eprésentant 2400 des 20 000 ha du seul vignoble des côtes de Provence, le Rolle « est le cépage le plus largement planté au sein de nos AOC, utilisé à moitié entre blancs et rosés », pose le directeur du syndicat côtes de Provence Nicolas Garcia. S’il jouit d’une popularité incontestable dans le vignoble trois AOC de Provence (Côtes de Provence, Coteaux d’Aix en Provence et Coteaux Varois en Provence), ce cépage descendant de la Malvoisie y présente néanmoins une trop forte mortalité, « avec des parcelles jeunes avec un taux de mortalité annuel déjà fort à très fort, et toutes les parcelles à plus de 15 % de manquants passée la 20ème année », souligne la technicienne du syndicat Côtes de Provence Isaure Sellier. Elle indique même une durée de vie moyenne de 25 ans avant l’arrachage de ce cépage dans la région.
Le syndicat entre donc dans la 2ème année d’une étude visant à déterminer les causes exactes de mortalité trop importante du cépage. « Perte d’un courson, puis d’un bras, puis d’un cep entier… la mortalité des charpentes figure en symptôme le plus rapporté et observé dans notre vignoble », acte Isaure Sellier, « en même temps qu’une baisse de rendement dans le temps ». Entre taille, viroses et matériel végétal, les origines possibles de ces symptômes peuvent être diverses et multifactorielles. Etablie sur 45 parcelles suivies (vignes de 10 à 30 ans) dans 31 exploitations des AOP de Provence, la première année de l’étude menée par Isaure Sellier a permis de confirmer que « les viroses sont très présentes sur Rolle, malgré une faible expression des symptômes, en particulier sur le court-noué où un simple test ELISA à 15€ permet de confirmer la contamination », acte la technicienne.
Sur la zone des 3 AOC de la fédération, elle avance que 50% des parcelles présentes au moins 1 cep positif au test du court-noué, montant même à 60% sur la seule zone des côtes de Provence. « Dépérissants ou non, nous arrivons dans nos observations à un tiers des ceps de Rolle contaminés par le court-noué, une présence largement sous-estimée en Provence », regrette la technicienne. Les parcelles présentant le plus forts taux de mortalité coïncident avec celles qui sont le plus contaminées au court-noué, « mais avant cette mort des ceps, la baisse de rendement est un indicateur, alors que les symptômes foliaires peuvent ne pas être détectés. Le test ELISA lève les doutes », ajoute Isaure Sellier.
Également très présent sur Rolle, en France comme en Italie, le GPGV est symptomatique à très symptomatique pour 5% des pieds observés dans l’étude, provoquant alors jusqu’à 50% de rendement en moins. « Pour autant, la recherche n’a encore établi aucun lien entre la présence du GPGV et la mortalité des pieds », valide la technicienne. La présence d’ESCA, enfin, est relevée « sur 80% des parcelles, mais à hauteur de 2% en moyenne, dont 0,4% de formes sévères. Le Rolle exprime peu les symptômes de l’ESCA, sans signifier qu’il n’y en a pas ! », rappelle-t-elle en ajoutant la sensibilité du Rolle au dessèchement.
Dans l’étude menée par la fédération des AOC de Provence, 2026 sera marquée par un focus sur l’impact du mode de taille. « Le Rolle est également sensible à la surcharge. L’hétérogénéité du débourrement et la vigueur des coursons les plus hauts ouvrent au projet d’intégrer la taille longue dans le cahier des charges, même si ça ne limitera pas l’ESCA. ! », rappelle Isaure Sellier. La conduite en Guyot, qui serait pratiquée en Sardaigne sur le cépage est à réfléchir, tout autant que la taille tardive sur les parcelles très touchées par le court-noué. Au centre des problématiques, le Rolle n’en perd pas pour autant d’intérêt dans le vignoble provençal.
Concernant les leviers liés à la taille du Rolle, la consultante des maîtres tailleurs Simonit & Sirch Carole Dumont en connaît un rayon. Elle rappelle donc que l’ESCA, champignon saprophyte, ne se nourrit que de bois sec, « il faut donc limiter la production de ce bois sec, produit par la plante pour se protéger des agressions, en favorisant la ramification et la formation de bois ‘vivant’ chaque année ». Elle recommande donc de laisser de la vigueur à ce cépage, « en démarrant dès la préparation du sol, l’amendement, le choix des plants et porte-greffes, la qualité de plantation… », sans forcément laisser le nombre maximal de coursons autorisés par le décret, et souligne la nécessité « d’une montée en charge progressive de la plante au cours de sa croissance, c’est fondamental pour ne pas l’épuiser et la laisser développer du bois qui ne dessèche pas ». Elle ajoute que pour mener la taille guyot sur ce cépage, plusieurs passages d’ébourgeonnage sont alors incontournables.




