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La crise viticole pas aidée : "l’absence de budget va retarder et décaler le soutien qu’attendent les vignerons" prévient Annie Genevard
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Du plan dans l'aile
La crise viticole pas aidée : "l’absence de budget va retarder et décaler le soutien qu’attendent les vignerons" prévient Annie Genevard

Tirant dans cet entretien le bilan des avancées et difficultés de ses récentes annonces d’aide à la filière vin, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, défend la mobilisation du gouvernement et met la balle des mises en œuvre attendues dans le camp des instances européennes et des parlementaires français pour l’arrachage, de la Commission européenne pour la distillation sur fonds communautaires, d’un projet de loi de finances pour améliorer les prêts de restructurations des encours, de l’unanimité des instances viticoles pour avancer sur les Organisations de Producteurs ou l’arrachage spécifique à Cognac… Des sujets à boucler rapidement pour rassurer la filière et assurer son rebond en 2026.
Par Alexandre Abellan Le 30 décembre 2025
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La crise viticole pas aidée :
« Les syndicats sont comme moi. Ils veulent que l’arrachage démarre le plus vite possible » indique Annie Genevard. - crédit photo : Cédric Faimali/France Agricole
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ans le contexte d’une crise agricole croissante, entre Dermatose et Mercosur, les vignerons rejoignent les mobilisations de cet hiver pour manifester leur impatience et leur déception face au sous-dimensionnement du plan d’aide à la filière vin que vous avez annoncé au salon SiteviEntendez-vous cette colère montante ?

Annie Genevard : Les très grandes difficultés des viticulteurs, je les mesure depuis le premier jour de mon arrivée au ministère. À chacun de mes nombreux déplacements dans les terres viticoles, en Occitanie, à Bordeaux ou dans la vallée du Rhône plus récemment, j’ai entendu l’inquiétude de beaucoup de vignerons éreintés par la succession d’accidents climatiques et un marché atone. Plus que de la colère, c’est surtout le découragement que j’ai vu dans les yeux de jeunes vignerons et qui m’a serré le cœur. C’est pour faire renaître l’espoir dans les nombreux vignobles qui souffrent d’un manque de perspectives depuis des années que je me suis battue pour apporter les réponses les plus rapides et les plus adaptées aux demandes de la filière sous la forme d’un plan de sortie de crise cohérent, articulé autour de plusieurs mesures.

J’ai reçu tous les acteurs du secteur à plusieurs reprises au cours des derniers mois et lors de notre rendez-vous de bilan de vendanges le 6 novembre, la profession m’a demandé un soutien exceptionnel de 200 millions d’euros. Avec l’arrachage, la mobilisation espérée de la réserve de crise, les allègements de charges sociales et la dépense budgétaire liée à la garantie des prêts de consolidation, je vous laisse faire le calcul mais cela correspond au montant attendu par les professionnels. La crise de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) et les grands enjeux nombreux qui se négocient à Bruxelles ne me font pas oublier l’urgence viticole.

Nous travaillons sans relâche avec la profession pour caler les modalités d’application des mesures d’aides annoncées dans le cadre du plan de sortie de crise afin de répondre aux besoins avec le maximum d’efficacité, car au-delà des montants mon souci est comment résoudre enfin cette crise. Évidemment l’absence de budget, que je regrette au plus haut point, va retarder sa mise en œuvre et décaler d’autant le soutien qu’attendent les vignerons.

 

Les 130 millions € annoncés par la France pour financer l’aide à l’arrachage définitif de 4 000 €/ha sont-ils actés pour permettre une campagne en une seule phase en 2026 ? Il existe une confusion sur un séquençage budgétaire de 60 et 70 millions € : qu’en est-il ?

Il n’y a aucune ambiguïté. Je vous confirme comme je l’ai annoncé à la filière viticole lors de l’inauguration du Sitevi que le gouvernement a décidé de consacrer une enveloppe de 130 millions de crédits nationaux à l’arrachage afin de poursuivre l’adaptation du potentiel viticole à un marché intérieur marqué par la déconsommation de vin, rouge notamment et aux difficultés d’exportation dans un contexte de vives tensions commerciales. Cet engagement sera tenu.

 

Les syndicats agricoles ont posé un ultimatum pour que l’arrachage soit ouvert avant le salon de l’Agricultureouvrant le 21 février 2026, est-ce tenable ? Et possible réglementairement alors qu’il faut la publication des actes délégués du paquet vin par la Commission ?

Les syndicats sont comme moi. Ils veulent que l’arrachage démarre le plus vite possible. Il faut que cela commence aussi vite que Bruxelles l’autorisera, ce qui suppose l’adoption préalable du Paquet vin [NDLR : des votes doivent se tenir au Conseil et au Parlement européens] et que la France se soit dotée d’un budget. Nous n’avons pas levé pour autant le stylo et nous travaillons en avance de phase pour que tous les paramètres soient calés avec la filière pour être prêts à démarrer à la première minute possible. Il importera d'être à la fois le plus efficace possible, tout en répondant à certaines inquiétudes émanant de certains territoires notamment sur l'avenir de ces vignes arrachées, ce qui suppose d'avoir une vision stratégique territoriale.

 

Avez-vous notifié officiellement à la Commission européenne la demande de distillation pour les vins français sur les fonds de la réserve de crise ? Avez-vous une réponse ? La filière demande 80 millions €, mais on entend parler d’une enveloppe possible de 40 millions € : qu’en est-il ?

La profession a sollicité la mise en place d’une distillation de crise exceptionnelle pour évacuer les surstocks anciens qui pèsent sur la santé des vignerons et des coopératives. La Commission ayant refusé de financer une mesure structurelle d’arrachage en mobilisant la réserve de crise conçue pour faire face à des difficultés conjoncturelles, la France, à mon initiative, a sollicité le déblocage des fonds européens de crise pour le financement de cette distillation.

N’oublions pas que nous sommes 27 États Membres, que l’agriculture souffre malheureusement dans de nombreux territoires européens et dans de nombreuses filières et que l’enveloppe annuelle de cette réserve est de 450 millions d’euros. 40 millions €, c’est le montant que la Commission a octroyé à la France en 2023 pour aider au financement de la précédente distillation, suite à la demande de mon prédécesseur [NDLR : Marc Fesneau, l’été 2023].

Notre demande fait l’objet d’échanges avec la Commission sur certains points techniques et j’espère que nous aurons vite une réponse favorable.

 

Cognac demande à la France de solliciter un soutien spécifique pour l’arrachage de 3 500 ha en compensation à la fermeture chinoise de son marché en rétorsion aux taxes européennes sur les voitures électriques. Que leur répondez-vous ? Ils estiment être oubliés alors qu’ils se sont démenés pour négocier des accords de prix en Chine et un système de Volume Complémentaire Cognac Individuel (VCCI).

Je ne crois pas que le cognac puisse un instant penser qu’il est oublié par le gouvernement. Ils savent l’énergie qui a été dépensée par l’État, aux plus hauts niveaux de responsabilité, pour desserrer l’étau dont les menaçait la Chine. Il y a quinze jours à peine, j’accompagnais le Président de la République à Pékin où je puis vous assurer que le Cognac était bien présent au menu des discussions diplomatiques. J’entends que l’interprofession de Cognac demande à pouvoir bénéficier des mesures de réduction de potentiel et je le comprends. La répartition de l’effort doit être discutée avec la profession, dans l’équilibre des besoins de chaque bassin de production.

 

Début janvier sont attendus les nouveaux prêts de restructuration des encours bancaires pour les caves particulières et désormais coopératives. Quel est le calendrier de mise œuvre prévu et sur quels nouveaux critères ? Quel est le bilan de l’année écoulée pour ce dispositif d’aide aux trésoreries ?

Nous avons besoin d'une disposition législative en loi de finances pour pouvoir prolonger en 2026 le dispositif de garantie de prêts, ainsi que pour l'étendre aux coopératives. Nous discutons en parallèle avec les représentants de la profession et le réseau bancaire pour adapter les critères et les plafonds pour que le dispositif atteigne bien sa cible. En 2025, la Banque Publique d’Investissements (BPI) a garanti des prêts à hauteur de 140 millions d’euros d’encours.

 

Le vignoble bout actuellement de demandes de juste rémunération de son travail, avec des projets d’évolution réglementaire d’Egalim ou d’autorisation par décret de création d’Organisations de Producteurs (OP). Allez-vous vous saisir de ces dispositifs en 2026 ?

Les demandes du secteur viticole sont bien entendu intégrées aux réflexions sur l’évolution d’Egalim. Le calendrier des travaux n’est pas encore fixé à l’agenda gouvernemental. S’agissant des Organisations de Producteurs, je suis ouverte à la préparation d’un décret pour autant que la profession en approuve collectivement les termes. [NDLA : les Vignerons Indépendants s’y opposant actuellement]

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Tous les commentaires (9)
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bill et boule Le 06 janvier 2026 à 09:54:27
Meme les plus moderes d entre nous ont ecoute avec attention le compte rendu desabuse de reunion avec M Lecornu hier lundi 5 au soir par coordination rurale .Et on peut parier gros et szns risque que ce sera le meme son de cloche ce soir et cette fois apres la reunion avec la confederztiin paysanne .Sommes face a un executif a bout de souffle continuant a faire cavalier seul sans meme ecouter le legislatif notamment le Senat. Suicidaire pour lui meme et dangereux pour nous tous. Lecornu doit bouger en relancant les pge bpi a bercy et signer rapidement quelques grands accords avec l export. Vite.
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NSTI34 Le 06 janvier 2026 à 09:08:59
Encore une fois, on nous parle de plans, de promesses et de discussions? mais sur le terrain, rien ne vient. L'absence de budget sert surtout à repousser encore des mesures que les vignerons attendent depuis trop longtemps. On en a ras-le-bol des annonces. La viticulture ? comme l'agriculture en général ? ne veut pas vivre des aides, elle veut vivre de sa production, avec des marchés régulés et des prix qui permettent de payer le travail. S'il doit y avoir des soutiens publics, qu'ils soient utiles, ciblés et contrôlés : régulation des marchés, structuration de filières collectives, recherche appliquée et financements réellement fléchés. Aujourd'hui, trop de discours, trop peu d'actes. Les trésoreries sont à bout, et continuer à promettre sans agir, c'est juste perdre encore du temps et des exploitations.
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Renaud Le 06 janvier 2026 à 08:56:52
« ?. Je suis ouverte à la préparation d'un décret pour autant que la profession approuve collectivement les termes. ». Voilà bien de la langue de bois, de la mauvaise foi ou pire. Où est le sens politique de la ministre,si elle doit attendre un accord unanime ? Aujourd'hui le projet de décret est écrit depuis presque 2 ans. Et son blocage se fait sous l'excuse de l'opposition d'une minorité. Opposition qui a reçu l'assurance que TOUTES leurs craintes seraient levées dans les termes du décret. Je comprend que la culture du consensus ne soit pas de mise au parlement quand l'ancienne députée du Doubs n'est pas capable d'entendre une forte majorité unanime.
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bill et boule Le 01 janvier 2026 à 18:03:20
le rapport d information fait au nom de la commission des affaires economiques sur la filiere viticole par mm laurent czbanel et pla apelle mme genevard , depuis le 28 octobre , a tenir rapidement des zsises de la viticulture afin d aboutir a des compromis mutuels .Faire intervenir davantage l aval dans la production , et ce en echange de l engagement formel et controle de developper sans attendre les leviers existants de SECURISATION DU REVENU de l amont. Pourquoi mme Genevard continue t elle a ignorer ce rapport senatorial est un mystere ...et cette ignorance ou ce deni ne sont pas de bon augure pour cet hiver 2026.
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Ali Le 31 décembre 2025 à 08:59:26
Entièrement d'accord avec nsti34, n'attendez rien de l'état au vu de ses résultats depuis 40 voire 50 ans, l'état est le plus mauvais des gestionnaires ,c'est à chaque entreprise de se débrouiller avec ses propres problèmes pour trouver des solutions viables,et puis top ou tard la France s'écroulera ,un pays qui ne tient plus ses comptes en piquant plus de la moitié des richesses créées est un pays aux aboies ,il nous faut très vite un Milei français ou européen faute de quoi nous sombrerons dans la technoadministration toujours plus chaque jours et qui fera tout couler
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bill et boule Le 31 décembre 2025 à 02:41:31
pge bpi covid 19 en 20 21 = 144 milliards ? pge bpi genevard 25 = 140 millions ? le rapport est de 1000 a 1 ! mille a un ! la fbf et ses adherents ont beau dire : ils n ont quasiment pas bouge sur le sujet en 2025 ... Et encore , ce simulacre a servi de diversion ...car les engagelents bancaires sur l agri et sur la viti en particulier semblent avoir baisse .Le niveau de leurs engagements ...tant les autorisations de decouvert , les lignes d escompte et les warrants sur stocks se sont effondres .Me Genevard se fait possiblement ballader et il devient urgent de connaitre les vrais chiffres fbf sur ce sujet hautement politique. Les mandataires en temoignent : le lachage est generalise. Foncier et stocks ne valent plus grand chose et ce desengagement bancaire ne fait qu accelerer le phenomene . L agricole n a plus de credit , la populaire ne l est pas , l epargne n a plus de caisse et la generale n est pas sociale :*( Quant aux operateurs de niche comme themis fiducial ou encore delubac , ils sont satures de demandes de prets que les grandes ont refuse de satisfaire . Il y a donc probleme et notre ministre continue helas a ne pas l identifier comme une priorite. Tragique aveuglement , avec impact 26 potentiellement cata sur toute la filiere :*(
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André Le 30 décembre 2025 à 13:31:36
Sans aucun échappatoire 130 millions pour aider nos vignerons à mourir dignement dans la misère. C'est l'équivalent de quelques mois de salaire de notre footballeur préféré. Dans quel monde vit on ?
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NSTI34 Le 30 décembre 2025 à 07:48:59
Tout ça n'est que du verbiage politique. Des « je mesure », des « je me bats », des « j'espère », des « nous travaillons »? pendant que les trésoreries crèvent et que les exploitations disparaissent. Aucune vision claire, aucun calendrier tenu, aucune assomption politique. Quand il n'y a pas de budget, pas d'arbitrage européen, pas d'accord à 27, on empile des mots pour masquer l'inaction. Ce serait plus honnête de dire clairement : ? il n'y a pas de solution rapide, ? l'État n'a plus les moyens, ? et la filière est laissée seule face à un marché cassé. À force de promettre « l'espoir » sans résultats concrets, ce n'est plus de la communication, c'est du déni. Les vignerons n'attendent plus des discours, ils attendent des actes. Et surtout, de la vérité.
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augustin Le 30 décembre 2025 à 07:37:14
Le bilan des actions concretes mises en place par mme Genevard depuis un an est tres moyen selon beaucoup .Et certainement pas a la hauteur des defis auxquels la filiere est confrontee depuis la fin de la crise sanitaire liee au covid 19 .On remarquera le maintien d une pensee unique mortifere , axee sur la double destruction des vignes par arrachage et des stocks par distillation . Trois vignerons senateurs ont publie un rapport remarquable fin octobre 2025 preconisant 23 mesures et surtout des assises vitis 2026. MMe Genevard semble vouloir continuer a l ignorer , ce qui est surprenant pour un executif se pretendant tres volontaire quant au dialogue avec les 2 chambres . Les procedures collectives accelerent en nombre et en gravite ...et le chiffre cumule au plan national de seulement 140 millions octroyes par les 4 reseaux bancaires en un an , provenant semble t il des 2 nouveaux pge bpi , est d un montant insuffisant. Quand la montagne accouche d une souris , la campagne ne sourit plus . Wine Paris debut 26 consacrera la deferlante promotionnelle de nos collegues , que ce soit nos voisins immediats ...ou nos concurrents de l hemisphere Sud . France viti pleure ses anciens marches a l export d une autre vie , y tente un come back peu probable ...alors meme que toutes ses forces devraient aller vers la conquete des nouveaux consommateurs , a commencer par ceux de l Amerique latine et de l Inde. On contiue a discuter de la couleur des transats sur le pont promenade ... alors qu il faudrait deja etre en train de ramer dans les chaloupes de sauvetage .Il y a comme un decalage. Et le pretexte du defaut d approbation plf 26 est un peu court ! Le malaise va perdurer voire se repandre chez tous les operateurs , viticulteurs , negociants , cavistes sommeliers et importateurs , tant les stocks sont importants et la demande a l arret. Vivement les assises 26 et un plan global inspire du terrain !
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