LE FIL

Bernard Farges

« On constate qu’il n’y a pas de filière de VSIG en France, pas qu’il en manque »

Lundi 22 août 2016 par Alexandre Abellan

Ouvert à la possibilité d’une filière française de VSIG (tant que sont assurées la gouvernance régionale et l’étanchéité entre les segments), le président de la CNAOC reste sceptique sur sa pertinence stratégique.
Ouvert à la possibilité d’une filière française de VSIG (tant que sont assurées la gouvernance régionale et l’étanchéité entre les segments), le président de la CNAOC reste sceptique sur sa pertinence stratégique. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Appelé à réfléchir sur les vins sans indication géographique par le ministre de l’Agriculture, le vignoble français se montre pour le moins circonspect par la voix du représentant de ses AOC.

« Si la seule réponse aux importations de vins espagnols, c’est de les produire chez nous : au secours ! Se dire qu’il manque en France un vignoble pour concurrencer l’Espagne, revient à imaginer relancer la production de T-shirts pour rivaliser avec l’Asie du Sud-Est » s’exclame Bernard Farges, le président de la CNAOC (Confédération Nationale des Producteurs de Vin et Eaux-De-Vie de Vin AOC). Annoncé par le ministre de l’Agriculture pour la rentrée prochaine, le débat sur la filière française des Vins Sans Indication Géographique Protégée (VSIG, ou Vins de France) devrait autant regorger de formules piquantes que de positions tranchées.

Pour Bernard Farges, la filière a entériné depuis son plan stratégique 2025 l’absence de vignoble dédié au VSIG, sans y voir forcément un manque stratégique. Il en veut pour preuve la frilosité du vignoble à s’engouffrer dans cette nouvelle catégorie. « Qu’on ne nous dise pas qu’il n’est pas possible de créer une filière VSIG. En Languedoc-Roussillon et dans le Sud-Ouest, les deux régions les plus susceptibles de se lancer dans les VSIG, il n’y avait pas de contingents. L’accès était libre. La question est pourquoi n’y a-t-il quasiment pas eu de demandes ? » tranche le viticulteur bordelais.

C'est une viticulture de misère

Pour Bernard Farges, cette absence d’engouement témoigne d’abord du manque d’engagement du négoce pour assurer des débouchés aux vignerons : « il n’y a pas de contractualisations proposées ». Il souligne ensuite le poids de l’histoire pour le vignoble : « avec les vins de table, les vignerons ne gagnaient pas leur vie. C’est une viticulture de misère ! Est-ce que l’on a pensé à regarder comment les Espagnols vivent avec des cours à 35-40 €/hl ? » tacle-t-il, ne croyant visiblement dans la pertinence stratégique du développement de ces produits à faible valeur ajoutée.

Détournement de notoriété

Casquette AOC oblige, Bernard Farges reste attentif au sujet du détournement de notoriété. Regrettant que « des marques de négoce ayant créé leur notoriété sur les indications géographiques françaises en détournent les codes sur des vins sans IG », il souligne que « tout ce qui vient détourner de la notoriété est une perte de valeur pour l’ensemble de la filière ». Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a justement mis à l'ordre du jour de ce groupe de travail la distinction dans les linéaires des BIB selon l'origine de leurs vins.

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Lanxade Le 22 août 2016 à 12:03:26
Quelle condescendance ! « Filière qui n’existe pas, viticulture de misère, détournement de notoriété,… ». Au nom des 400 familles de vignerons que notre union CVG (Caves et Vignobles du Gers) représente je suis choqué de ces propos du Président Farges. Son mépris n’a d’égal que sa méconnaissance du dossier. Nous travaillons tous les jours à structurer une filière VSIG afin de protéger l’IGP Gascogne. Les modèles économiques et chaine de valeur que nous proposons à nos adhérents et à nos clients nous permettent une présence régulière sur les marchés export et des rémunérations à l’hectare supérieures à bien des AOP… Eric Lanxade-Directeur CVG
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