LE FIL

Beaujolais

Les pouvoirs publics prennent les choses en main

Mercredi 02 mars 2016 par Juliette Cassagnes

Interbeaujolais est actuellement présidé par Gilles Paris (au centre), viticulteur, et Bruno Mallet (à droite), vice-président, pour le négoceInterbeaujolais est actuellement présidé par Gilles Paris (au centre), viticulteur, et Bruno Mallet (à droite), vice-président, pour le négoce - crédit photo : J Cassagnes
Un inspecteur général du ministère de l'agriculture a été missionné pour tenter de trouver des solutions aux crises économiques et de gouvernance traversées par le vignoble du Beaujolais. Dans son rapport, qui sera présenté en Conseil de bassin ce jeudi 3 mars 2016, celui-ci évoque largement les problèmes institutionnels qui agitent les diverses instances décisionnelles, et propose comme solutions possibles un rapprochement avec la Bourgogne.

Suite à la crise qui s'est déroulée entre les deux ODG du Beaujolais fin 2014 et les répercussions qui se sont produites sur le fonctionnement de l'interprofession, un inspecteur général du ministère de l'agriculture a été mandaté, au mois d'avril 2015, par le directeur de cabinet du ministre de l'agriculture, pour étudier de plus près le problème. Sa mission : « analyser la situation et ses causes » et proposer des pistes de solutions « immédiates » pour « sécuriser l'action collective des intervenants de la filière ».

Après trois visites sur le « terrain » et une trentaine d'entretiens avec des acteurs de la filière viticole du Beaujolais, mais aussi de Bourgogne,  Georges-Pierre Malpel a rédigé et rendu son rapport, publié en décembre 2015 et intitulé « Le vignoble du Beaujolais, ses organisations de producteurs et son organisation interprofessionnelle ».

"Duboeuf pas impliqué directement et fortement "

L'auteur y dresse le constat de la situation économique et institutionnelle du vignoble, cette dernière connaissant un « malaise profond » concernant les ODG mais aussi l'interprofession. L'inspecteur souligne « l'absence de dialogue à tous les niveaux », ses « difficultés de fonctionnement » actuelles, liées notamment au problème de représentativité des deux familles, viticulture et négoce. Ce dernier commercialise une part importante des volumes de vins du vignoble, mais les principales maisons sont bourguignonnes ou situées dans le nord du département du Rhône, à la limite de la région voisine. Les négociants du Beaujolais n'ont par ailleurs pas « de stratégie collective affirmée », ni « d'existence autonome par rapport à la Bourgogne ». L'auteur constate également l'absence d'implication du négociant le plus « emblématique » du Beaujolais, Georges Duboeuf.

Suite à ce diagnostic, une série de recommandations sont formulées : la « remise en phase » des produits et de la production avec le marché actuel, la diminution des coûts de production, le développement de l'oenotourisme, la modernisation des caves et enfin, sujet le plus sensible, un « rapprochement » des interprofessions de Bourgogne et du Beaujolais pour « une meilleure coordination des actions économiques ». « Dans un cadre redéfini par rapport notamment au négoce, au fonctionnement des ODG, à la représentation des différentes parties de la viticulture,et surtout au BIVB, il est urgent de définir une stratégie ouverte et offensive à travers une organisation interprofessionnelle efficace, renouvelée et rassemblée qui respecte les particularismes dans la mesure de leur volonté de travailler ensemble, et de leur représentativité », argumente Georges-Pierre Malpel.

De nouvelles élections à l'horizon

En résumé, rien de bien neuf sous le soleil, en dehors du fait que ce document a le mérite de remettre « noir sur blanc » des idées souvent déjà connues mais essentielles, et que les pouvoirs publics ont la volonté de faire avancer les choses. Suite à ce rapport, le préfet du Rhône a réuni fin janvier les différents acteurs de la filière afin de leur demander leur vision à moyen terme sur les trois points précis qui lui ont paru indispensables : les marchés, les coûts de production et les liens avec la Bourgogne. Les deux ODG représentant les viticulteurs des Crus et des AOP Beaujolais-Beaujolais-villages, ont rendu leur copie commune la semaine du 15 février 2016. Parmi les solutions qu'ils envisagent pour sortir de la crise de gouvernance, les viticulteurs se prononcent, sous certaines conditions, pour « un retour du Beaujolais dans un grand schéma bourguignon », afin notamment de pouvoir gérer de façon commune la production des appellations Coteaux bourguignons et Crémant de Bourgogne « autour d'une même table interprofessionnelle ». Une position également partagée par les négociants. Le rapport sera également présenté par les pouvoirs publics auprès des professionnels du secteur des autres vignobles, lors du Conseil de bassin Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura, qui se tiendra ce jeudi 3 mars 2016.

« L’essentiel est que tous les acteurs de la filière s’approprient ces stratégies et surtout déterminent les moyens de les mettre en œuvre immédiatement », indique l'inspecteur général, en introduction de son rapport. Mais le fait est que dans un mois auront lieu les élections des représentants de l'ODG des Beaujolais/Beaujolais-villages, puis, quelques mois plus tard, en juillet 2016, celles des représentants de l'interprofession... Avec, à la clé, de nouvelles instances dirigeantes possibles, qui auront la liberté, si elles le souhaitent, de mener des lignes politiques différentes. De  l'issue de ces élections repose donc directement l'espoir que les choses avancent enfin. 

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