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Une Cuma réalise en un seul passage la taille mécanique des vignes et la repasse manuelle
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Sud-Ouest
Une Cuma réalise en un seul passage la taille mécanique des vignes et la repasse manuelle

Dans le Sud-Ouest, une Cuma s’est équipée pour faire en un seul passage la taille mécanique et la repasse manuelle. Objectif : diviser par deux, voire trois, la durée de ces chantiers.
Par Grégory Pasquier Le 19 janvier 2023
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 Une Cuma réalise en un seul passage la taille mécanique des vignes et la repasse manuelle
Benjamin Mast (dans le tracteur), Roman Carayon et Jean-Claude Berthet (de gauche à droite dans la remorque) au travail dans les vignes du GAEC de Borio Blanc le 4 janvier. - crédit photo : Grégory Pasquier
C

e mercredi 4 janvier, le brouillard matinal est épais et la température ne dépasse pas 4 °C au Gaec (Groupement agricole d'exploitation en commun) de Borio Blanc, à Villematier (Haute-Garonne). Il s’agit d’une journée particulière pour Loïc Constans, l’un des gérants, puisque la taille mécanique reprend sur son exploitation avec un changement important : cette taille et la repasse manuelle qu’elle suppose se feront en un seul passage.

Une tailleuse Chabas équipée d'une remorque

Avec sa tailleuse Chabas à l’avant et sa drôle de remorque à l’arrière, le tracteur Fendt 209V est prêt à partir. Ressemblant à une serre sur roues, la remorque se compose d’un cadre en métal enjambant un rang qui est recouvert d’une bâche en plastique pour protéger les tailleurs en cas de pluie. Jean-Claude Berthet et Roman Carayon y grimpent. Jacques Zamora monte dans sa voiture. Ces trois salariés du regroupement d'employeurs sont les préposés à la « repasse ». Chargés de tailler les sarments trop longs laissés par la tailleuse, les vieux bois non fructifères et les pampres qui se sont développés sur le tronc, Jean-Claude Berthet et Roman Carayon sont debout dans la remorque de part et d’autre des rangs, tandis que Jacques Zamora la suit à pied.

Aucun risque pour les tailleurs de tomber

Benjamin Mast, le chauffeur du tracteur, démarre. Des secousses se font sentir mais aucun risque pour les tailleurs de tomber : ils se tiennent à un garde-corps de 80 cm de hauteur. En revanche, de tels chocs auraient sans doute endommagé la remorque de l’an dernier. « La structure n’était pas assez solide », indique Jean-Claude. « Cette année, elle a été renforcée », précise Roman, en montrant deux montants métalliques qui la rigidifient. Pour pouvoir passer dans les rangs, la remorque n’est tractée que par un côté. Seule sa partie haute soutient l’autre côté, il vaut donc mieux qu’elle soit solide !

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Crédit photo : Grégory Pasquier

Arrivés dans la parcelle, Jean-Claude et Roman connectent leur sécateur pneumatique Campagnola au compresseur monté sur le 3 points du tracteur. Jacques, pour sa part, allume son Infaco. Une fois lancés, le compresseur et la tailleuse génèrent un bruit important mais supportable. Une mesure avec le téléphone indique 70 décibels en moyenne dans la remorque. Cela correspond au bruit émis par un aspirateur ménager.

Deux à trois coups de sécateurs par pied

Le tracteur s’engage dans l’interrang, la remorque s’alignant parfaitement pour enjamber le rang. Roman assure l’opération grâce à une commande hydraulique placée à l’avant. Celle-ci peut activer trois vérins, l’un au niveau du timon pour orienter la remorque dans l’axe du rang, les deux autres au niveau des roues pour corriger le dévers. Ici, le sol étant plat, ce ne sera pas nécessaire.

Jean-Claude et Roman donnent les premiers coups de sécateur. Leur posture est confortable, la tête des souches arrivant légèrement au-dessus de leur taille. Les pieds défilent à une allure soutenue. Chaque tailleur ne donne que deux ou trois coups de sécateur par pied. Très vite, un problème survient. « Ça ne va pas », s’agace Jean-Claude. Les lames de son sécateur ne se rouvrent pas assez vite. « Je ne peux pas retaper de suite », rajoute-t-il. Difficile de suivre le rythme même si le chauffeur, qui garde un œil sur la tailleuse et l’autre sur la remorque, ralentit. C’est d’ailleurs parce que le rythme est soutenu que des sécateurs pneumatiques ont été choisis plutôt que des électriques lesquels sont moins réactifs. De temps à autre, un des flexibles s’accroche à une souche. Mais les tailleurs s’en aperçoivent et le libèrent rapidement.

"On avance entre 1 et 1,5 km/h"

À la fin du rang, Benjamin, le chauffeur, descend de son tracteur pour « dégripper » les sécateurs. Il les graisse abondamment, ce qui les rend aussitôt plus réactifs. Puis commente : « Dans cette parcelle de colombard, on cherche à laisser deux yeux. On évite de trop rapprocher les barres de coupe des cordons pour ne pas couper trop de vieux bois. » En effet, les têtes des souches sont assez proéminentes et difformes. S’il avait rapproché davantage les lames des pieds, il y aurait eu davantage de blessures. Là, seuls quelques pieds présentent des séquelles. Mais rien de grave, les flux de sève ne devraient pas être altérés. En contrepartie, les tailleurs ont plus de coups de sécateur à donner. « C’est pour cela que j’ai roulé à 1,2 km/h, cela leur a laissé le temps de couper ce qu’il fallait. Avec la remorque, on avance entre 1 et 1.5 km/h. »

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Crédit photo : Grégory Pasquier

On repart. Comme les tournières sont larges, l’attelage de près de 7 mètres n’a aucun mal à passer tous les quatre rangs. Jacques le suit à pied pour couper les pampres que les tailleurs dans la remorque ne peuvent pas atteindre et du vieux bois dans la tête des souches qu’ils n’ont pas le temps de couper. Il donne ainsi trois à quatre coups de sécateur par souche. À terme et avec davantage de pratique, l’idée est de supprimer ce passage à pied, quitte à mettre quatre tailleurs au lieu de deux dans la remorque. Il y a la place.

"Un gain de temps énorme"

« Lorsqu’ils suivent à pied, les tailleurs passent trop de temps par souche pour bien les nettoyer, précise Jean-Amand Perez, responsable viticole chez Vinovalie, qui vient d’arriver sur la parcelle. L’objectif dans ces vignes en IGP n’est pas d’avoir un cordon de Royat parfait. Il faut qu’elles se développent correctement pour produire autour de 15 tonnes à l’hectare. Selon la configuration des parcelles, on passe entre 4 et 6 h/ha pour une taille mécanique. Avec la remorque, comme on suit la tailleuse, on passe le même temps en faisant une repasse avec trois personnes [un chauffeur plus deux personnes sur la remorque]. Quand les viticulteurs font la repasse à pied après la taille mécanique, il faut de 12 à 25 h/ha avec le même nombre de personnes. » Le gain de temps est donc énorme. Aujourd’hui, une parcelle de 800 ares plantée à 4 000 pieds par hectare a été taillée en quatre heures environ.

À la fin de la journée, la fatigue du chauffeur est palpable car sa concentration s’est portée à la fois sur la machine de taille et sur la remorque. Quant aux tailleurs, ils rentrent chez eux avec un bras un peu raide. Loic Constans, le vigneron, lui, est satisfait du travail réalisé même si « visuellement, on a toujours l’impression que l’on pourrait faire plus. Mais avec ce genre de taille, il faut accepter que ça ne soit pas parfait ».

De 220 à 280 €/ha

Achetée en Italie chez All Vineyard, la remorque a coûté 8 650 € à la Cuma de Lapeyrière, à Lisle-sur-Tarn. « Elle permet de caler tout le monde sur le même rythme, d’être à l’abri quand il pleut et elle empêche les tailleurs de trop rentrer dans la souche, ce qui leur fait perdre du temps », explique Francis Terral, président de la Cuma et ancien président de Vinovalie. Cette année, ils seront six vignerons pour 55 hectares à en bénéficier. Cela leur coûtera entre 220 et 280 €/ha selon la densité de plantation et l’état du palissage. Ce prix comprend l’ensemble de l’attelage et le chauffeur qui est salarié de la Cuma et auquel il faudra ajouter le salaire des tailleurs chargés de la repasse.

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