LE FIL

Traitements phyto

Bon sens et transparence, clés de la cohabitation entre vignerons et habitations

Vendredi 24 avril 2015 par Alexandre Abellan

Traitements phyto : bon sens et transparence, clés de la cohabitation entre vignerons et habitations

Un nouvelle campagne végétative débutant au vignoble, les premiers traitements phytopharmaceutiques vont commencer et raviver les interrogations des habitants à proximité de vignes. Souhaitant canaliser et formaliser les démarches des « riverains des pesticides », l'association Générations Futures leur propose un nouvel outil : une lettre type pour interpeller les « agriculteurs utilisateurs de pesticides de synthèse* pour demander dans un premier temps de les avertir lors du passage de leur pulvérisateur à proximité de leur lieu de vie » (cliquer ici pour y accéder).

Entre désir de transparence et crainte de surveillance, nul doute que les domaines destinataires de ces courriers risquent de balancer. « Nous ne sommes pas en guerre contre les viticulteurs, nous souhaitons partager l'espace en harmonie, sans heurts ni tension » rassure Fabrice Micouraud (administrateur de Générations Futures), qui dit ne réclamer qu'un droit à l'information tel qu'il est préconisé par une directive européenne (règlement n°1107/2009, article 31 4.b).

Ces demandes d'alerte devraient particulièrement se développer dans le vignoble bordelais, où l'attention des riverains a bondi suite à l'accident de Villeneuve-sur-Blaye en mai 2014 (des écoliers ont été intoxiqués suite à la pulvérisation de phyto malgré un fort vent). « Nous sommes favorables à ce genre d'échanges entre vignerons et riverains, afin qu'il mène à des compromis » explique Eva Mondini (ingénieur environnement au Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux), qui ajoute que « le bruit reste la première cause de nuisance. Il n'y a pas que la réglementation à respecter, il faut en plus avoir de la prévenance pour mieux vivre ensemble. »

C'est l'approche adoptée par Christophe Chety (château Mercier, 46 hectares en Côtes de Bourg), qui vient d'identifier la vingtaine de riverains jouxtant ses parcelles. Après leur avoir envoyé un courrier les prévenant des travaux qui auront lieu près de chez eux (traitements, mais aussi travaux du sol, vendanges...), il va désormais aller à leur rencontre pour les sensibiliser aux travaux viticoles et leur expliquer sa démarche auprès du voisinage. Traitant ses vignes en face par face, il explique ainsi « ne pas traiter le dernier rang contre les maisons, et l'avant-dernier rang n'est traité que côté parcelle. Le bord de parcelle sert alors de haie. » Sans oublier de rappeler aux tractoristes de couper les jets en bout de rang, dans les tournières.

Car les adaptations des travaux viticoles à la présence de riverains restent avant tout de simples mesures de bon sens. « Le tout c'est d'y penser » confirme Christophe Chety, « quand on part à la vigne on ne fait pas forcément attention à notre environnement, on est là pour faire le boulot. Avoir une sensibilisation en amont limite les risques. La mutualisation des bonnes solutions entre collègues permet de répondre aux problèmes que nous avons tous. » D'autres domaines bordelais ont spontanément adapté leurs chantiers de traitement à la proximité du voisinage (par exemple en ne traitant plus le dimanche). Et certains communiquent également leurs calendriers de traitement à leurs employés de bureau (à proximité des vignes).

Pour Fabrice Micouraud, cette lettre type n'est que la première étape dans la protection des riverains de domaines agricoles. L'association souhaite ainsi remettre sur la table la notion de périmètres de sécurité : « les enfants ne sont pas des personnes vulnérables qu'à l'école, il faudrait étendre les mesures autour des habitations ».

Actuellement, le CIVB envoie des cartographies parcellaires indiquant les zones sensibles à proximité (50 mètres). Dans le cadre du Système de Management Environnemental, Eva Mondini incite plus généralement les domaines à tenir des portes ouvertes pour échanger contacts et explications. Mais pour elle, « la première solution reste l'adoption de matériels de pulvérisation confinée ».

 

 

* : Se basant sur un rapport sénatorial de 2012 (préconisant la conversion à l'agriculture bio), Fabrice Micouraud cible particulièrement les domaines conventionnels. Une sélection qui risque de faire grincer des dents dans le vignoble. Lors de son discours à la dernière assemblée générale du CIVB (qu'il préside), Bernard Farges reconnaissait que les « pratiques doivent évoluer encore, c'est une évidence. Mais elles évolueront plus vite et plus profondément si les réponses apportées ne sont pas simplistes ou idéologiques. Par exemple, faire croire et défendre que la bio est le seul modèle capable de répondre aux enjeux environnementaux est une faute. »

 

 

[Photo : IRSTEA-ITAP]

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé