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Ras et précis
Les essais de taille mécanique s'installent à Buzet

Moyen de réduire une charge incontournable, la Taille Rase de Précision (TRP) intéresse les viticulteurs de Buzet. Lancée depuis 2015, la phase d'installation de l'expérimentation pourrait encore durer.
Par Alexandre Abellan Le 11 janvier 2016
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Les essais de taille mécanique s'installent à Buzet
Aperçu cet hiver 2016 de l’installation d’un cordon, pour une future expérimentation de taille rase de précision à Buzet. - crédit photo : Vignerons de Buzet
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our un hectare de 4 500 ceps, la cave coopérative des Vignerons de Buzet estime que 50 heures sont nécessaires aux travaux de taille en guyot simple (incluant la sortie de sarments et le pliage). En passant à la TRP, soit une taille en cordon mécanisée, le temps de travail diminuerait de 60 %, tombant à 20 h (incluant une reprise manuelle de 14 h). L’optimisation du coût de production viticole étant le nerf de la guerre pour les coopérateurs, on comprend mieux leur intérêt pour des essais de tailles mécaniques. Mais attention, « l’idée n’est pas de faire de la taille mécanique sur les 1 500 hectares du vignoble AOC ! » pose immédiatement Carine Magot, la responsable du service vigne des Vignerons de Buzet. « Il s’agit de sélectionner des profils de parcelles et de produits adaptés (par exemple une parcelle vigoureuse destinée aux rosés). »

L’expérimentation en théorie

Sur le papier, le protocole expérimental de Buzet repose sur 4 parcelles expérimentales, deux de cabernet franc et deux de merlot. Chacune déploie trois modalités sur 15 ares chacune : un témoin avec la taille en guyot simple (la pratique actuelle de l’AOC Buzet), la taille en haie mécanisée (de forme cubique, réalisée avec des barres de coupe) et la TRP (avec un prestataire de service au vu de la petite échelle). « On a choisi les deux systèmes intermédiaires entre la non-taille et la taille manuelle classique » précise Carine Magot.

Première mécanisation l'an prochain

En pratique, l’expérimentation a passé une phase d’installation en 2014 (ajout de tuteur, modification des palissages, rabaissement des piquets…). Les premières tailles mécaniques étaient prévues pour l’hiver 2015. Mais leurs cordons ne sont pour l’instant pas jugé assez longs et solides. « Il faudra probablement encore tailler manuellement cette année, avant de pouvoir mécaniser l’an prochain » estime Carine Magot, qui souligne la volonté de la coopérative de prendre le temps pour obtenir les résultats les plus solides possibles.

Une expérimentation prévue sur sept ans

Car au-delà de la faisabilité technique et de l’étude d’impact au vignoble (rendement, temps de travail, vigueur…), l’objectif de cette expérimentation est d’étudier les possibilités d’intégration de la TRP au cahier des charges de l’AOC Buzet. L’étude réalisera ainsi des micro-vinifications pour comparer les effets organoleptiques liés aux changements de mode de conduite viticole. Le passage d’une taille classique à celle mécanique entraînant des modifications physiologiques, les résultats des premières années s’annoncent d’ores et déjà inexploitables*. Ce qui inscrit les essais sur un minimum de cinq à sept années.

Se positionnant sur le long terme, ces essais donneront peut-être le temps à la coopérative de relancer ses démarches auprès de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Le syndicat viticole de l’appellation Buzet n’ayant pas obtenu un vote favorable à sa dérogation pour des essais au sein de l’AOC, les rangs taillés mécaniquement seront déclassés en vins sans indication géographique. Cet échec administratif n’empêche pas ce projet d’envisager une échelle régionale.

 

* : A noter qu’une parcelle de 45 ares doit être plantée cette année à Buzet pour étudier le comportement de ceps conduits dès le départ pour la TRP.

L’expérimentation à une possible échelle régionale
Portée l’an dernier par la Chambre d’Agriculture de Gironde (CA33), la volonté d’expérimenter à grande échelle la TRP dans le vignoble bordelais s’est, pour l’instant, heurtée au refus de subvention déposée de FranceAgriMer (l’itinéraire technique n’étant pas jugé innovant). Un dispositif allégé est désormais envisagé pour la campagne 2016. Conseiller en agro-équipement viticole à la CA 33, Loïc Pasdois croit que des expérimentations girondines restent envisageables dès cette année, avec le projet de se relier aux protocoles de Buzet (voire d’impliquer la Cave du Marmandais). Il est convaincu du besoin de résultats locaux : « aujourd’hui, on commence à bien connaître les résultats de la TRP dans le Sud (Hérault et Gard), mais on manque cruellement de données dans le Sud-Ouest, et sur les cépages bordelais. Comment les pampres du merlot sont-ils gérés ? La sensibilité au maladie du bois du cabernet sauvignon est-elle accrue ? » A noter que l'INRA de Bordeaux va tester cet hiver la TRP, sur une parcelle expérimentale de son essai de système à bas intrants (site de la Grande Ferrade, à Villenave d’Ornon).
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