LE FIL

En attente de rationnalisation

Vinisud ferme, l'indécision des exposants reste ouverte

Mardi 20 février 2018 par Alexandre Abellan

Du 18 au 21 février, huit halls du parc des expositions de Montpellier accueillaient la quatorzième édition du salon Vinisud.Du 18 au 21 février, huit halls du parc des expositions de Montpellier accueillaient la quatorzième édition du salon Vinisud. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Alors que les visiteurs quittent les allées du salon international des vins méditerranéens, des bilans contrastés sont esquissés sur les stands, où commencent à être tirées les équations pour arbitrer la multiplication des événements commerciaux.

S’il est un avis partagé par les exposants à l’heure de la fermeture du salon Vinisud, c’est le moindre nombre de visiteurs dans les allées par rapport aux précédentes éditions. En attendant les chiffres officiels, cette impression résonne dans les halls. « Les couloirs sont bien moins remplis qu’il y a quatre ans. Il y a beaucoup moins d’affluence » constate Aurélie Charron-Giguet, la directrice commerciale de la cave coopérative Alma Cersius (Hérault). « Mais quand un salon est bien préparé, il n’y a jamais de déceptions » souligne-t-elle, se disant satisfaite par les contacts réalisés pour les marchés français et européens.

« Sur les salons, il y a de moins en moins de rencontres par hasard et déambulation. Tout le monde prépare sa venue en amont, exposants comme visiteurs » confirme Clémence Fabre, la responsable des ventes des vignobles de la famille Fabre.

Ancrage méditerranéen

Si l’enthousiasme des exposants n’est pas débordant, il serait tout aussi erroné de parler de déception, les ressentis étant particulièrement disparates. Pour certains, Vinisud confirme avec succès son ancrage méridional. « Le salon a très bien marché lundi. Nous avons eu beaucoup de contacts de cavistes et importateurs qui développent leurs gammes de vins méditerranéens. Le concept de vins du soleil est dynamique » se réjouit ainsi Bruno Depuille, importateur pour les Grands Crus de l’Ouest d’Algérie.

Pour d’autres, Vinisud risque au contraire de perdre son identité en préparant en 2019 un partenariat avec le salon Vinovision, pour une wine week à Paris. « Je l’aime beaucoup ce salon Vinisud, mais je suis déçu par leur exil parisien. Il y avait une logique à venir à Montpellier pour chercher des vins du Languedoc. Là, il y a trop de salons » regrette Nicolas Vellas, le directeur des vignobles languedociens Vellas.

"Il faut faire des choix"

Le constat revient invariablement sur toutes les lèvres et tous les tons : la multiplication des salons use tous les opérateurs. Déstabilisant, l’éclatement de l’offre des salons pose désormais clairement des questions d’arbitrage. « Pour un petit domaine, il faut faire des choix. En termes de budget et de disponibilité » témoigne Alexandra Guerra, la responsable commerciale du château l’Arnaude (AOC Côtes de Provence).

Faute de visibilité sur la pérennité de l’offre actuelle en salons, les exposants ont parfois la sensation d’être perdus, voire de subir des stratégies qui dépassent leurs besoins. Qu’il s’agisse de ceux découvrant que, l’année prochaine, Vinisud se tiendra à Paris, ou de ceux se demandant toujours pourquoi Vinisud ne s’est pas fiancé avec Millésime Bio. Sans oublier ceux qui critiquent toujours le passage à un rythme annuel.

Question de rythme

« Venir à Vinisud tous les ans nous fatigue. Aujourd’hui, il y a trop de tergiversations sur les salons, c’est néfaste. Le trop est l’ennemi du bien » tranche Philippe Dry, le directeur de la cave coopérative des Vignerons d’Ardèche. « Quelle est la justification d’un salon Vinisud annuel ? » renchérit Philippe Dunoguier, le directeur général des caves Rocbère (AOC Corbières), qui a conservé une présence bisannuelle à Montpellier. « Aujourd’hui je suis désolé, mais il n’y a qu’un salon qui compte : Prowein, grâce à son bon positionnement temporel » assène-t-il. Pourtant, le rendez-vous de Düsseldorf n’est pas plus épargné par les critiques que les autres salons.

« Prowein est devenu hors de prix et trop grand, on y tire tous la langue » temporise David Quillin, l’ambassadeur de marque de la cave rhodanienne de Tain. Pour lui, « il faut que l’on finisse par créer un Vinifrance à Paris, il y a une opportunité à créer un évènement qui soit mobilisant et pas stressant. » Cette idée d’un salon unitaire à Paris revient souvent dans les vœux des exposants, qui manquent autant de temps que de moyens pour répondre à toutes les sollicitations.

"Ego et mannes financières"

Également partisan d’un salon français annuel unique à Paris, le vigneron languedocien Thierry Rodriguez, du Mas Gabrièle (AOC), soupire de réalisme : « il serait logique de tout réunir, mais entre les ego et les mannes financières en jeu, cela risque de ne pas se faire… » S’il est un avis partagé par les exposants à l’heure de la fermeture de Vinisud, c’est bien la nécessité de rationaliser l’offre de salons.
 

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VOS RÉACTIONS
Marc BOULON (Domaine de Mas Caron en Ventoux) Le 21 février 2018 à 12:41:14
Bonjour, Je suis un tout jeune domaine qui a fait Vinisud pour la première fois. Voici mon avis : * Un seul salon par an en France me parait une bonne idée * Il est clair que 95% des visiteurs ont préparés leur venue. A peine 5% de découverte ce qui est franchement domageable * Fusionner vinisud et millésime bio * Et pourquoi pas tous les 2 ans Mais sous la forme de cette année je ne suis pas partant pour recommencer en 2019
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