LE FIL

Douceur historique en février

Débourrement, le vignoble retient son souffle

Mardi 05 mars 2019 par Christelle Stef

A Madiran, aux domaines Brumont, des parcelles de chardonnay et de pinot noir ont commencé à débourrer
A Madiran, aux domaines Brumont, des parcelles de chardonnay et de pinot noir ont commencé à débourrer - crédit photo : Antoine Veiry
Février a été marqué par des records de températures. Dans les vignobles du Sud de la France, certains bourgeons commencent à débourrer. Les vignerons sont inquiets.

Des touristes qui dégustent un verre de rosé en terrasse. Des viticulteurs qui taillent en tee-shirt. Le mois de février s’est terminé par des records de températures dans l’Hexagone. Le 22, le mercure est monté jusqu’à 23,6 °C à Montpellier. Le 27, il a atteint 25,2 à Carcassonne ; 24,4 °C à Cognac ; 25,9 à Bergerac. Localement dans le Sud-Ouest, il a même dépassé les 28 °C. Une douceur historique. « On a vécu deux semaines complètement folles au niveau températures maximales », reconnaît une prévisionniste de Météo France.

Des complants qui débourrent

Les conséquences ? Dans les vignobles du Sud de la France, des bourgeons ont déjà repris leur activité. « Vendredi dernier (le 1er mars, ndlr), en attachant une parcelle de merlot, j’ai vu que des complants avaient déjà débourré. C’est du jamais vu. Dans des jeunes vignes, plantées l’été dernier, les bourgeons commencent à gonfler. Les pruneliers et les pêchers sont en fleur. L’herbe commence à pousser. On s’attend à un débourrement précoce. », rapporte Jérôme Miramon, du château Couhins, environ 30 ha à Villenave d’Ornon (Gironde).

"C'est surprenant"

Dans le vignoble de Madiran, Antoine Veiry, le chef de culture des domaines Brumont (environ 215 ha de vignes) observe lui aussi depuis le 1er mars, de manière anecdotique des bourgeons qui ont commencé à débourrer sur du chardonnay. « Nous avons 1 ha de ce cépage très précoce que nous expérimentons avec le pinot noir sur différents terroirs. Dans une des parcelles de chardonnay, les bourgeons de l’extrémité de la baguette sont à des stades situés entre « bourgeon dans le coton » et « une à deux feuilles visibles », sur 60 % des pieds. C’est surprenant. Il s’agit d’une parcelle implantée sur un terroir argilo-calcaire et située sur un plateau avec une légère pointe nord », indique-t-il.

Dans le Var, la vigne montre aussi des signes de reprise « Dans les zones précoces, notamment sur les grenaches, dans le secteur du Littoral, autour de Saint-Tropez, on commence à voir des pointes vertes », rapporte Julie Mazeau, de la chambre d’agriculture.

La crainte du gel

« Février trop doux, promet printemps en courroux », dit un dicton Normand. L’inquiétude des viticulteurs est donc palpable. A l’instar d’Albéric Philipon, viticulteur à Cotignac et Pontevès sur 30 ha. « En 2017, nous avions gelé à 60 %. Depuis je prends des précautions. Pour le moment je ne m’affole pas car mes vignes n’ont pas encore bougé. Mais je me suis arrangé avec un producteur de paille pour qu’il me réserve un stock jusqu’au 15 mai. Je vais également veiller à l’entretien des sols. Je sème des couverts végétaux entre les rangs de vigne.  Je ferai en sorte qu’au moment des risques de gel, ce couvert soit tondu ou roulé. De même, je vais anticiper le travail des sols sous la ligne des souches. D’habitude je le fais en avril mais à cette période, cela provoque des remontées d’humidité qui peuvent aggraver les dégâts en cas de gel. Enfin, je réfléchis à l’installation d’une éolienne », détaille-t-il.

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