées antiphytos. Après une escalade des tensions en fin d’année 2019*, cette première réunion sur la réduction de l'exposition du voisinage aux produits phytipharmaceutiques a permis, dans le nouveau cadre réglementaire des Zones de Non Traitement (ZNT), de présenter le projet rédigé par les organisations agricoles et d’entendre les propositions de la société civile.

Les premières proposent notamment de « vérifier régulièrement, et au moins une fois par an le réglage des pulvérisateurs », de « recourir à des pratiques et du matériel limitant la dérive », d’« éviter les produits CMR [Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques[] en viticulture » et de « proposer d’informer les voisins qui le souhaitent au moins huit heures avant les traitements ». « Cette charte contient des engagements importants et ambitieux » souligne Pascal Got, directeur de la chambre d'agriculture. Ce qui n’est pas l’avis de toutes les associations participantes.

"Pas d’obligations légales"

« Il n’y a rien de nouveau ! c’est gentil de proposer des engagements moraux, mais qui va les contrôler ? S’il n’y a pas d’obligations légales, s’il n’y a pas une contrainte, ça ne fonctionnera pas » estime Valérie Murat, porte-parole d’Alerte aux Toxiques, qui dénonce une charte de favorisation du dialogue et pas « de réduction de l’exposition des riverains aux pesticides de synthèse ».

Moins virulent, Cyril Giraud, le relais bordelais de Générations Futures, n’en est pas moins déçu. Ayant découvert des fragments de la charte pendant cette réunion de deux heures, le militant regrette une concertation tardive ne pouvant pas être constructive. Dans cette charte, Cyril Giraud n’y trouve pas « d’engagements sérieux qui permettent d’avancer sur la protection des riverains. Il y a un grand écart entre les attentes du public, où l’on trouve une réelle inquiétude, et le monde agricole, qui ne veut pas que l’on mette le nez dans ses affaires. Mais ses affaires touchent la France entière, qui n’est pas au courant de la dangerosité des produits utilisés. »

Dialogue

Malgré ces regrets, Cyril Giraud reconnaît que « l’aspect positif de cette conversation aura été de converger sur des thèmes dont nous devons reparler ». Jean-Louis Dubourg, le président de la chambre d’agriculture souligne également que « le plus intéressant est que l’on va se revoir au-delà de la charte pour aborder les sujets plus techniques, dans une relation apaisée ». Parmi ces questions laissées en suspens, on trouve les modalités de mesure de la vitesse du vent (la chambre préconise un anémomètre pour l’agriculteur, les associations préfèrent des manches à air visibles par tous), l’information des riverains (et du public au sens large) et la classification précise des pesticides (CMR 1, CMR 2…). « Il y a des points à clarifier, mais on ne peut pas soumettre les plans de traitement au public » pondère Pascal Got.

"Contraint par le temps"

La prochaine réunion entre organisation agricoles et associations viticoles devrait se tenir en mars pouvoir, sans pouvoir apporter de modifications à la charte riverains. « Contraint par le temps, notre projet de charte va être modifié pour intégrer certaines idées, sans accepter certaines contraintes en l’état » précise Jean-Louis Dubourg. Le céréalier girondin rappelle que « la charte est un engagement dont l’objectif est d’être utilisé par les agriculteurs sur la prochaine campagne. Il faut une mise en consultation publique à la fin du mois (pendant un mois) puis une étude pour modification ou validation par la préfecture (sur un délai de deux mois)

 

* : Suite à des communiqués échangés de part et d’autre, une première réunion n’avait pas réussi à réunir tous les interlocuteurs associatifs le 16 décembre.

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