Accueil / Viticulture / Les raisons de la baisse des rendements

Bourgogne
Les raisons de la baisse des rendements

Les maladies de dépérissement, le vieillissement des vignes et la complantation sont identifiés comme des facteurs importants jouant un rôle dans la baisse du potentiel de production du vignoble bourguignon, constatée depuis une dizaine d'années. Le BIVB a mesuré plus précisément leurs impacts.
Par Juliette Cassagnes Le 19 février 2016
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Les raisons de la baisse des rendements
Les vignes vieillissent en Bourgogne - crédit photo : J Cassagnes
L

e pôle technique et qualité du BIVB s'est penché sur la question du potentiel de production du vignoble, dont les rendements tendent à diminuer « de façon significative depuis les années 2000 ». Parmi les différents facteurs l'influençant – maladies de dépérissement, âge de la vigne, ou encore matériel végétal – et pour lesquels il était possible de le faire, le BIVB a cherché à chiffrer plus précisément leur impact.

Concernant les maladies de dépérissement - Esca, BDA, court-noué, ou enroulement - l'indicateur choisi a été la part des pieds improductifs dans le vignoble. Celle-ci a nettement progressé depuis 2001 en Bourgogne, mais avec tout de même une tendance à la stabilisation ces dernières années, autour de 14%.

Le facteur « âge de la vigne » apparaît lui aussi comme un facteur déterminant, tout au moins en Côte d'Or et en Saône-et-Loire. Dans ces deux départements, la proportion de parcelles âgées de plus de 30 ans, donc théoriquement moins productives, est de loin la plus importante, avec 60% d'entre elles ayant atteint ou dépasser cet âge. En Côte d'Or, cette part tend même à progresser chaque année. Dans l'Yonne, cette tranche d'âge est également majoritaire, mais ne représente que 35% des parcelles. « Cela traduit un vieillissement marqué des vignes, commente Corinne Trarieux, responsable de la coordination technique. L'âge du vignoble s'est fortement modifié en 15 ans, favorisant les vieilles vignes plutôt que les nouvelles plantations ».

En d'autres termes, les viticulteurs conservent de plus en plus leurs vieilles vignes et procèdent de moins en moins à de nouvelles plantations. Une tendance mesurée par le « taux de renouvellement », qui tend à diminuer depuis les années 2000. En Côte d'Or et Saône-et-Loire en particulier, ce taux avoisine ou dépasse rarement les 1%. « Si cette tendance se confirme, nous aurons à terme un vignoble avec des parcelles de 100 ans d'âge...Avec les changements climatiques, nous risquons d'avoir de gros soucis ! », s'est offusqué Michel Baldassini, suite à la présentation de ces résultats(*). Un taux d'autant plus inquiétant que celui-ci tient compte des agrandissements de surface, ce qui le "gonfle" artificiellement. Si l'on considère uniquement les replantations de parcelles arrachées, donc sans ces nouvelles parcelles, le taux de renouvellement est en effet bien inférieur. "Je vous laisse donc imaginer vers quel âge vont les parcelles...", commente Corinne Trarieux.

Une production optimale au-delà de 9 ans

Parallèlement à ce phénomène, les viticulteurs ont de plus en plus recours à la complantation, une technique qui consiste à remplacer pied par pied les manquants dans une parcelle. Cette méthode se développe fortement depuis dix ans : la Chambre d'agriculture estime que la part des jeunes pieds improductifs a plus que doublée sur la période, passant de 4% en 2006 à 10,5% en 2014. Autre chiffre : 55% des plants vendus actuellement par les pépiniéristes seraient destinés à de la complantation. Or une étude du BIVB conduite sur 27 parcelles de la région montre que la reprise en production optimale des complants a lieu en moyenne à partir de 9 ans, contre 4 ou 5 ans dans le cas d'une replantation, accentuant donc d'autant plus le déficit de production...

Concernant le matériel végétal utilisé, le BIVB a cherché à connaître son évolution au fil des ans, à partir des données de productions de greffons par les Chambres d'agriculture depuis 1990. Les clones de Pinot noir les moins productifs sont de plus en plus plantés. En revanche, pour le Chardonnay, aucune évolution marquée concernant la productivité ne se dégage. Or la proportion de Chardonnay planté en Bourgogne a augmenté sur cette période, au dépend du Pinot noir. « Globalement, le matériel végétal n'est donc pas corrélé avec la diminution du potentiel de production », en conclut Corinne Trarieux. Quant à l'impact des pratiques culturales, l'enherbement notamment, le BIVB n'a pas réussi à le quantifier, n'ayant pas de données précises sur la question.

(*) Résultats présentés lors du colloque Vinosphere à Beaune, en février 2016

Des OAD pour mieux gérer le renouvellement du vignoble
Le BIVB travaille à la mise au point de petits outils d'aides à la décision pour aider les viticulteurs à mieux gérer le renouvellement de leurs vignes. Le premier est un outil de calcul qui permet de mesurer l'impact de la complantation sur le potentiel de production, en mesurant l'âge de reprise en production optimale des complants. L'idée est ensuite de pouvoir le comparer à une nouvelle plantation. Le second permet de choisir un âge pour son vignoble et de connaître le taux de renouvellement à appliquer pour ses vignes, et vice-versa : à partir d'un taux de renouvellement annuel connu, l'OAD donne l'âge moyen de son vignoble.
Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé