Accueil / Viticulture / La méthanisation pour remplacer la distillation à l'étude

Chablis
La méthanisation pour remplacer la distillation à l'étude

La Fédération des vignerons de Chablis conduit actuellement une étude de faisabilité technique et économique sur la méthanisation de marcs frais fermentés et de lies de vins : « Une première en France et en Europe ».
Par Juliette Cassagnes Le 24 mai 2018
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
La méthanisation pour remplacer la distillation à l'étude
A partir de déchets agricoles, la méthanisation par voie liquide permet de produire du biométhane, de l'electricité ou de la chaleur. - crédit photo : Ademe
L

'expérimentation a commencé à l'issue des vendanges 2017, sur de petites quantités de marcs et lies. Environ 200 kg ont été mis de côté et envoyés en Belgique à un laboratoire équipé d'un méthaniseur expérimental. Ce dernier incorpore chaque jour une « ration » de 550 grammes, composée à 82% de marcs préalablement épépinés, 12% de fumier et 6% de lies de vins. « Cela ne pourrait pas fonctionner avec un seul gisement », précise Thierry Mothe, vigneron et président du groupe de travail.

Une méthanisation par voie liquide

L'idée consiste à évaluer la « digestibilité » et le rendement de ces sous-produits, le biogaz produit par voie liquide étant du méthane. Ce dernier est ensuite épuré, notamment du H2S provenant du sulfitage pratiqué lors des vinifications. Hormis cette petite difficulté, les résultats obtenus sont jusqu'à présent « bons, supérieurs aux autres gisements agricoles ». A titre indicatif, 1 tonne de "ration" permet de produire environ 80 « normo m3* » de gaz. « Mais nous sommes à mi-parcours et attendons les résultats finaux », tempère le vigneron. L'expérimentation doit en effet durer 6 mois, soit jusqu'à fin juillet 2018.

Pouvoir méthaniser ses sous-produits pour un coût nul

La région Bourgogne Franche-Comté s'appuiera ensuite sur ce rapport d'étude pour décider ou non de subventionner le projet, chiffré à 3 millions d'euros. Si les résultats continuent d'être au rendez-vous et que les vignerons obtiennent les financements suffisants, un méthaniseur de grande envergure, couplé à un épépineur et une chaudière, devraient ainsi voir le jour d'ici 2021 ou 2022 dans le vignoble.

L'objectif est pour les vignerons de pouvoir y envoyer la totalité de leurs sous-produits de vinification, sans frais, et remplacer ainsi leur traditionnelle livraison par camion à la distillation, qui se situe loin du vignoble. Entre 8000 et 12000 tonnes sont potentiellement concernées, selon les années de récoltes. L'objectif est de faire fonctionner le méthaniseur 365 jours par an, à raison de 30 à 35 tonnes par jour « absorbés ».

Le digestat réutilisé comme matière fertilisante
Il est prévu que le biogaz généré soit ensuite réinjecté dans le réseau de gaz de GRDF. Les 1000 tonnes de pépins extraits seront revendues « à un très bon prix ». Le digestat, résidu issu de la méthanisation et riche en matière organique, sera quant à lui séché et transformé en granulés pour être réutilisé par les vignerons eux-mêmes afin de fertiliser leurs sols. « Ils pourront l'acheter à un prix très compétitif par rapport au prix de la matière organique du commerce, à environ 30-50€/m3 », prévoit Thierry Mothe.

Pour conduire ce projet, la commission « méthaniseur » de la FDAC s'est associée à un bureau d'études, S3D, basé à Nantes, ainsi qu'à la Chambre d'agriculture de l'Yonne.

(*Le normo mètre cube, de symbole Nm3, est une unité de mesure de quantité de gaz qui correspond au contenu d'un volume d'un mètre cube, pour un gaz se trouvant dans les conditions normales de température et de pression - source wikipédia)

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé