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Vendanges européennes
L'impact du changement climatique ne laisse plus de place au doute

Les vendanges tirant à leur fin à travers les régions européennes, c'est l'heure des bilans. Les instances professionnelles et institutionnelles s'accordent à dire que la récolte 2017 devrait s'élever à 145 millions d'hectolitres, soit une perte de 22 millions d'hectolitres par rapport à l'an dernier.
Par Sharon Nagel Le 13 octobre 2017
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L'impact du changement climatique ne laisse plus de place au doute
Les viticulteurs estiment que la production de Castilla La Mancha sera inférieure à 20 Mhl cette année
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ne production européenne historiquement faible

Réunis ce mardi à Bruxelles, les représentants des différents pays membres au sein du Copa-Cogeca ont publié les toutes dernières estimations pour la récolte 2017 en Europe. L’organisme agricole et coopératif évoque l’une des plus faibles vendanges jamais enregistrées, phénomène causé, on le sait, par différents incidents climatiques. « Cette année, nos vignobles ont été touchés de plein fouet par le changement climatique et les événements météorologiques extrêmes, allant du gel à la sécheresse », rappelle Thierry Coste, président du groupe de travail « Vin » du Copa et de la Cogeca. « La vendange sera inférieure de 14% par rapport aux niveaux de l’année dernière. La récolte a été précoce et beaucoup de producteurs ont récolté en moyenne deux semaines en avance. La France et l’Italie ont été particulièrement touchées : en France, avec 37 millions d’hectolitres, soit -18% par rapport à l’année dernière, les niveaux sont historiquement bas. En Italie, la vendange est estimée à 40 millions d’hectolitres, c’est-à-dire -26% par rapport à 2016. En Espagne, la production devrait être de 20% inférieure à celle de l’année passée et atteindre 36 millions d’hectolitres. Le Portugal est le seul pays à avoir connu une hausse, de 10%, par rapport à 2016 ».

Les pays de l’Est bien placés en volumes pour séduire les acheteurs

La production portugaise est, en effet, estimée à 6,6 millions d’hectolitres. D’après l’Instituto da Vinha e do Vinho, la plupart des régions viticoles du pays affichent une progression de la production cette année, à l’exception de celles de Terras da Beira et Terras de Cister. L’Alentejo et les Açores devraient connaître des volumes semblables à ceux de l’an dernier, tandis que dans le Douro-Porto et dans la région de Terras do Dão, des hausses allant jusqu’à 20% sont attendues. L’Autriche, aussi, a réussi à tirer son épingle du jeu avec une récolte 2017 estimée en progression significative de 23% par rapport à 2016 pour s’élever à 2,4 Mhl. Mais l’augmentation doit être relativisée car l’année dernière, les vignobles autrichiens ont été impactés par des gelées, entraînant une baisse de la production comparée à la moyenne quinquennale (2,153 Mhl), d’après les estimations publiées en début de mois par l’Union européenne. La Roumanie, également, échappe brillamment à la règle générale avec une récolte estimée à 5,346 Mhl par l’UE. Si ces chiffres se confirment, les producteurs roumains auront assisté à un bond en avant spectaculaire de 61% par rapport à 2016 et de 35% comparée à la moyenne quinquennale de 3,96 Mhl. Son voisin bulgare s’en sort plutôt bien aussi, avec une vendange estimée à 1,355 Mhl (+9%/2016 et +4%/moyenne quinquennale), à l’instar de la République tchèque mais pour des volumes moindres : 645 000 hl (+2% et +8%). De bons scores qui ne feront qu’alimenter certaines craintes que les vins issus des pays de l’Est viendront remplacer leurs homologues occidentaux sur des marchés clés comme celui du Royaume-Uni.

Des prévisions trop optimistes pour l’Espagne ?

Malgré des pertes de récolte estimées à quelque 6,5 Mhl pour l’Espagne et 11 Mhl pour l’Italie, ces deux pays restent en mode combatif.  Le responsable agricole de Castilla-La Mancha – région qui devrait accuser une baisse de l’ordre de 20% de sa production cette année – a affirmé fin septembre que la qualité « extraordinaire » de la récolte « va permettre de très bien vendre notre vin » à des prix « très rentables qui garantissent l’activité vitivinicole ». De leur côté, les viticulteurs semblent moins dithyrambiques, affirmant que la prévision volumique de 20 Mhl au niveau régional est trop optimiste. Ils continuent, par ailleurs, de demander aux autorités d’intensifier les contrôles en raison des soupçons de pratiques irrégulières dans certaines bodegas. Pour sa part, le responsable agricole a reconnu que 10 bodegas avaient été dénoncées l’an dernier aux services des fraudes pour avoir chaptalisé leurs vins.

L’Italie toujours sur l’offensive

Du côté de l’Italie, tout en déplorant l’impact du changement climatique sur les volumes récoltés et sur les pratiques viticoles, l’Unione italiana vini et d’autres organismes soulignent la bonne performance des vins italiens à l’export cette année. D’après l’Ismea, « les exportations italiennes ont atteint des valeurs historiques et, encore cette année, les données indiquent une croissance importante de 6% en volume et en valeur, laissant augurer la possibilité d’atteindre le seuil de six milliards d’euros d’ici la fin de l’année ». Les professionnels italiens mettent en exergue leur volonté d’améliorer la gouvernance de la filière, citant l’exemple du nouveau système mis en place pour le pinot grigio : « Je voudrais rappeler que ce millésime marque le début du dispositif « Pinot Grigio delle Venezie »… un projet fortement défendu par l’UIV qui a largement dépassé les objectifs fixés pour la première récolte avec des prix moyens qui progressent à un rythme bien supérieur à la moyenne nationale », s’est félicité le mois dernier Ernesto Abbona, président de l’Unione. Et ce dernier d’y voir la preuve que l’Italie a besoin « d’une filière forte pour la gouvernance des dénominations. C’est un bon exemple (à suivre) de valorisation d’un vin-territoire, sachant que notre avenir réside dans le défi de la valorisation ».

La hausse des prix ne comblera pas le manque à gagner pour tous

Il reste à savoir si la valorisation de la récolte européenne sera suffisante cette année pour compenser la perte des volumes. Tout en soulignant la « très bonne qualité des raisins dans toute l’Europe », Thierry Coste du Copa-Cogeca reste prudent : « Les prix devraient augmenter mais cela ne sera pas suffisant pour compenser les pertes de certains producteurs. Les producteurs ont besoin de meilleurs régimes d’assurance. Les changements proposés dans le Règlement Omnibus concernant l’outil de stabilisation du revenu devraient être utiles, étant donné que cela permettra d’activer l’aide lorsque les pertes de revenu dans l’exploitation seront de 20% au lieu de 30% », a-t-il estimé. Et de conclure en précisant que le groupe de travail « Vin » au sein du Copa-Cogeca travaille également sur « une réponse constructive au projet de la Commission de fournir des informations nutritionnelles aux consommateurs ». 

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