LE FIL

Bordeaux

Les résidus CMR des vins de Bernard Farges dénoncés par les antiphytos

Vendredi 19 janvier 2018 par Alexandre Abellan

Ce n’est pas le premier face-à-face musclé entre Bernard Farges et Valérie Murat, qui débattent ponctuellement, comme lors de la table ronde sur les phytos organisée, ce 17 juin 2016, au château Lagarette.Ce n’est pas le premier face-à-face musclé entre Bernard Farges et Valérie Murat, qui débattent ponctuellement, comme lors de la table ronde sur les phytos organisée, ce 17 juin 2016, au château Lagarette. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives)
Dénonçant un double langage, deux associations girondines ont fait analyser une cuvée du « M. Sortie des pesticides à Bordeaux », qui ne s'émeut pas de cette attaque personnelle mais rappelle que son exploitation est engagée dans la réduction des produits phytosanitaires.

« Je ne prétends pas être meilleur que les autres, mais pas moins bon pour autant. Je suis également responsable professionnel, mais mon métier est d’être viticulteur. Je suis très à l’aise avec la protection de mon vignoble », pose le viticulteur Bernard Farges, qui préside le syndicat viticole des Bordeaux et Bordeaux Supérieur et la Confédération Nationale des producteurs de vins AOC (CNAOC). Cette déclaration fait suite à sa mise en cause directe par des associations antiphytos. Ces dernières ont en effet commandé une analyse multirésidus phytos au laboratoire nîmois Phytocontrol pour la cuvée 2014 du château l’Enclos (cave de Sauveterre Blasimon, Union de Guyenne). Leur communiqué indique que les analyses ont révélé la présence de 16 molécules phytosanitaires dont quatre produits Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR)*.

Les antiphytos reprochent essentiellement à Bernard Farges d’avoir déclaré l’an dernier arrêter l’utilisation de produits CMR sur son exploitation, alors que quatre résidus CMR se retrouvent dans l’un de ses vins. « Il y a quatre ans, je n’étais pas sur une réflexion de sortie des CMR. Depuis il s’est passé beaucoup de choses. Les pratiques ont changé entre 2014 et 2018, comme elles avaient évolué entre 2010 et 2014 », explique Bernard Farges. Qui ne s'émeut pas d'être visé personnellement : « un responsable professionnel est aussi là pour ça... »

"Docteur Bernard ou mister Farges ?"

« Ce n’est pas une attaque personnelle contre Bernard Farges », martèle Valérie Murat, la porte-parole d’Alertes aux Toxiques. « C’est un homme charmant, je n’ai rien contre lui, mais je suis fatiguée de son double langage. Il faut que les éminents représentants des institutions viticoles balaient devant leurs portes avant de donner des leçons », ajoute la militante, visant l’objectif de réduction et de sortie du vignoble bordelais des phytos que Bernard Farges avait annoncé en 2016, en tant que président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux.

« Il n’y a pas de double langage. Je maintiens mes propos : nous avons pour objectif de diminuer fortement voire de sortir de l’usage des pesticides. Et dans ce "nous" collectif je m’inclus. Certains vont plus vite que moi, mais je ne suis pas à côté du mouvement », conclut Bernard Farges, qui exploite 145 hectares de vigne dans l'Entre-deux-Mers avec son frère.

 

* : Dans le détail de l’analyse, réalisée ce début d’année, sont trouvés des résidus d’ametoctradine (1,1 microgramme/litre), de benthiavalicarb-isopropyl (3,1 μg/l), de boscalide (4,4 μg/l), de chlorantraniliprole (2,7 μg/l), de cyprodinil (4,2 μg/l), de dimethomorphe (6,1 μg/l), de fenhexamide (30 μg/l), de fludioxonil (3,1 μg/l), de fluopyram (2,1 μg/l), de phtalimide (405 μg/l), d’iprodione (45 μg/l), d’iprovalicarbe (1,9 μg/l), de mandipropamide (5 μg/l), de pyrumethanil (9,7 μg/l), de soufre S8 (9,7 μg/l) et de tebuconazole (1,2 μg/l). Ainsi que des traces en dessous de la limite de quantification, comme le benalaxyl (moins de 1 μg/l). Tandis que la présence de carbendazime (1,1 μg/l) a été écartée, comme étant métabolite d’une autre substance active.
 

Après l’UFC, avant Cash Investigation

Après le dossier phyto UFC Que Choisir (jugé trop conciliant avec le vignoble bordelais) et avant l'émission de février de Cash Investigations sur les pesticides (dont le contenu nourrit les spéculations), les antiphytos assument ne jamais être mieux servis que par eux-mêmes. « Nous attendons, que derrière l'enfumage du double discours, apparaisse enfin une vraie stratégie offensive de sortie des CMR à Bordeaux. Les riverains, les salariés et les vignerons méritent bien cela » affirment les associations.

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VOS RÉACTIONS
La Rédaction Le 01 février 2018 à 16:23:30
Bonjour PB, Plus qu'un droit de réponse, la rédaction de Vitisphere a directement interrogé M. FARGES pour avoir ses réactions sur le sujet. Il explique lui-même dans l'article avoir évolué dans ses pratiques et approches entre 2014 et 2018 : il n'y a donc pas de méprise, les informations ont été reprises et peuvent être analysées par chacun. Vous souhaitant une bonne lecture
PB Le 01 février 2018 à 14:30:53
Epatant d'occulter le fait que l'attaque de l'asso anti-produits phytos porte sur un vin de l'année 2014 ! de quelques années antérieures aux déclarations de Bernard Farges ! La question est de savoir si cette méprise est volontaire ou non. De nombreux articles sur le sujet, notamment dans Sud-Ouest, ont laissé un droit de réponse à Mr Farges, dans lequel il dénonce le choix biaisé du millésime pour mettre en cause sa bonne foi. Vous dites laisser la parole aux deux partis, mais vous choisissez de ne publier qu'une partie de sa réponse, en laissant sous silence le fait que l'attaque porte sur le millésime 2014. Dommage pour l'impartialité de la presse.
Julien Le 01 février 2018 à 13:47:55
Quelle hargne! Quelle mauvaise foi, Madame Murat ! Analyser un vin de 2014 pour démontrer quoi? par rapport à une déclaration en 2017 de son producteur! Le double langage est dans votre camp, Madame.
Anaïs Le 29 janvier 2018 à 11:36:57
"Publier cette liste de produits Terrorisants sans indiquer qu'ils sont tout à fait conformes à la législation et aux normes européennes." La réglementation est parfois en retard. Fort heureusement des associations ne se laissent pas influencer uniquement par les intérêts économiques et tâchent de faire évoluer les lois. Prenez l'exemple de l'amiante : en 1975 elle a été qualifiée de cancérigène. C'est seulement en 1997 que son utilisation a été interdite. Fort heureusement également des journalistes relayent des informations "pro et contre" pour que les lecteurs puissent se faire une opinion, et éventuellement aller chercher plus d'informations si le sujet les intéresse. Il semble que cet article suive ce modèle. Et que votre objectivité soit très relative.
La Rédaction Le 24 janvier 2018 à 11:23:07
Bonjour messieurs MEYNARD et ROL, L'indépendance de Vitisphere ne saurait être remis en cause par cet article reprenant équitablement les propos des deux parties, citant aussi bien les associations (notamment "Dr Bernard ou Mr Farges") que la personnalité du vignoble (qui n'aurait probablement pas été interviewée si Vitisphere était un "lobbyiste de l'église écolo"), et les remettant dans leur chronologie. À chacun de se faire une opinion sur ce dossier sensible de part et d'autre, le travail de Vitisphere étant de vous donner objectivement le maximum d'éléments pour se faire. Vous souhaitant une bonne lecture de notre site
roland Le 24 janvier 2018 à 11:10:10
Je dirai à J Meynard qu'il est bien naif de "regretter " et de considerer ce site comme journalistique d'enquete et indépendant , il faut le lire en prenant en compte qu'il s'agit d'un Lobbyiste de l'Eglise écolo comme la quasi totalité des medias sur toutes les chaines de Télé au quotidien....Titrer en très gras ; Docteur Bernard ou Mister Fargues ??...ou ..parler de " double langage " alors que B Farges prononce cette phrase en 2017 pour les années suivantes et dire qu'il ne le respecte pas en analysant un vin de 2014 ??? Publier cette liste de produits Terrorisants sans indiquer qu'ils sont tout à fait conformes à la législation et aux normes européennes...Tous ces faits auraient pus etre modérés par un travail de journaliste.... .Vitisphere a tout à fait le droit d'etre engagé et de ne pas faire un travail de journaliste indépendant ...mais c'est à nous lecteur de ne pas etre naif de le considerer pour ce qu'il est.....
Jacques Meynard Le 23 janvier 2018 à 17:42:52
Il est regrettable que Vitisphère n'ait pas précisé que les résidus étaient en dessous des limites légales. De plus,attaquer personnellement B Farges pour discréditer les organismes qu'il représente est petit et manipulateur mais faut-il en attendre plus d'associations qui sont anti-tout sans connaître les problématiques?
dejean Le 19 janvier 2018 à 21:44:46
Monsieur Farges dans toute sa splendeur et misère
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