LE FIL

Bilan de salon

Vinexpo Bordeaux ne sera plus jamais comme avant

Jeudi 16 mai 2019 par Alexandre Abellan

Sans être vides, les allées étaient suffisamment aérés pour permettre une circulation aisée sur les quatre jours du salon.Sans être vides, les allées étaient suffisamment aérés pour permettre une circulation aisée sur les quatre jours du salon. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Fermant ses portes sur un bilan nuancé, le rendez-vous bordelais va se renouveler fortement dans les prochaines éditions. Seraient à l'ordre du jour un évènement annuel, se tenant pendant les primeurs de Bordeaux. Quitte à devenir toujours plus régional.

Fermant ses portes, la vingtième édition du salon Vinexpo Bordeaux enregistre une baisse de 30 % de son visitorat (estimé à moins de 30 000 visiteurs) et de ses exposants (1 600 stands). « La réalité des chiffres met en évidence la nécessité d’un changement radical de stratégie pour relancer Vinexpo Bordeaux et le faire vivre en harmonie avec Vinexpo Paris. Nous devons nous appuyer sur nos points forts pour nous réinventer » annonce Rodolphe Lameyse, le nouveau directeur général de Vinexpo Bordeaux, dans un communiqué de clôture du salon (l’habituelle conférence de presse de clôture ayant été annulée).

Mais des annonces plus précises ont été faites auprès des exposants par les services commerciaux de Vinexpo, confirmées par des échos du comité stratégique de Vinexpo ce 14 mai. Avec une nouvelle formule qui prendrait un format annuel dès 2021, en se calant sur la semaine des primeurs (début avril). Ces rumeurs bruissaient dans les allées du premier jour, ce 13 mai, et à la fermeture, ce 16 mai. Et les réactions sont pour le moins partagées sur les stands. Si le rapprochement des salons Vinexpo Paris et Wine Paris est globalement vu comme un soulagement, cette multiplication annoncée interpelle déjà, tout comme l’avenir du positionnement international de Vinexpo Bordeaux.

Risque de régionalisation

« Avec ce rythme, nous ne pourrons pas participer à tous les évènements de Vinexpo » estime ainsi Guillaume Deglise, le directeur général de la maison Albert Bichot (Bourgogne) et ancien directeur du salon Vinexpo (dont l’interview complète sera à retrouver demain sur Vitisphere). À Bordeaux, les négociants oscillent déjà entre la crainte d’une surchauffe d’activité pendant les primeurs et la chance de réussir à concentrer les deux évènements en un seul moment. D’autres incertitudes se retrouvent parmi les petites propriétés girondines et les autres opérateurs français.

« On ne vend pas en primeurs. Cette date serait l’occasion d’avoir accès à de nouveaux acheteurs. Mais s’ils ne font que le tour des grands crus, ce sera raté » analyse Mickaël Boyer, le responsable export du château Fleur Haut Gaussens (Bordeaux). À chaud, les exposants étrangers se sentent plutôt exclus de ce nouveau positionnement, qui pourrait accentuer le format régional de Vinexpo Bordeaux. « C’était une bonne chose d’avancer le salon en mai (j’ai encore le souvenir cuisant des éditions 1999 et 2003…). Mais attention, en passant en avril, tout le vignoble d’hémisphère sud sera en pleines vendanges et moins disponible » prévient Peter Gago, le vinificateur en chef de Penfolds (Australie).

Déclin

Mais pour tous, une réaction forte était nécessaire pour redresser un évènement en perte de vitesse. Le salon 2019 n’a clairement plus la dimension du Vinexpo des années 2000, quand le rendez-vous bisannuel revendiquait le titre d’évènement phare de la planète vin. Comme l’énumèrent les habitués du salon bordelais, il y manque des acteurs majeurs (d’Advini à Michel Chapoutier, en passant par Boisset ou Louis Latour), les restaurants sont tous passés à l’intérieur du hall 1, il n’y plus d’exposition dans le hall 3, il n’y a plus de barge flottante sur le lac, le parking est clairsemé et sans embouteillage, des stands sont bâchés après avoir été annulés… Et il y a encore des chambres disponibles dans de nombreux hôtels bordelais.

"Passer à trois jours"

Pour ceux présents pour la première fois sur le salon, « Vinexpo est un joli évènement en termes de qualité de réception » juge Émilie Rossi, la responsable de l’évènementiel du château Minuty (Provence). Satisfaite des contacts établis dans de nombreux nouveaux pays, elle souligne que « les enjeux sont supérieurs à ProWein, mais Bordeaux est un endroit stratégique qu’il faut garder. Par contre, ce serait mieux de passer à trois jours de salon… Quatre c’est trop. On sait qu’il n’y aura pas d’affaires le jeudi. » Pour l’instant, la question de la durée de Vinexpo resterait en suspens.

Bonnes surprises

En ce qui concerne l’édition 2019 à proprement parler, Vinexpo ferme ses portes sur l’impression d’une bonne surprise. Inquiets par la contraction quantitative de l’évènement (-30 % de stands de stands et de visitorat par rapport à 2017), la majorité des exposants rencontrés sont soulagés par la diversité des contacts réalisés et la consolidation d’un salon d’image en France, faisant contrepoids au salon allemand ProWein. Comme on a pu l’entendre sur de nombreux stands, « on ne s’attendait pas à autant bosser » résume franchement David Quillin, ambassadeur de marque de la cave de Tain (Vallée du Rhône). Qui estime que Vinexpo « revient à une taille humaine, alors que ProWein grandit trop avec de nouveaux halls annoncés. À Bordeaux on a le temps de déguster et de se poser. Nos visiteurs sont en costumes, pas en baskets pour un marathon ! »

"Peu de visites, mais de qualité"

« Ce n’est pas la quantité des contacts qui fait l’intérêt d’un salon, mais leur qualité » pose quant à lui Olivier Dupré, le directeur général de la division française de Henkell Freixenet. « Le bilan n’est pas totalement positif ou négatif. Il y a eu peu de visites, mais de qualité » renchérit Corinne Vonarx, la responsable marketing de la cave de Turkheim (Alsace), qui ne cache pas son regret : avec plus de monde dans les allées, cela aurait été un salon exceptionnel. Mais pour d’autres, notamment parmi les allées des exposants étrangers, « ce salon aura été très calme. Trop calme. Il n’y a pas eu assez de visite pour que l’on puisse envisager de continuer à venir » rapporte Rudolf Senser, du domaine allemand Heinz. Pour ces déçus de Vinexpo Bordeaux, tout l’enjeu est désormais de les convaincre d’essayer la formule Vinexpo Paris + Wine Paris.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Peter Crameri Le 16 mai 2019 à 18:08:37
Cet article ne fait que confirmer ce qui est évident depuis des années. Décalé, dans l'ombre d'un Prowein beaucoup plus dynamique, mieux organisé, jouant moins sur le coté "haut-de-gamme", Vinexpo n'est plus du tout LE salon par excellence et le fait de consolider avec Wine Paris en 2020 - a 1 mois de Prowein - ne représente pas la solution de survie!! D'avoir déja dans un premier "transformé" (et déplacé ce qui était VINISUD - a Montpellier) est, de l'avis de TOUS les acheteurs étrangers, déja une mauvaise idée. Prowein va définitivement sceller la disparition de Vinexpo...
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé