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Le roulage des couverts peut dans certaines vignes faire plus de mal que de bien
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Entretien des sols
Le roulage des couverts peut dans certaines vignes faire plus de mal que de bien

Le roulage ne peut pas toujours être l’unique mode de destruction des couverts temporaires. Lorsque les réserves en eau sont faibles, mieux vaut broyer et enfouir la végétation pour ne pas pénaliser la vigne.
Par Frédérique Ehrhard Le 24 janvier 2023
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 Le roulage des couverts peut dans certaines vignes faire plus de mal que de bien
Démonstration de roulage organisée par le Civambio66, le 29 mars 2022.Le roulage des couverts peut accroître la contrainte hydrique dans certaines situations - crédit photo : Civambio66
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 Le roulage n'est pas toujours la meilleure solution pour détruire un couvert, constate Nicolas Dubreil, conseiller au Civam bio des Pyrénées-Orientales et animateur du GIEE Les couvreurs de vigne. Même couché au sol, celui-ci peut continuer à pomper de l'eau et de l'azote si ses tiges ne sont pas bien cassées. Il continue alors à concurrencer la vigne, ce qui peut contrarier sa nutrition quand la contrainte hydrique est forte. »

Le roulage peut accroître la sécheresse du sol

En 2022, cet agronome a comparé la destruction d’un couvert soit par roulage, soit par broyage et enfouissement, dans trois parcelles – deux en plaine dont une irriguée, et une en coteau. « C'est le roulage qui améliore le mieux la biomasse microbienne du sol dans les trois situations », observe-t-il. Mais dans la parcelle peu productive en coteau, cette intervention a également accru la sécheresse du sol. « Cela a réduit l'azote disponible pour la vigne, malgré la présence d'une majorité de légumineuses dans le couvert, détaille-t-il. En fin de saison, la différence avec le broyage était encore visible : il y avait moins d’azote dans les moûts. »

Dans les parcelles plus profondes, au contraire, la légère concurrence qui persiste après le roulage peut aider à contenir la vigueur de la vigne. « Tout dépend des objectifs : si on veut remonter la vigueur, mieux vaut choisir le broyage et l'enfouissement, pour profiter à plein de l'effet engrais vert, conseille Nicolas Dubreil. En revanche, si l'objectif premier est d'améliorer la structure du sol et de le protéger des fortes températures, le roulage est bien adapté, à condition de le maîtriser. »

Attention au choix des espèces

Pour y parvenir, mieux vaut choisir un rouleau efficace, bien sûr, mais surtout des espèces adaptées. Parmi les céréales, le seigle et le triticale se prêtent mieux au roulage que le blé et l’orge car ils montent plus vite et leurs tiges plient plus facilement. « Avec les céréales, il faut attendre que les tiges soient lignifiées pour que le roulage soit efficace, une contrainte qui conditionne la date de destruction », souligne Benoît Bazerolle, de la chambre d'agriculture de Côte-d'Or.

Jacques Rousseau, responsable des services viticoles à l'ICV, dresse le même constat. Pour autant, il ne déconseille pas les céréales. En effet, leur chevelu racinaire dense structure bien le sol et leur paille fournit un mulch qui se dégrade progressivement. « Mieux vaut choisir les espèces en fonction des objectifs agronomiques, puis adapter le mode et la date de destruction en cas de sécheresse. »

Le roulage fonctionne mieux quand le couvert est haut et dense

Jacques Rousseau observe que le roulage fonctionne mieux quand le couvert est dense et que sa hauteur est supérieure à 60 ou 70 cm. « Un couvert d'avoine clairsemé, par exemple, se relèvera facilement après le passage du rouleau, indique-t-il. Dans ce cas, mieux vaut le broyer. »

Chez les légumineuses, « la vesce est à éviter car elle se relève facilement quel que soit son stade », indique Nicolas Dubreil. « C'est aussi le cas du pois, car interrompre sa croissance nécessite plusieurs roulages », ajoute Benoît Bazerolle. En revanche, la féverole et la phacélie conviennent très bien car leurs tiges creuses cassent facilement.

Adapter l'itinéraire à la parcelle

Afin d'optimiser les résultats avec les couverts, il peut s'avérer nécessaire de différencier les itinéraires en fonction des parcelles. « Les sols et les contraintes hydriques ne sont pas les mêmes en haut et en bas de coteau, par exemple, observe Benoît Bazerolle. Alors qu'on pourra rouler dans le bas des coteaux, il vaudra mieux broyer dans le haut, surtout les années sèches, afin de ne pas pénaliser la vigueur. »

Associer deux couverts et deux modes de destruction dans une même parcelle est également envisageable de manière à concilier plusieurs objectifs. « On peut semer un rang sur deux un mélange diversifié à enfouir tôt, pour bénéficier d'un effet engrais vert, suggère Nicolas Dubreil, en alternance avec un mélange plus simple adapté au roulage tardif, afin d'obtenir un bon mulch tout en préservant la portance. » À partir de là, il suffit d'inverser l'année suivante pour améliorer le sol de façon homogène au fil du temps, sans s'enfermer dans une seule méthode. « Le roulage et le travail du sol ont leurs avantages et leurs contraintes », note Nicolas Dubreil. En jouant sur les deux, on s'adapte mieux à chaque situation.

 

Un fort impact sur la vigne

De 2020 à 2022, Léo Garcia, de l'Institut Agro, à Montpellier, dans l'Hérault, a comparé trois modes de destruction de couverts associant légumineuses, céréales et crucifères : le gyrobroyage, le roulage au rolofaca et le travail du sol avec un outil à dents. Cet enseignant-chercheur est intervenu soit en sortie d'hiver, soit au débourrement. « Parmi ces six modalités, c'est le roulage tardif qui améliore le plus la biomasse microbienne du sol », observe-t-il. Mais c’est aussi dans ce cas que le stress hydrique est le plus élevé pour la vigne et qu’elle contient le moins d’azote dans les moûts. Avec le travail du sol, le stress hydrique est moindre, il y a donc plus d'azote dans le sol et dans les moûts, quelle que soit la date d’intervention. En 2022, le nombre de grappes et le rendement ont également été plus élevés avec le travail du sol précoce qu'avec le roulage. « En 2021, le roulage n'a pas bien fonctionné, avec des couverts peu abondants où seules les céréales avaient bien levé, précise Léo Garcia. Cela a réduit la vigueur des bois et entamé le potentiel de l'année suivante. » Afin d'éviter de tels déboires, il conseille de raisonner le mode de destruction chaque année en fonction de la situation.

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