LE FIL

Robot vigneron

Regardez le futur du désherbage, le pilote automatique !

Mardi 23 octobre 2018 par Alexandre Abellan

Ce 12 octobre au château Fombrauge, Benoît Chaillon testait le travail du sol du robot TED.Ce 12 octobre au château Fombrauge, Benoît Chaillon testait le travail du sol du robot TED. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Pour préparer le 0 % glyphosate, la start-up Naïo développe une solution 100 % automate. Démonstration vidéo des essais de lames interceps et doigts Kress du prototype TED cet automne dans le Bordelais.

Sous le soleil d’automne et sur les routes du vignoble de Saint-Émilion, les bennes à vendange ont cédé leur place aux outils de travaux du sol. Entre l’ancestral percheron et les habituels tracteurs, un attelage high-tech s’invite pour labourer et désherber la rive droite : TED, le robot électrique de la start-up toulousaine Naïo Technologies. Équipé en alternance de lames interceps ou de doigts Kress, le robot détonne autant qu’il étonne (voir vidéo ci-dessous).

« On est surpris par son efficacité » résume Emmanuel Massé, le chef de culture qui accueille, depuis juin, des essais de désherbage sur le château Fombrauge (60 hectares de grand cru classé de Saint-Émilion). Ayant investi 80 000 euros dans le prototype TED*, la propriété de Saint-Émilion affiche sa satisfaction face aux premiers résultats sur une parcelle expérimentale (1,70 ha). « À une vitesse de 4 km/h, l’outil travaille le sol sur 4 à 5 centimètres de profondeur pour casser les adventices. Avec une charge de batterie de 8 heures, TED est capable de travailler en continu 30 à 40 hectares avec une activité 5 jours sur 7 » pose Benoît Chaillan, le responsable du suivi viticole chez Naïo.

Concrètement, TED doit avoir enregistré la carte de la parcelle à traiter (relevé préalablement réalisé par drone ou par balisage des entrées et sorties des rangs). En théorie, le robot peut alors directement circuler sur les traces dans la parcelle et faire sa manœuvre de virage en bout de rang pour passer à la rangée suivante. Dans la pratique du test réalisé ce 12 octobre à Saint-Émilion, les pluies de la veille ont rendu le sol trop collant pour que les vérins actuellement mis en place réussissent automatiquement cette manœuvre (des vérins plus puissants vont prochainement être montés sur la présérie).

Réseau d’essai

Comme onze autres vignobles partenaires de Naïo (du Languedoc à la Champagne, en passant par Cognac et Muscadet), le château Fombrauge dispose d’un robot de présérie (l’industrialisation est toujours prévue pour 2019). S’adaptant aux vignes étroites comme larges, les mêmes protocoles et les mêmes outils sont utilisées par toutes ces propriétés : une alternance de passages de lames interceps Vitimeca et de doigts Kress de Kult. Ces matériels sont montés en quelques minutes avec une clé classique sur un porte-outil électrique à 3 points (2 rotules et 1 bras de poussée) développé par la société française Bernardoni.

"S’adapter aux outils existants"

Revendiqué, le principal parti pris de Naïo est de proposer un robot unique répondant à toutes les situations viticoles. Cette polyvalence affichée repose sur une ouverture à tous les matériels viticoles. « Notre politique, c’est de s’adapter aux outils existants. On prend ce qui est disponible sur le marché, ce qui est connu et utilisés par les vignerons pour les adapter aux robots » pose Benoît Chaillan. Actuellement, ce sont les outils classiques de la traction animale qui sont testés, pour leur simplicité et leur robustesse.
 

Mêmes limites

Ce choix d’outils passifs permet de simplifier les tests, pour que les techniciens puissent transposer leurs réglages habituels (notamment pour les interceps). Tout en ayant conscience des limites de ces outils : le robot TED n’en est que le support, il n’en bouleverse pas les résultats, mais change les modalités de rythme d’intervention. Les lames interceps connaissent ainsi les mêmes limites, que ce soit sur un robot ou un tracteur. « Nous avons des difficultés sur les ceps biscornus, les racines superficielles en cas d’arrêt des herbicides… Et on n’arrive pas à enlever les herbes implantées à 1 centimètre du pied. De la même manière, les piquets gênent à la propreté » explique Benoît Chaillan.

Malgré ces limites, le résultat est globalement à la hauteur, avec un sol propre et structuré, grâce au jeu de chassé-croisé des lames et des doigts. « Du moment où l’on enjambe le rang, ça change la donne en termes d’efficacité » souligne Emmanuel Massé, qui fait la comparaison avec ses trois tracteurs actuellement équipés d’un porte-outil Combi’sol, avec un cadre actisol et des lames Braun suivies de disques, afin de ramener la terre au centre du cavaillon. Si le chef de culture réalise en moyenne 3 à 4 passages par an pour travailler ses sols, TED passe tous les dix jours en saison, en alternant les outils.

"Passages réguliers pour ne pas se faire déborder"

« La fréquence de passage est plus élevée qu’avec un tracteur » note Benoît Chaillan, qui souligne une autre logique agronomique. « On s’autorise moins à passer sur les grandes herbes. Pour être plus efficaces, les doigts Kress demandent des sols propres (sinon les herbes se collent sous les dents et rendent l’outil moins efficace) » ajoute le technicien. Malgré un sol argilo-graveleux humide, les petites plantules sont effectivement désherbées avec efficacité ce 12 octobre (le dernier passage de TED remontant au 2 octobre, quand les vendanges ont été réalisées le premier octobre). Avec l’expertise de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), Naïo conseille donc de préparer le printemps avec un sol prêt à être travaillé. « Il faut réaliser des passages réguliers pour ne pas se faire déborder » résume Benoît Chaillan.

La robotique en pratique

En 2019, Naïo va envisager de tester des outils actifs (tontes et épamprages) et de nouvelles marques (grâce à la polyvalence du porte-outil). Des améliorations doivent également être apportées au prototype, que ce soit dans la forme, avec la pose d’un carénage, ou dans le fond, avec l’implémentation de capteurs de sécurité… Actuellement, un opérateur doit être en permanence présent à portée de télécommande pour déclencher l’arrêt urgence du robot en cas d’obstacle inattendu. À l’avenir, les capteurs permettront de détecter un obstacle, TED ralentissant et klaxonnant, s’arrêtant s’il y a toujours une entrave.

Le technicien doit aussi programmer le robot avant la réalisation des travaux en autonomie (sur l’écran tactile inclus dans l’armature), régler les outils et les modalités de travail (de la vitesse d’avancement à la hauteur du porte-outils, y compris en circulation). Pouvant reprendre à tout instant la main avec le joystick présent sur la télécommande, l’opérateur doit également amener le robot à proximité de la première rangée pour lancer le travail. Pesant 800 kg à vide (1 tonne avec le porte-outil et le matériel attelé), le porteur peut d’ailleurs être amené à la parcelle en remorque classique. L’avenir dira si les convois de robots seront monnaie courante dans le vignoble automnal.

 

* : Cet investissement incluant le robot, la formation à son utilisation et un suivi technique le long de la campagne. Il répond à la volonté d’innovation de Bernard Magrez, propriétaire du château Fombrauge et féru de nouvelles technologies, d’anticiper l’interdiction du glyphosate en se convertissant intégralement au travail sol dès 2018. « Avec l’arrêt des herbicides, la suite logique c’est d’essayer TED. On ne peut pas être en retard » explique Emmanuel Massé.
 

 

Réalisée ce 12 octobre au château Fombrauge (Saint-Émilion), la démonstration du robot TED de Naïo Technologies a pâti de la pluie de la veille. Ayant rendu le sol argilo-calcaire collant, la pluviométrie serait à l’origine de l’impossibilité du robot à réaliser en autonomie son virage en bout de rang. Il reste qu’une fois lancé dans les vignes, TED travaille correctement les sols de la parcelle de vieux merlot, avec une densité de 6 600 pieds/hectare (1 mètre par 1,5 mètre) et des conditions particulières (dévers et décrochés, les rangs ayant une largeur changeante).
 

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