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Pas à pas

Les Vins de Pays Charentais tentés par les mesures agro-environnementales

Vendredi 16 juin 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 19/06/2017 15:32:03

D’emblée, Thierry Jullion a placé cette assemblée générale pavant l’avenir de l’IGP sous l’hommage à Robert Hauselmann. Récemment disparu, ce pionnier des vins de pays charentais aura été le premier président de son Syndicat des Producteurs et de Promotion.D’emblée, Thierry Jullion a placé cette assemblée générale pavant l’avenir de l’IGP sous l’hommage à Robert Hauselmann. Récemment disparu, ce pionnier des vins de pays charentais aura été le premier président de son Syndicat des Producteurs et de Promotion. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Jouant le syndicat pilote à contre-courant de la confédération nationale, l’IGP veut tester de nouvelles pratiques agroécologiques. Avant de les intégrer à son cahier des charges, dans trois à cinq ans.

« Il est impératif de mettre en place des mesures respectueuses de l’environnement dans nos vignobles » lance avec confiance Thierry Jullion, ce 15 juin au château Pellisson (Cognac). Face à l’assemblée générale du syndicat des Vins de Pays Charentais qu’il préside, il se nuance avec prudence : « on peut tout à fait envisager d’ouvrir le cahier des charges de l’IGP vin charentais pour y incorporer des mesures agro-environnementales. Une fois que la majorité des vignerons les aura mises en place, dans trois à cinq années… »

Jouant piano piano sa partition environnementale, le président de l’IGP charentaise ménage son auditoire, pour ne pas avoir l’air de lui imposer un rythme de contraintes. La perspective d’une batterie de modifications des pratiques viticoles et de révision des plans de contrôle n’étant pas du goût de tous. Si les modalités de mise en œuvre ménagent les sensibilités, la volonté de prendre en main l’empreinte environnementale de l’IGP vin charentais est indéniable. Une approche bien différente de celle de la Confédération Nationale des IGP, qui a rejeté d’emblée toute intégration de mesures agroenvironnementales à leurs cahiers des charges (cliquer ici pour en savoir plus).

"L’outil est prêt à être formalisé, pas imposé"

Les vins de pays charentais sont rentrés dans une phase pilote avec l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Parmi la palette de mesures à disposition, la commission développement durable* de l’IGP a retenu des pistes envisageables à court terme (en finir avec le désherbage en plein, y compris des tournières, mettre en place de couverture végétale après les vendanges, adapter les doses de phytos selon la végétation…), à moyen terme (plantation de haies, passage à la pulvérisation confinée, enherber les zones tampons…) et long terme (privilégier les biocontrôles, utilisation de mulch/paille pour recouvrir les sols, investir dans les cépages résistants…). « L’outil et ses mesures sont prêts à être formalisés, pas imposés » souligne le vigneron Jean-Jacques Biteau, administrateur du syndicat viticole.

Envisageant une intégration des mesures faisant consensus au cahier des charges de l’IGP dans trois à cinq ans, Thierry Jullion ne cache pas que certaines options sont pour lui inévitables. « J’ai toujours pensé que l’on pourrait peut-être interdire le désherbage dans notre vignoble. De là à l’interdire demain, peut-être pas. Mais il faut y tendre pour après-demain » glisse-t-il. Jugeant que les attentes de la société en matière d’environnement sont légitimes, il demande aux vignerons réfractaires de penser en tant que citoyens : « le soir, quand on a quitté la cotte, on redevient consommateur et est-ce que l’on va mettre en danger notre vie, celle de nos conjoints, de nos enfants, de nos voisins ? »

Communiquer, c’est se distinguer

Demandant encore à être concrétisé, ce cap environnemental témoigne du besoin de communication des vins de pays charentais. Se rêvant en pionnier des IGP en matière d’agroécologie, ils se positionnent déjà sur ce créneau. Embauchée en septembre dernier, la nouvelle responsable de communication du syndicat, Chloé Imbert, a ainsi dévoilé lors de l’assemblée générale une charte posant l’engagement des vignerons charentais vis-à-vis de la « viticulture raisonnée, du contrôle sanitaire des vignobles ou des techniques les plus avancées de vinification ». Signés par les participants à cette assemblée générale, ces engagements ont pour vocation à être affiché à l’entrée des domaines charentais.

À noter que le syndicat viticole a d’autres projets en tête, bien qu’étant mis en veille. Comme la mise en pause du projet de passage de l’IGP à l’AOP, afin de faciliter la valorisation des vins, faute d’entrain des adhérents. Quant à l’idée de quitter les locaux de l’interprofession de Cognac pour s’émanciper, elle reste vive, à défaut de se concrétiser. « Après 35 ans d’existence, il serait temps de ne plus vivre chez papa et maman » conclut dans un clin d’œil Thierry Jullion.

 

* : Créée il y a un an, cette commission envisage d’autres pistes, comme celle de la certification. La création d’une association permettant de dispenser la norme collective ISO 14 001 est ainsi évoquée, ces vignerons charentais n’étant pas forcément attirés par le référentiel développement durable mis en place par l’interprofession de Cognac. L’idée étant de maîtriser sa communication de manière la plus distincte possible.

Gel 2017

Ce printemps, « la nature n’a pas été clémente » reconnaît Thierry Jullion. D’après une enquête interne, la zone côtière semble peu touchée, contrairement à l’intérieur des terres qui a essuyé une vraie catastrophe. D’autant plus que « les repousse et contre-boutons n’ont pas donné de bourgeons. Les rendements moyens de ces vignes seront entre 5 et 10 hl/ha. En étant optimiste » assène Thierry Jullion, qui lance un appel à la solidarité, pour ne pas dire à la générosité. « Ceux qui ont été épargnés et attendent une belle récolte, pensez à ceux qui auront des récoltes minables » lance-t-il, annonçant la mise en place d’achats de vendange.

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