LE FIL

Rendez-vous à la rentrée

Stéphane Le Foll invite le vignoble à réfléchir sur son "déficit en VSIG"

Jeudi 11 août 2016 par Alexandre Abellan

« Quelles que soient les difficultés que peut rencontrer aujourd’hui le secteur viticole, les dégradations commises à l’encontre de transporteurs espagnols ou de négociants français ne constituent pas une réponse acceptable » tranche le ministre.
« Quelles que soient les difficultés que peut rencontrer aujourd’hui le secteur viticole, les dégradations commises à l’encontre de transporteurs espagnols ou de négociants français ne constituent pas une réponse acceptable » tranche le ministre. - crédit photo : Ministère de l’Agriculture/Cheick.Saidou (photo de Stéphane Le Foll lors du Salon International de l’Agriculture 2016)
Réagissant aux tensions dans le vignoble languedocien, le ministre de l’Agriculture appelle à une réflexion stratégique sur le manque français de vins d’entrée de gamme.

« Les prix moindres des vins sans indications géographiques valident la stratégie de montée en gamme des productions languedociennes et roussillonnaises » pose Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture. Dans un courrier daté du 8 août, il prend à rebrousse-poil l’interpellation du sénateur de l’Hérault, Henri Cabanel, qui dénonçait, à la suite des actions du Comité Régional d’Action Viticole contre des vins espagnols, « la situation préoccupante relative à l'importation de vins espagnols vendus en France entre 30 et 40 euros/hecto, alors que le prix de nos vins se situe entre 70 et 80 euros/hecto ».

A la recherche de la filière perdue

« Le déficit de vins sans indication géographique en France doit nous conduire à nous interroger sur la stratégie à suivre par la filière sur ce segment » écrit Stéphane Le Foll. « Je réunirai à la rentrée l’ensemble des professionnels de la filière viticole pour aborder ce sujet, et plus largement celui de la gouvernance entre les différentes maisons de la filière ». Prenant le parti de la stratégie de filière française plutôt que de la confrontation entre vignobles voisins, le ministre reconnaît en creux que l’Hexagone n’a pas su se positionner en matière de Vins Sans Indication Géographique (VSIG, ou Vins de France). Désormais, son objectif est de résoudre le manque de vins d’entrée de gamme qui frappe l’offre française. Et ainsi ne plus la pallier par des importations qui excitent aujourd'hui les insatisfactions. Cette orientation solliciterait logiquement les outils des nouvelles autorisations de plantation. Ce qui conduirait la filière à débattre dans un cadre posé par le ministère.

Distinguer en linéaire les BIB de vins étrangers

« Le ministre a raison. Comme les Espagnols, la filière doit se pencher sur ce segment de marché (les vins de table d'antan) » reconnaît le sénateur Henri Cabanel. « Mais le véritable problème de la viticulture, et de toute l'agriculture, c'est la guerre des prix bas de la grande distribution » estime l'élu héraultais, viticulteur à Servian*. Reconnaissant que les moyens de pression sont limités sur les enseignes, il soutient la proposition de la filière languedocienne d'imposer dans les linéaires un rayon "vins étrangers". Notamment pour les vins de marques conditionnés en Bag-in-Box. « Il n'est pas question d'empêcher le libre-échange, mais de donner aux consommateurs les moyens de pouvoir choisir en son âme et conscience » explique Henri Cabanel.

"Aucune anomalie n’a été constatée sur l’origine des vins importés d’Espagne"

Dans sa lettre, le ministre annonce justement que « la question de l'harmonisation de la présentation en linéaire des bouteilles et des bag-in-box sera à l'ordre du jour » de sa réunion de travail avec la filière. Stéphane Le Foll rappelle également avoir mobilisé dès avril les Douanes pour lutter contre toute fraude à l'importation. « Les résultats de ces contrôles montrent qu’aucune anomalie n’a été constatée sur l’origine des vins importés d’Espagne » souligne la missive ministérielle. Des vices d'étiquetage ont cependant été relevés sur 12 % des contrôles, entraînant la sanction de metteurs en marché.

 

* : En tant que viticulteur, Henri Cabanel ne cache pas ses soupçons sur la stratégie de ralentissement des retiraisons du négoce languedocien. Pour lui, « il s'agit de faire peur aux vignerons et coopératives qui vendent en vrac en allant chercher des vins espagnols moins chers. Et d'entamer la campagne en espérant des prix à la baisse... »

Bibliographie

Pour préparer cette réunion de travail, Stéphane Le Foll a déjà sur son bureau le dossier transmis par le syndicat viticole de l’Aude en juillet dernier, lors de sa visite languedocienne (accompagnant le premier ministre, Manuel Valls). Il peut également relire la Stratégie de Filière 2025 arrêtée par FranceAgriMer en 2014 (posant le constat que « la production de VSIG en France, issue d’une logique de repli/excédent, n’est pas adaptée à la demande de metteurs en marché français, qui souhaitent un approvisionnement régulier ») et se pencher sur les récents travaux de prospective de l’Association Nationale Interprofessionnelle des Vins de France de France (qui préconisent la plantation de 10 à 20 000 hectares pour réduire les importations de vins étrangers).

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
l\\\'exportateur Le 24 août 2016 à 09:25:28
Qu'il se taise, vivement qu'on se débarrasse de ce ministre incompétent. La filière a décidé de faire du vin de qualité depuis quelques décennies. J'ai moi même arraché, replanté.......pour pouvoir faire du vin de qualité. Bonne remarque d'un de vos participants sur le vin espagnol de volume. Pourquoi n'en vendent-ils pas plus aux US parce que les américains font eux mêmes du bon vin et qu'ils en importent de qualité Les ventes des 2 pays vers les US et la valeur au litre en 2015 France: 1 332 978 058 € valeur au litre 10,03 € Espagne: 275 347 553 € valeur au litre 4,19 € Les espagnols, leur principal débouché se situe en Chine, pour information France: 556 486 943 € valeur au litre 3,38 € Espagne: 113 327 491 valeur au litre 1,4757 € voyez à quel prix ils le vendent. On ne pourra jamais s'aligner sur les espagnols, compte tenu des couts de main d'œuvre, a moins qu'on décide de tirer la filière vers le bas, taille mécanique, arrosage à tout va, ça peut être rentable.......mais ou ira la filière. Cassez vous Mr le ministre
craoux Le 18 août 2016 à 23:01:50
Le segment des VSIG n'intéresse pas la filière. Et ne l'a jamais intéressée. Et ce que vient de rappeler le Ministre Le FOLL (.. "déficit en VSIG ..") est une évidence qu'il ne faut pas assimiler à une stratégie "girouette". Sur les dernières et récentes décennies, la filière a été obnubilée par les IG (AOP et, à un moindre degré, IGP) à tel point que le territoire national regorge - inutilement - de dénominations X ou Y (quitte à affadir le véritable sens de la reconnaissance en IG). Il est dommage qu'il n'y ait jamais eu de réflexion sérieuse sur l'établissement d'un vignoble VDT, ou VSIG désormais, mené à l'irrigation. La filière a toujours eu des réticences à collaborer (à envisager de contractualiser) avec le négoce, or au cas précis, il aurait été nécessaire de penser autrement. Dommage que les fonds UE aient été phagocytés à ce point par les aides à la restructuration (!) du vignoble, ce dispositif dispendieux qui ne contribue en rien à aider les exploitations à être concurrentielles (mais à consolider la valeur patrimoniale du foncier) ... Au passage, j'invite celles et ceux qui sont "curieux" à bien analyser la panoplie des critères d'accès à cette aide .... ça devient aberrant (les critères sont énoncés pour coller à une réalité de terrain ... et non pas pour "orienter" une dynamique). Bref, organiser l'accès à l'eau pour valoriser une production VSIG rentable (avec les garde-fous nécessaires pour "réguler" une production en phase avec un aval) n'a jamais été une piste de travail. Non, en France, on ne conçoit qu'une stratégie : 1/je passe en IG et 2/je me lance seul. Alors ras-le -bol de la "casse" en LR ... que les casseurs, dont les pinards ne trouvent pas preneurs, réfléchissent VRAIMENT à ce qu'ils pourraient faire au lieu de s'en prendre aux autres ! ... et d'ailleurs, que fait l'ANIVIN pour contribuer à la nécessaire réflexion ? ... c'est un peu "court" en tant qu'Interpro de se limiter à organiser des concours (un peu bidons) ou à faire de l'affichage 4 x 3, non ? A quoi sert d'ailleurs cette ANIVIN sans gros moyens sauf à constituer une charge (taxe) inutile pour les producteurs ?
NATHANIEL Le 17 août 2016 à 12:37:38
Une partie de l'agriculture française est en mauvaise posture en raison des coûts de production trop élevés par rapport à nos voisins européens: Espagne Italie Allemagne. On peut citer le porc le poulet le lait l'asperge et .... le vin sans IG. Autrefois nos ministres nous suggéraient de "monter en gamme" justement pour éviter cet écueil. Aujourd'hui on nous suggère de descendre en gamme. Ou est la logique dans tout cela?
vigneron en languedoc Le 11 août 2016 à 23:28:37
J'aime bien notre ministre , par contre je suis un peu déçu par ses conseillers . La loi du commerce c'est la loi de l'offre et la demande. je voudrais une explication economique . pour quelle raison les espagnols ne vendent -ils pas plus de vin en vrac aux etats unis et plus facilement en france. Cette France ou la consommation de vin diminue d'année en année parce que les produits bas de gamme comme le nom l'indique sont moyens en qualite. on veut favoriser la consommation bas de gamme . Et je pense que la consommation bas de gamme c'est la consommation en france des pochetrons. Aussi a terme nous risquons d'avoir cette population bas de gamme qui aura sombré dans l'alcoolisme pas cher . Par contre que l'on fasse des vins europeens bas de gamme pour une vente exclusive pour des marches grand export a bas prix avec des marques fortes pour lutter contre les australiens les argentins ( il semblerait aussi que dans ce pays la consommation n'est pas trop au rendez vous)les chiliens ou les chinois compte tenu de leur monnaie faible en comparaison de l'euro pourquoi pas . J'aimerai que notre ministre fasse de la véritable gestion de marche. J'aimerai que nos commissaires européens fassent de la gestion de marché. Et je pense que ces pensées peuvent s'appliquer a d'autres spéculations agricoles. Le drame de la grande distribution comme le nom l'indique c'est de distribuer faire du chiffre d'affaire, la qualite pourquoi pas, mais du prix oui et surtout du prix . Ensuite quand on voit que 850000 hls de plus en 2015 creent un veritable marasme 9 mois plus tard. Il est vrai que 2015 en France est une année particuliere parce que nous sommes en guerre. je pense qu'il ne sert à rien pour l'instant de creer un vignoble supplementaire essayons déja de produire plus avec ce que nous avons . M Le ministre offrez simplement le goutte à goutte a tous ceux qui veulent produire plus et regardez le resultat. D'autre part une production a haut rendement c'est 200 hls . Soit à 30 euros /hl 6000 euros par hectare, ce n'est pas mal comme rentabilite avec un cout de revient aux environ de 5000 euros selon le taux d'emprunt de l'exploitation . Avec des vins titrant 6 à 8 degres soit des vins entre 7.5 à 9.5 apres enrichissement dans la zone Languedoc. De plus un vignoble avec des rendements de ce type c'est une durée de vie de 15 ans . Les pepinieristes vont etre heureux ou malheureux s'il ne peuvent fournir de plants. Monsieur le ministre 35 ans d'experience je suis passé des gros rendements aux petits rendements pour faire de la qualite et surtout parce que la consommation baissait 120 litres de consommation dans les annees 70 pour pour environ à la louche 45 litre de consommation maintenant. en 2016 . Cette politique du vsig ne doit avoir pour but que de vendre que sur les marchés en devenir comme l'inde ou la chine . mais pas pour ecraser une politique de qualite mise en place en ce qui concerne les vins PAYS D'OC par des visionnaires comme Robert Skalli Michel Rousset et M Gravegeal. Avec le probleme des allergies au lactose vous aurez bientot la meme etude de cas avec le lait. 50 ans que dure l'heresie, C'est grave Me Le ministre avec tout mes respects pour votre profession. Si nous voulons respecter nos amis espagnols ou italiens créons un veritable vin europeen pour une vente hors europe et gardons pour l'europe nos meilleurs produits. Bon Mr Le ministre il est 23h 16 je n'ai pas fini mon travail administratif aussi je vous abandonne a vos responsabilités intelligentes. Avec tous mes respects Monsieur le ministre un vigneron en colere. qui commence à peine a se sortir de ses dettes 10 ans apres de la crise de 2005 à 2008.
albert Le 11 août 2016 à 14:20:49
Petite correction à ma datation fautive. Voilà 40 années qu'on injecte des fonds UE dans le vignoble méditerranéen français : ça a commencé de manière massive par la Directive 78/627 (publiée en début été 1978, applicable au LR et aux dépts 07 - 13 - 83 - 84 en vue de reconvertir (arrachage) ou de restructurer l'existant. Dès la campagne 1980/81, le règlement UE n° 458/80 UE a instauré au niveau de tous les EM producteurs le principe d'une aide à la restructuration ... fin de vie pour la Directive 78/627. Par la suite, le régime 458 évolua (désolé pour le manque de précision .. ah la mémoire !) et à partir de la fin des années 2000, l'aide à la restructuration du vignoble fut inscrite comme une mesure (axe prioritaire en France) déclinable ou pas dans un programme national (choix de chaque EM). Les exégètes de cette réglementation euro-vorace ne m'en voudront pas de ne pas avoir repris mes fiches pour rendre ma "copie" inattaquable quant aux détails. Mais, vous l'aurez compris, c'est à coups de Mio d'€ que l'on arrose le vignoble (essentiellement celui de Midi LR et à un degré moindre du Sud-Est). L'enveloppe annuelle nationale de cette dépense (restructuration) tourne au vu des données consultables sur les derniers exercices FEAGA entre 100-120 Mio€. Au fait, depuis combien de temps déjà paie-t-on pour cette fameuse restructuration ? C'est presque indécent ... Caricaturalement, on peut penser qu'à 30/40 ans d'intervalle, l'UE aura financé la replantation de vignobles amortis, au sein des mêmes exploitations. Financer le vignoble c'est comme tenter de remplir un puits sans fond. D'ailleurs, existe-il des études ou autres rapports UE relatifs à une évaluation du "retour sur investissement" (en quoi ces dépenses politiquement contraintes - par le lobbying d'Etat - sont-elles forcément pertinentes en terme de stratégie de filière ?).
albert Le 11 août 2016 à 10:14:26
Espérons que Le Foll sera inspiré. Ok, faire le constat d'un déficit en VSIG est une évidence mais il faudrait réfléchir aux raisons de l'attractivité de ces entrées de gamme alors que tout le monde nous rebat les oreilles avec la nécessité de monter en puissance vers les gammes qualitatives-valorisées. Certes, il y a le moindre prix d'accès pour le consommateur qui rend ces VSIG attractifs mais est-ce que ces VSIG importés alimentent véritablement le rayon "vin" en tant que vins .. ou plutôt, en grande partie, celui des "vins aromatisés" à la pêche, au pamplemousse et que sais-je encore ? Ne serait-ce pas l'évolution de la demande sur ce segment exotique qu'il faudrait analyser en tendance avant tout ? Par ailleurs, n'y a-t-il pas à s'interroger sur les orientations stratégiques (sic ?) prises au sein des instances de FranceAgriMer : à quoi bon poursuivre aussi aveuglément le financement "guichet" de la restructuration du vignoble [1/putain, depuis 35 ans qu'on injecte des Mio€ dans le LR notamment on peut se dire qu'une réelle réflexion pourrait être engagée sur un redéploiement plus ad hoc de la manne UE, non ?], 2/à quoi sert de prioriser les investissements technologiques susceptibles de relancer une filière MC/MCR tel qu'on le lit dans le dispositif actuel "Aide à l'investissement", d'autant plus qu'aucun de nos vignobles n'est en mesure de fournir à court moyen terme des moûts voire ne sera pas vraiment capable de le faire dans un marché UE concurrentiel (ndlr : je sais que la soupape "moûts non vin" a été récemment prévue dans les Cahiers des charges IGP mais c'est à mon avis une douce plaisanterie tant l'opérationnalité de la mise en œuvre de cette trouvaille est quasi-nulle car je ne vois pas bien la filière en capacité de mener de front, à l'époque des vendanges, la nécessaire traçabilité entre "moûts pour MC.MCR" et "vendanges à vinifier" qu'impose les cahiers des charges en matière de respect des rendements de production) ? Ces sujets sont complexes et j'ose espérer que Le Foll aura une vision inspirée ... même dans la dernière ligne droite de sa mission (sera-t-il encore ministre à fin 2016 ?).
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé