nterpelés par les Jeunes Agriculteurs du Var (JA 83) et de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA83), les opérateurs et représentants des vins de Provence se sont réunis ce mardi 13 janvier à Brignoles (Var) et ont pu mettre en commun leurs constats sur le marché des vins rosés de Provence. Du côté de la viticulture domine l’incompréhension sur la baisse des cours, alors que la récolte 2025 est normale et que les stocks sont bas. Du côté du négoce on parle des difficultés liées à la déconsommation et la concurrence exacerbée sur les marchés français et export.
« Nous avons mis les constats sur la table » résume André Lanza, le président de la FDSEA83, indiquant que le prochain rendez-vous est fixé au mercredi 18 février pour avancer des solutions : « on parle de la valeur partagée et de la contractualisation pour avoir de la vision sur les exploitants, les coopératives et même les négociants » explique le viticulteur de Grimaud, qui appelle à des réponses concrètes alors que les cours du vin en vrac baisse, mais que le prix de vente des vins en bouteille augmente. « Comme les cours du vrac sont partis ce début de campagne, on sait que dans 2-3 mois on arrivera à des prix qui ne sont pas viables » alerte André Lanza, qui veut conforter la position du vin rosé de Provence, qui n’est pas « un vin de table », mais « un vin festif comme le champagne. On peut sortir notre épingle du jeu à condition que tout le monde joue le jeu. Il ne faut pas laisser les choses se faire comme elles partent. Il faut prendre notre destin en main. »
Ce 13 janvier, « les gens étaient là pour discuter. Ceux qui n’étaient pas là, on va aller les voir » résume Rémi Gautier, le président des JA83. Ce vendredi 15 janvier, une centaine de manifestants de la FDSEA 83 et des JA 83 se sont réunis à Bandol pour contrôler des étiquettes chez Auchan avant d’aller visiter un négociant qui n’était pas présent à la réunion du 13. « Il n’était pas venu, on a débarqué chez lui » résume Rémi Gautier, pour qui « quand toute la profession se réunit pour parler des difficultés et que l’on utilise le mot Provence, il faut être là. On ne va pas laisser crever nos AOC qui font notre rémunération. » Quitte à répéter ces visites dans les prochains jours.
« Ça va se remettre en place sur d’autres négociants qui ne jouent pas le jeu et qui cherchent bien loin des vins pour tirer les prix par le bas » esquisse André Lanza, qui souligne que les réunions entre opérateurs ne sont pas faites pour « taper sur l’un ou sur l’autre », mais pour constater le mal-être croissant : « des exploitations n’arrivent pas à vivre et sont en train de déposer le bilan ». Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Provence (CIVP), Éric Pastorino relève des témoignages pertinents et poignants de jeunes viticulteurs lors de la réunion du 13 janvier : « ils ont pu dire qu’ils s’engagent et qu’ils y croient. Ils sont pleins de convictions, mais ils doivent pouvoir en vivre et sont prêts à se défendre. Cela nous impose de réfléchir et de préparer l’avenir. »
À même de tenir ces discussions entre l’amont et l’aval de la filière vin, l’interprofession se saisit du dossier du partage de la valeur ajoutée et de la contractualisation en créant un groupe de travail dédié. « Nous avons créé un comité de pilotage et de réflexion de 8 personnes au sein de l’interprofession pour travailler sur tous les sujets, dont les prix d’orientation ouverts par le paquet vin, le partage de la valeur, la contractualisation, la gouvernance… » explique Éric Pastorino qui explique avoir « voulu mettre des jalons. On sent beaucoup d’incertitudes sur le terrain. Même si la Provence va bien par rapport à d’autres, on veut éviter la spirale à la baisse connue par dans les vignobles qui ont mal. Ce n’est pas facile, mais faut garder le cap. La Provence a un avenir et il y aura un avenir. Il faut savoir s’écouter et s’entendre. » Si le ton est parfois monté, les débats sont restés constructifs ce 13 janvier : rendez-vous est pris pour le 18 février.



