Accueil / Commerce/Gestion / L'Espagne donne le coup d'envoi aux vendanges européennes

Millésime 2017
L'Espagne donne le coup d'envoi aux vendanges européennes

Changement climatique oblige, les premiers raisins de cuve destinés au millésime 2017 ont été récoltés cette semaine dans le Sud de l'Espagne. Même si les prévisions officielles ne sont pas encore parues, on commence à avoir quelques idées sur la récolte en Europe, et des données plus affinées sur l'Hémisphère sud.
Par Sharon Nagel Le 21 juillet 2017
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
L'Espagne donne le coup d'envoi aux vendanges européennes
Les températures élevées ont précipité les vendanges cette année, comme ici à Castille-La Mancha - crédit photo : La Mancha Wines
D

es vendanges précoces

Dans la nuit de mardi à mercredi, la dénomination d’origine Montilla-Moriles en Andalousie a annoncé avoir apporté les premiers coups de sécateurs à ses raisins blancs – chardonnay, sauvignon blanc, verdejo et moscatel – et de ce fait, donné le coup d’envoi aux vendanges en Europe. Avec quinze jours d’avance par rapport à l’an dernier, c’est un record pour cette appellation espagnole et annonciateur de précocité dans d’autres vignobles européens. Par ailleurs, le début des vendanges dans la principale région productrice espagnole, Castille-La Manche, est prévue pour le 7/8 août pour les cépages blancs chardonnay et sauvignon blanc, et pour le 18-20 août pour la variété rouge tempranillo.

 

Une perte de 20 Mhl cette année ?

Mais précocité ne rime pas avec abondance, notamment à cause des orages de grêle, des gelées et de la sécheresse qui ont sévi dans de nombreux secteurs, en Espagne comme ailleurs. Il y a quinze jours, le président des coopératives agro-alimentaires espagnoles, Angel Villafranca, a annoncé que ces événements climatiques risquaient d’amputer la production espagnole de 10 % cette année. Des gelées importantes dans le nord du pays et la sécheresse au sud pourraient en effet conduire à une récolte de l’ordre de 39 millions d’hectolitres.

Qualifiant les vendanges 2017 de « réellement incertaines », Angel Villafranca a rappelé que les conditions climatiques entre juillet et septembre seraient déterminantes et que si les températures frôlaient les 40°C, les prévisions pourraient être revues à la baisse. Le responsable des coopératives espagnoles a souligné par ailleurs l’impact conjugué des aléas climatiques sur les trois principaux pays producteurs européens que sont l’Italie, la France et l’Espagne, évoquant une baisse possible de 10 à 12 millions d’hectolitres pour la France et de 5 millions pour Italie, soit une perte de quelque 20 Mhl pour les trois pays. Les difficultés ne se limitent pas, d’ailleurs, au peloton de tête de la production européenne : en mai, le Copa-Cogeca a fait état de pertes significatives en Allemagne, Autriche, Slovénie, Croatie, Hongrie et en République tchèque, par exemple.

 

Baisse significative des stocks de vins et moûts en Espagne

L’impact de cette situation ne s’est pas fait attendre. D’après les dernières données diffusées par le Système d’information du marché du vin (Infovi) du ministère de l’Agriculture, les stocks de vins et moûts en Espagne ont considérablement diminué au mois de mai, une fois les perspectives d’une baisse de récolte connues. Au total, les stocks ont accusé une régression de 9,5 %, soit près de 4,2 Mhl, passant ainsi de 44,1 à 39,9 Mhl. De façon logique, la diminution la plus importante s’est produite dans la zone où les stocks sont les plus élevés, en Castille-La Manche. En un mois, ils ont perdu 2,4 Mhl pour passer à 14,32 Mhl, soit 36 % des stocks totaux.

Au vu de cette évolution, des prévisions de récolte en Europe et de la régression des volumes produits en Amérique du Sud, les producteurs dans plusieurs régions espagnoles se disent confiants quant à une revalorisation des prix cette année. D’après le courtier international Ciatti, les rouges génériques d’entrée de gamme titrant 11% se situent désormais à 0,38-0,40 euros le litre contre 0,35 € il y a un mois. Pour les blancs, l’entrée de gamme se positionne à 0,35-0,36 €. Dans son dernier rapport mensuel, Ciatti rapporte que des acheteurs italiens seraient allés battre l’estrade en Espagne pour connaître les prix des vins et moûts afin de se prémunir contre d’éventuelles pénuries chez eux. « Si ces démarches n’aboutissent pas, le prix des blancs en Espagne pourrait fléchir légèrement en fonction des disponibilités ».

 

Une hausse des prix du prosecco prévisible

Malgré l’actuelle montée des prix, l’Espagne reste extrêmement compétitive. Toujours selon Ciatti, le prix des génériques italiens, en rouge comme en blanc, se situe dans une fourchette allant de 40 à 50 cts le litre. Globalement, le positionnement prix des vins italiens est soit stable, soit en progression. Comme ses voisins européens, l’Italie a été touchée non seulement par la grêle et les gelées mais aussi par la sécheresse. Une demande toujours aussi soutenue conjuguée à des disponibilités moindres liées aux intempéries pourraient entraîner une hausse des prix du prosecco.

 

Californie : une tendance structurelle à la hausse     

De l’autre côté de l’Atlantique, les premières prévisions laissent entrevoir une récolte « moyenne » en Californie, proche de celle de 2016, c’est-à-dire aux alentours de 4 millions de tonnes de raisins. « Rien de ce que nous avons pu voir jusqu’à présent nous incite à penser qu’il se produira, soit une importante pénurie, soit une récolte excédentaire, quelle que soit la variété concernée », a noté la coopérative viticole Allied Grape Growers. D’après celle-ci, au moins 26 000 hectares de vignes ont été plantés au cours des trois ou quatre dernières années, dont bon nombre sont entrés en production déjà l’an dernier, le restant étant attendu pour cette année. Notons qu’en l’espace de vingt ans, la production californienne a quasiment doublé ; il en est de même pour la production américaine dans son ensemble. Dans le même temps, l’AGG confirme le déplacement du vignoble californien depuis les zones centrales et intérieures sud vers l’intérieur nord et les régions côtières, reflétant ainsi la premiumisation du marché américain.

 

Un marché mondial équilibré voire tendu

Enfin, plus au sud, les services d’Etat chiliens SAG ont estimé début juillet la récolte 2017 à 9 492 058 hectolitres (67% de rouge), soit 6,4% de moins qu’en 2016 et 26% de moins qu’en 2015. Selon Ciatti, « les vins issus du millésime 2017 sont déjà en cours d’expédition, les offres les plus intéressantes étant déjà vendues ». En Argentine, si la production cette année a augmenté de 10% par rapport à 2016 (1,957 MT), le marché du vrac reste atone en raison des majorations tarifaires notamment sur le malbec, les acheteurs européens se tournant plutôt vers le Chili. « Néanmoins, de nouvelles augmentations de prix au Chili, et la dévaluation du peso argentin pourraient rendre les approvisionnements en vins génériques locaux plus attractifs de nouveau ».

Sans attendre, et à défaut de pouvoir assurer leurs approvisionnements au Chili, les acheteurs russes et chinois se seraient plutôt précipités vers l’Afrique du Sud (production 2017 : 1,418 MT, +3%) en quête de rouges génériques et de vins de cépage. Preuve, s’il le fallait, que le marché continue de se mondialiser et qu’il est de plus en plus équilibré, voire tendu, comme en témoigne l’orientation globale des prix à la hausse identifiée par la Rabobank dans son tout dernier rapport trimestriel. 

L’Océanie ne devrait pas venir déstabiliser l’équilibre mondial

En attendant que la Winemakers’ Federation of Australia publie début août son bilan de la récolte 2017 – on s’attend à une légère augmentation – la Nouvelle-Zélande a annoncé quant à elle avoir enregistré une production en baisse de 9% par rapport à l’an dernier, à 396 000 tonnes. Ce recul mettra un bémol aux ambitions exportatrices des producteurs néo-zélandais, au parcours sans faille. « Etant donné la forte demande à l’international, les entreprises vinicoles espéraient une récolte plus importante cette année. Une production plus faible entraînera sans doute une progression à l’export plus modérée au cours de l’année à venir », a déploré le directeur de New Zealand Winegrowers, Philip Gregan. 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé