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« Le vignoble n'est pas pieds et poings liés avec l'industrie phyto »
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Bernard Farges
« Le vignoble n'est pas pieds et poings liés avec l'industrie phyto »

L’usage viticole des Cancérigènes Mutagènes Reprotoxiques (CMR) se place au cœur du débat sur l’avenir des phytos. Exemple à Bordeaux, en marge d’un salon sur les vins naturels.
Par Alexandre Abellan Le 14 février 2017
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« Le vignoble n'est pas pieds et poings liés avec l'industrie phyto »
S’il peut être dangereux de parler des phytos, il est encore plus dangereux de ne rien dire met en pratique le viticulteur de l’Entre-deux-Mers, rompu à l’exercice des débats sur le sujet. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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 Ce que je dis, je le pense : travailler collectivement à ce que l’on ait moins d’intrants à Bordeaux » clame Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des Vins et Eaux-de-vie AOC (CNAOC), invité ce 11 février à débattre, au coin du feu, sur l’avenir du vin à l’occasion du premier salon bordelais "Sous les pavés la vigne" (dédié aux vins naturels et organisé par le site Rue89). Le représentant du vignoble a réfuté tout effet d’annonces dans la volonté de « réduire fortement l’utilisation des pesticides, voire en sortir ».

Face à un parterre de consommateurs militants et de vignerons alternatifs, il a martelé l’indépendance face aux pressions supposées d’un lobby phytopharmaceutique. « Nous ne sommes pas pieds et poings liés avec cette industrie. Nous travaillons en étant libres, ce sont des viticulteurs qui achètent ou n’achètent pas des pesticides. Les viticulteurs qui veulent passer en bio, passent en bio » a martelé Bernard Farges.

Encore un effort, camarade !

« La question ce n’est pas de réduire l’usage des pesticides, c’est de diminuer l’utilisation des pesticides classés CMR » embraie aussitôt Dominique Techer, vigneron à Pomerol. Pour l’élu de la Confédération Paysanne, les premiers pas réalisés ne sont pas suffisants. Approuvant ainsi l’idée de retirer l’autorisation de mise sur le marché aux produits qui nécessitent le port d’Équipements de Protection Individuels (EPI) après les délais de rentrée, il ajoute : « on connaît très bien les produits dangereux, ce sont ceux CMR. Encore un effort, camarade ! »

Habitué à débattre face à des salles peu acquises (voir encadré), Bernard Farges a joué la carte du pragmatisme. Il rétorque qu’une interdiction de recours aux CMR n’est pas du ressort des interprofessions, l’usage des pesticides revenant à la liberté d’exploitation de chaque domaine. « Je vous assure que dans le contexte girondin, la réduction des CMR va être très rapide. Elle ne peut être imposée, sauf si la réglementation les sort du marché » a-t-il résumé.

Ce n’est pas en opposant les modèles que l’on va avancer...

S'éloignant des formules incantatoires, Bernard Farges a appelé à la patience pour l’amélioration pragmatique des pratiques. Croyant à court terme dans la vertu de l’exemplarité pour entraîner le plus grand nombre, il mise à moyen terme dans le développement de cépages résistants aux maladies cryptogamiques. Un discours qu’il précise tenir quelle que soit l’audience lui faisant face. Ce 7 février, il était ainsi l’invité d’une réunion parisienne de l’Union des Industries de la Protection des Plantes et ses distributeurs. « Je n’étais pas le bienvenu. Je venais dire à une association de boulanger que l’on n’allait plus manger de pain. Mais j’ai dit la même chose » glisse-t-il dans un sourire.

Échos d’un débat au cinéma de Bègles

Avant ce débat militant, Bernard Farges s’était offert un tour de chauffe ce 26 janvier, à l’occasion d’une projection du documentaire "Pesticides, poison de la Terre". Organisée au cinéma Festival de Bègles, par le maire Noël Mamère, qui l’accusait déjà de double langage, en n’appelant pas à l’interdiction des CMR pour la protection des vignerons et de leur entourage. « Je suis en position difficile, vous représentez le bien et moi le mal » s’était amusé, pince-sans-rire, Bernard Farges. Avant d’asséner sa conviction : « il y a derrière des viticulteurs qui évoluent très vite. Peut-être parce qu’un certain nombre de reportages et d’associations secouent le cocotier… En tout cas l’évolution s’accélère et la prise de conscience est forte et globale. C’est important, car faire avancer 5 % de viticulteurs bios, c’est bien, mais faire améliorer les pratiques de 100 % des viticulteurs, c’est notre souhait. »

Dans cette optique, la mobilisation des vignerons est poussée par l’interprofession girondine, qui prône la politique de la main tendue avec les riverains. « Pour la prochaine campagne, nous mettrons en place des outils incitant les vignerons à rencontrer leurs voisins et à leur envoyer des SMS avant les traitements » expliquait ainsi Christophe Chateau, le responsable de la communication du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux.

 

* : Par ailleurs premier adhérent de l’association Alerte ! aux toxiques, fondée par Valérie Murat fin 2016.

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