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« Pourquoi personne ne dit : heureusement que les investisseurs chinois sont là pour les châteaux de Bordeaux ? »
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Pour que les relations franco-chinoises et sino-françaises ne se résument pas au 怀疑...
« Pourquoi personne ne dit : heureusement que les investisseurs chinois sont là pour les châteaux de Bordeaux ? »

Par Alexandre Abellan Le 23 décembre 2014
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« Pourquoi personne ne dit : heureusement que les investisseurs chinois sont là pour les châteaux de Bordeaux ? »
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 On a dû dépasser les 100 châteaux bordelais achetés par un particulier ou un groupe chinois » avance la journaliste Laurence Lemaire. Si elle en décompte 98 dans la dernière édition* de son livre le Vin, le Rouge, la Chine (éditions Sirène Production), elle précise que « cela ne représente que 1,2 % des 7 400 domaines girondins, soit autant que les investissements belges. Il serait intéressant que chaque château mette le drapeau de ses investisseurs devant ses grilles, on verrait des pavillons anglais, japonais, scandinaves... » Revendiquant un travail d'artisan et non de partisan, elle ne fait pas de cette liste le cœur de son travail. Elle y voit plutôt un outil, pour que les relations franco-chinoises et sino-françaises ne se résument pas au 怀疑 (la méfiance), mais cèdent le pas au 关系 (le réseau). Se basant sur le témoignage de Sylvie Cazes (co-propriétaire du château Lynch-Bages), elle rappelle que « l'apport des étrangers à l'histoire du vignoble de Bordeaux est capital (les Anglais, les Irlandais, les Hollandais...). Sans ces gens là nous serions des benêts ! On ne sait pas encore ce que les Chinois vont nous apporter, mais au moins ils restaurent les pierres. Avec eux les châteaux ne se délabrent pas ! Et les terroirs comme les vignobles ne sont pas délocalisables... »

Elle répond ainsi à ceux qui (nombreux) se plaignent du rachat du patrimoine français par des capitaux asiatiques. Mais à l'entendre, son bon sens se heurte en France au « délit de sale gueule : le jaune aux cheveux noirs qui fait peur par groupe de vingt dans les rues de Saint-Emilion... Avec la guide tenant son drapeau ! » note pince-sans-rire Laurence Lemaire. Une peur qu'elle juge née de la vexation : « en 20 ans les Chinois ont accompli ce qui nous en a pris 100. Ils nous ont fait perdre la face et nous ne savons pas utiliser le moteur de ce pays émergent... » La situation n'étant pas à un paradoxe près, elle note également que « les investisseurs chinois préfèrent également rester dans l'ombre. En Chine, le consommateur veut que le vin de Bordeaux soit fait par un Bordelais, pas par son voisin ! »

 

 

* : publié depuis février 2014 (il existait depuis novembre 2013 au format numérique), l'ouvrage en est à sa sixième édition. Autre preuve du dynamisme de la Chine, la journaliste tient désormais une chronique hebdomadaire des actualités chinoises, passées au crible du vin et d'une approche plus personnelle (cliquer ici pour y accéder).

 

 

[Photo de Laurence Lemaire : Christian Couly]

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Tous les commentaires (1)
sovinat Le 26 décembre 2014 à 13:46:46
Il est permis de se demander si ceux qui écrivent que les Chinois restaurent les pierres y sont allé voir... Nous constatons le contraire à chaque visite dans de nombreux châteaux rachetés par des Chinois : seuls les bâtiments destinés à la vinification sont à peu près entretenus... les châteaux eux mêmes sont à l'abandon, non habités. Pour vous en convaincre allez donc voir le Ch. Jonqueyres à St Germain du Puch ... Il est exact que de nombreux étrangers Anglais, Hollandais, Belges, Américains etc...ont jusqu'ici beaucoup apporté au vignoble, et de tous temps. Ces étrangers se sont moulés dans le système Bordelais et n'y ont fait que du bien. Ils possèdent souvent de très grands crus bien gérés. Par contre les nouveaux acheteurs chinois qui ont choisi des petits crus non classés, et se contentent généralement de cultiver la vigne et de faire le vin, puis directement l'envoyer en Chine, à peine est-il fait, privant ainsi notre pays de tous les bénéfices commerciaux inhérents à sa viticulture. Avec les Chinois on a affaire à une nouvelle sorte de propriétaires, qui ne jouent pas le jeu habituel...Il s'agit plutôt d'un système qui s'apparente à une colonisation telle que l'ont pratiquée les Européens un peu partout au 19ème siècle et qui est maintenant stigmatisée. A juste titre. J Ch Estève
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