LE FIL

Vins en vrac

Le diagnostic des difficultés du Médoc dans les tuyaux

Jeudi 14 mars 2019 par Alexandre Abellan

Ayant déjà connue des crises commerciales avec les chutes des marchés japonais, américains ou européens, le Médoc fait désormais face au repli chinois.Ayant déjà connue des crises commerciales avec les chutes des marchés japonais, américains ou européens, le Médoc fait désormais face au repli chinois. - crédit photo : Conseil des Vins du Médoc
Ballotté par des trous d'air commerciaux, tant structurels que conjoncturels, le vignoble médocain met à plat ses faiblesses pour se renforcer sur les marchés.

Sur les sept premiers mois de la campagne 2018-2019, 22 600 hectolitres de vins d’appellation Médoc ont été contractualisés en vrac à 2 249 €/tonneau, selon les dernières statistiques du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). Soit des replis de 22 % volume et de 7 % valeur par rapport à août 2017-février 2018. « Il n’y a pas de prix de vente extravagants pour l'instant, les chiffres montrent surtout une faible activité » analyse Claude Gaudin, le président de l’Organisme de Défense et de Gestion des appellations Médoc, Haut-Médoc et Listrac (ODG Médoc).

Après la bonne campagne commerciale du millésime 2016, le marché des vins médocains s’est contracté avec le gel de la récolte 2017 (en termes de quantité, mais aussi de qualité, plus hétérogène). Entre des foires aux vins d’automne moroses en France et des perspectives export compliquées entre l’essoufflement de la Chine et l’incertitude du Royaume-Uni, les mises en marchés restent compliquées et peu demandées pour les vins du Médoc. « C’est inquiétant, alors que nous n’avons pas produit tant de volumes en 2018. Nos rendements sont de 48 hl/ha en Médoc, 40 hl/ha en Haut-Médoc et 37 hl/ha en Listrac » note Claude Gaudin.

Diagnostic

Espérant bénéficier des prochains primeurs, et de la bonne image du millésime 2018, l'ODG Médoc estime que ses difficultés sont autant conjoncturelles que structurelles. Ayant réuni ce début d’année les principaux courtiers et négociants, Claude Gaudin a pu affiner le diagnostic en entendant une litanie de critiques de la place de Bordeaux sur le Médoc. À commencer par le manque de marque forte, une image trop vieillotte, un style de vins où le boisage en stave a pu être trop marqué…

Sans oublier l’idée d’une perturbation de l’offre en vrac avec la prise d’ascendant des crus bourgeois du Médoc (qui représente un tiers des volumes du vignoble médocain). Selon les metteurs en marché, les châteaux produisant des crus bourgeois réaliseraient des sélections drastiques pour leurs premiers et deuxièmes vins, et se délesteraient en vrac du solde moins qualitatif. « Les volumes restant en vrac pénalisent pour toute la filière. Même les crus classés pâtissent de la vente de vin du Médoc à faible prix. Ces sorties sont un affichage qui tire toute la profession vers le bas » note Claude Gaudin.

"Politique de marque"

Pour redresser les commercialisations du Médoc, l'ODG compte modifier la perception de ses vins sur les marchés en se dotant d’une nouvelle stratégie pour « que la marque Médoc tienne ses prommesses auprès du consommateur. C’est un politique de marque » explique Claude Gaudin, qui poursuit la réflexion pour rédiger un plan d’actions. L’ingénieur agronome ne devrait pas manquer d’audace dans ses propositions, ayant porté au début des années 2000 la réforme de l'agrément, avec l’idée d’une dégustation aléatoire dans l’AOC Médoc : une cuve était prélevée au hasard dans chaque château demandant l’appellation, l’agrément de l’ensemble des lots du domaine dépendait du résultat de cette dégustation.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé