eproche amer pour demande ferme ce 15 décembre à l’occasion de l’assemblée générale du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) : « malgré des courriers adressés par l'ensemble de la viticulture, par de nombreux parlementaires girondins, entre autres, à madame la ministre de l'Agriculture [Annie Genevard], le décret rendant possible les Organisations de Producteurs (OP) n'est toujours pas signé » lance dans son discours Bernard Farges, le président du CIVB, demandant au représentant de la préfecture « de bien vouloir porter à nouveau cette demande qui, rappelons-le ne coûte rien au budget de l'État ». Lors d’un point presse, Bernard Farges marque son impatience : les OP sont un « un vieux sujet et un serpent de mer qui nage dans la viticulture depuis 2012-2013 (date à laquelle la viticulture a été l’une des seules filières agricoles de France à ne pas être concernée par les OP). C’est une demande récurrente à l’ensemble de la viticulture ». Et malgré les courriers adressés aux ministres qui se suivent, « nous n'avons toujours pas la signature de ce décret qui est demandé par 95 % de la viticulture ».
VIF débat
Le sujet étant une source d’opposition des Vignerons Indépendants de France, qui craignent que les OP puissent devenir les bénéficiaires uniques ou privilégiés des aides européennes à l’avenir. « Ce qui les inquiète, à juste raison, n’est pas un sujet » répond Bernard Farges, pour qui l’idée que « les OP soient les seules structures qui pourraient bénéficier des aides européennes n’est pas du tout l'objet, n'est absolument pas le besoin et ce serait contre-productif. C'est facilement réglable. À condition qu'on veuille bien y travailler et à condition que la ministre veuille bien nous inviter à ajuster ce dernier point pour aboutir à ce décret. » Directeur du CIVB, Fabien Bova ajoute que la seule filière agricole où les OP touchent les aides communautaires est le secteur des fruits et légumes, ce qui est pour lui un « cas particulier » qui n’a rien à voir avec l’Organisation Commune du Marché vitivinicole (OCM vin).
Autre source d’impatience pour le CIVB : l’absence d’avancée sur son projet d’évolution de la loi Egalim, travaillée avec Inter Rhône, mais n’étant toujours pas à l’ordre du jour parlementaire ou gouvernemental. « On compte bien arriver à inscrire dans la loi Egalim des dispositifs qui nous permettent enfin de sécuriser le revenu des viticulteurs » avance Bernard Farges en point presse. Sachant qu’« il y a le revenu de la viticulture, mais aussi le revenu du metteur en marché et de la distribution. C'est une approche globale et collective » pointe Philippe Tapie, le président de la Fédération des Négociants de Bordeaux et de Libourne. « La proposition que l'on porte est un contrat de filière, sur le premier contrat et ensuite les relations commerciales avec la distribution » confirme Bernard Farges, souhaitant « garantir la sécurisation du métier et du revenu des entreprises, qu'elles soient du négoce comme de la viticulture ».
Sachant qu’il y a urgence à redonner de la valeur aux cours du vin (en vrac et bouteille*). « Des prix indécents sont pratiqués chez nous depuis bien trop longtemps, c'est le fruit de règles commerciales permettant chaque jour à la grande distribution de détruire un peu plus notre économie » déclare Bernard Farges dans son discours, pointant « un véritable tournant, parce que les textes européens ouvrent enfin la voie à de vraies partages, de vraies discussions entre les familles dans les interprofessions, sur la base d'indicateurs de coûts. » Dans l’Organisation Commune du Marché vitivinicole (OCM vin), le CIVB croit dans l’intérêt de l’article 172 ter ouvrant un prix recommandé pour les vins AOP et IGP (après extension du dispositif actuellement limité aux raisins), mais pas dans le potentiel de l’article 210 bis permettant la communication d’un prix d’orientation pour les vins certifiés bio et HVE (actuellement déployé sur 6 cépages Pays d’Oc IGP et en Côtes-du-Rhône rouge).
« À Bordeaux, nous avons souhaité ne pas aller sur ce dispositif-là » précise Bernard Farges, évoquant des structurations commerciales différentes et la limitation sur le marché d’une simple orientation de prix. Le viticulteur ayant le souvenir du courrier du CIVB début 2024 pour s’opposer aux tonneaux à moins de 1 000 € qui « a eu peu d’effet, comme toujours quand on est seulement dans l’orientation ». Vice-président de la commission économie du CIVB, le viticulteur Stéphane Héraud ajoute que « même si la production a porté fort ce sujet-là, en discutant avec les négoces, on a vu effectivement que c'était simplement une proposition […] donc on a préféré se dire qu'on ne perd pas de temps à travailler sur ce sujet-là, par contre on travaille Egalim et un accord de filière. » Coprésident de la commission économie pour le négoce, le négociant Jean-Raymond Clarenc pose que « sur les accords de durabilité, on a l'impression de perdre notre temps, puisque l'essentiel c'est d'aller sur la loi Egalim le plus vite possible. Parce que la première chose que l'on doit faire c'est de protéger la rémunération des vignerons. Et seule la loi Egalim pourra le faire. Les accords de durabilité, ce sont des intentions de valorisation, mais ce n'est pas applicable en l'état [donc la priorité] c'est d'aller le plus vite possible sur le 172 ter. » Comme le résume Bernard Farges, « nous nous sommes plus projetés, avec l'accord des deux familles, sur les travaux à donner sur le 172 ter et Egalim ».
* : Le CIVB veut créer un prix de sortie filière, soit cours des vente de vins bordelais en bouteille (le projet doit être validé durant l’AG d’avril 2026).



