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Agroforesterie
Les impacts sur la vigne en termes de concurrence

Par Juliette Cassagnes Le 11 février 2014
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Les impacts sur la vigne en termes de concurrence
L
a Chambre d’agriculture de l’Hérault étudie les effets de plantations d’arbres sur des parcelles de vigne, en termes de concurrences pour l’eau, l’azote et la lumière. La concurrence azotée pourrait finalement être un facteur beaucoup plus limitant que la concurrence hydrique. Une distance de cinq mètres entre les rangées d’arbres et de vignes est donc préconisée, afin de préserver le comportement agronomique des vignes.

Planter des rangées d’arbres au milieu d’une parcelle de vigne peut présenter plusieurs intérêts : retarder la maturité, créer un ombrage, restructurer ses sols, etc. Mais quel impact peuvent-elles plus précisément avoir sur la concurrence hydrique, azotée, l’éclairement ou encore la croissance de la vigne ?

C’est pour tenter de répondre à ces questions que la Chambre d’agriculture de l’Hérault suit depuis 11 ans des parcelles dites "agroforestières", au sein d’un domaine viticole expérimental appartenant à l’Inra, dans l’Hérault : le domaine de Restinclières.

Une parcelle de vigne du domaine de Restinclières, plantée Une parcelle de vigne du domaine de Restinclières, plantée avec des cormiers : la présence d'arbres peut permettre de maintenir voire retarder la période de vendange dans un contexte de climat chaud et sec, ou encore de lutter contre l'érosion ou la déstructuration des sols viticoles (©Agroof)Des rangées d’arbres d'essences distinctes – dont des cormiers et des pins pignon – ont ainsi été plantées en 1996 sur plusieurs parcelles, en même temps que des vignes de cépages Syrah et Grenache. « Le fait de planter simultanément les deux plantes permet d’installer une concurrence dès le départ entre les deux », indique William Trambouze, chargé du projet à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Deux essais de densité de plantation ont été choisis : pour les plantations agroforestières dites « extensives », une rangée d’arbres remplace deux rangs de vigne, soit une distance de 3,75 mètres séparant le rang d’arbres de celui des vignes.

Pour les plantations agroforestières dites « intensives », la rangée d’arbres remplace un seul rang de vigne, soit un espace de 2,5 mètres séparant les deux espèces. « Dans ce cas, on a donc une cohabitation assez intime entre les deux plantes pérennes », poursuit le technicien. Les parcelles sont par ailleurs caractérisées par des sols superficiels caillouteux (calcaires marneux), pris sur d'anciennes garrigues. L’écartement inter-rangs des vignes est de 2,5 mètres et les arbres sont plantés à 15 mètres les uns des autres.

Deux densités de plantation ont été testées au domaine de RestinclièresDeux densités de plantation d'arbres ont été testées au domaine de Restinclières ; en temps "normal", il est plutôt conseillé d'installer des lignes d'arbres largement espacées entre les rangs de vigne, de choisir des essences aux feuillages légers pour tamiser la lumière, avec des systèmes racinaires profonds et pour lesquelles on peut adopter des techniques de taille (étêtage) permettant de réguler l'ombre. (©Ch Ag 34)

De 2000, année d’entrée en production des parcelles, à 2011, la Chambre d’agriculture a donc suivi et relevé différents indicateurs sur les vignes et les moûts issus des deux cépages, qu’ils ont comparé à des parcelles témoins de vigne sans arbres. Le premier d’entre eux est l’éclairement : « Malgré le faible développement des arbres, qui n’ont que 15 ans, l’effet d’ombrage est déjà perceptible », rapporte William Tambouze. Une concurrence existe surtout sur les plantations à haute densité, avec une interception lumineuse plus forte lorsque les rangs sont orientés est-ouest que nord-sud. Les plantations basse densité ne sont quant à elles pas affectées.

Concurrence pour l'eau et l'azote

Un autre indicateur suivi pendant 11 ans a été celui du niveau de production par souche : « En excluant le fait qu’on ait enlevé des rangs de vigne pour y mettre des arbres, l’effet est perceptible sur les rangs les plus proches des arbres, mais ce n’est pas une généralité », commente l’ingénieur. On a en effet une très forte variabilité intraparcellaire. Cet effet est par ailleurs plus fort sur les parcelles « intensives », pour lesquelles le poids de récolte sur les rangs les plus proches est de 9 à 31 % inférieure à celle des plus éloignés. Quant aux rangs plus éloignés des rangées d’arbres, l’effet est « moins net » : au-delà de quatre mètres, la concurrence se fait en effet moins sentir sur la production. Les poids des bois de taille ont également été mesurés, afin de vérifier l’impact sur la vigueur des vignes : « On obtient le même type de résultats, mais pas aussi tranchés, avec une concurrence essentiellement sur les rangs les plus proches des arbres, poursuit-il. L’essence a dans ce cas très peu d’impact ».

Concernant l’éventuelle compétition pour l’eau exercée par les arbres, précoce ou tardive, aucune concurrence hydrique n’a été observée, quelles que soient l’essence, la densité de plantation ou l’orientation des rangs. S’agissant de la concurrence azotée enfin, les résultats sont par contre plus mitigés : les mesures des teneurs en azote assimilable dans les moûts à la vendange indiquent une concurrence azotée, qui se fait surtout sentir en haute densité. Des différences, entre 8 % et 20 % selon les cas, sont par ailleurs relevées entre les rangs proches et éloignés des arbres.  « Cela signifie que la concurrence azotée pourrait être le premier facteur d’influence sur le comportement agronomique des vignes, commente William Trambouze. Ces résultats rejoignent ceux obtenus pour l’enherbement ».

« On a donc un impact sur la vigueur et la récolte pour les rangs voisins des arbres, mais qui, à partir de 4 mètres, devient limité, voire qui s’estompe à partir de 5 mètres, en conclut le conseiller. Les plantations haute densité doivent donc être évitées ». Pour les producteurs qui souhaitent monter un projet agroforestier, une plantation avec une distance de 5 mètres entre les arbres et les vignes devait donc être suffisante pour préserver le comportement agronomique des vignes, selon celui-ci. « Il manque par ailleurs des références en sols profonds, qui devraient, a priori, permettre des conditions moins restrictives donc plus favorables à cette pratique ».


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Tous les commentaires (1)
FERALIS Le 18 février 2017 à 11:48:56
Bonjour Entre rangs de vigne et arbres fruitiers quel espace vous semble le plus appropri?... notamment en travaillant avec le cheval de trait soit 1,10 m inter rangs... qui pour 4 000 pieds ha... donne 40 rangs pour 44 m d?gageant 56 m pour les fruitiers (amandiers, pruniers, oliviers...) A votre avis la meilleure plantation serait-elle de : - 40 rangs pour 1 fois 44 m avec 2 fois 28 m pour fruitiers (5 rangs). - 22 rangs pour 2 fois 22 m avec 3 fois 18 m pour fruitiers (3 rangs) - 11 rangs pour 4 fois 12 m avec 5 fois 12 m pour fruitiers (2 rangs) Etc... Merci pour vos renseignements afin que nous puissions ?tablir les plans g?n?raux...
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