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Le consommateur prêt à adopter les vins de cépages résistants, s’il est bien informé
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Le consommateur prêt à adopter les vins de cépages résistants, s’il est bien informé

Pouvant sembler évidente, l’importance des connaissances du consommateur sur les réductions de traitements et de résidus dans la production de vins issus de cépages résistants est la clé de leur acceptabilité commerciale. Augmenter leur attractivité par rapport aux vins conventionnels, et même bio.
Par Alexandre Abellan Le 02 février 2018
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Le consommateur prêt à adopter les vins de cépages résistants, s’il est bien informé
« Un consommateur n’évalue jamais un produit isolément, mais en comparaison » souligne le chercheur Éric Giraud-Héraud, ce 31 janvier au lycée viticole de Blanquefort. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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es résidus phytos dans les vins à la protection des riverains de parcelles traitées, le poids des attentes sociétales semble sans cesse croissant. Pour répondre aux injonctions de réduction durable des intrants, le vignoble voit de plus en plus dans le déploiement des cépages résistants aux maladies cryptogamiques une solution miracle. « Mais cette sensibilisation est-elle suffisante pour que les marchés répondent favorablement à cette nouvelle offre ? » demande Éric Giraud-Héraud, directeur de recherche à l’INRA Bordeaux. Lors des cinquièmes rencontres viticoles d’Aquitaine, ce 31 janvier à Blanquefort, l’économiste rappelle en effet l’acceptabilité de ce tournant viticole par les consommateurs est un élément clé avant de valider l’orientation « irréversible » du vignoble vers de nouveaux cépages.

Pour mesurer l’appétence du marché pour un produit encore expérimental, le projet Vinovert a organisé en mai 2017 neuf sessions de dégustation à Paris avec 163 consommateurs réguliers de vins blancs (au moins deux achats par mois). Cette expérience d’économie expérimentale repose sur une séance de dégustation de quatre vins blancs du domaine Pech Rouge de l'INRA : un vin conventionnel d’entrée de gamme (vendu 4,70 euros la bouteille, prix départ cave), un vin bio (8 €), un vin conventionnel premium (8,90 €) et un vin issu de cépage résistant (6 €). Pour chaque bouteille, les dégustateurs devaient préciser le vin qu’ils achèteraient et estimer un prix maximum à partir duquel ils laissent la bouteille en linéaire (le consentement à payer), cette expérience d’analyse sensorielle et d’économie comportementale se doublant d’une découverte progressive des informations caractérisant chaque cuvée.

L’information conditionne l’achat

La dégustation se faisait d’abord à l’aveugle, où ce sont les vins conventionnels qui sont nettement préférés, 78 % des consommateurs se disant prêts à les acheter (à un prix moyen de 5,45 €/col pour le premium et 4,87 € pour le standard, tandis que le bio sort à 4,45 €/col et le résistant à 4,43 €). Dès que l’information sur les Indices de Fréquence des Traitements (IFT) était donnée, le consentement à payer et la volonté d’achat bondissaient de 4 à 12 % pour les vins bio (IFT = 2) et de 13 à 42 % pour le vin « résistant » (IFT = 0), les conventionnels s’affaissant*. L’annonce du type de viticulture (conventionnelle ou bio) et des cépages utilisés (traditionnels ou résistants) ne modifie qu’à la marge ces répartitions. « Il n’y a pas de sanction sur le fait que ce ne soit pas un cépage traditionnel » explique Éric Giraud-Héraud, qui souligne que cette flexibilité du consommateur par rapport à l’abandon de noms connus n’allait pas de soi. D'autant plus que la revendication dans le nom des nouveaux cépages de géniteurs au prestige international fait débat.

La communication des résidus phytos présents dans chaque vin (de 0 pour le résistant à 6 pour le conventionnel) conforte l’attractivité du vin résistant (61 % des intentions d’achat), tandis que la présence de cuivre fait infléchir le poids du bio (à 9 %). « C’est l’information donnée aux consommateurs qui conditionne l’achat » résume Éric Giraud-Héraud. Mais si les jurés de l’expérience avaient préalablement des définitions précises des IFT et résidus phytos, ces données ne sont pas forcément accessibles et compréhensibles par les consommateurs actuellement.

Ne pas oublier la qualité

Un accompagnement pédagogique pertinent de ces nouveaux vins de cépages résistants sur les marchés sera une clé de leur acceptation commerciale. Éric Giraud-Héraud précise cependant que les intentions d’achat des vins conventionnels standards et premium se maintiennent (à respectivement 30 et 4 %), indiquant le poids de la qualité organoleptique dans l’achat final. « Il faut toujours travailler la qualité des produits, la contestation sociale n’est pas la seule force importante » nuance le chercheur bordelais.



* : Les IFT étant de 16,9 pour le vin d’entrée de gamme et de 12,7 pour celui premium.
 

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