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Les vignerons confirment qu'il y a moins de maladies du bois avec la taille mécanique
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Témoignages
Les vignerons confirment qu'il y a moins de maladies du bois avec la taille mécanique

Une nouvelle étude vient confirmer que les vignes conduites en taille mécanique sont moins atteintes par l'esca qu'en taille manuelle. Un phénomène constaté par les vignerons sur le terrain, et un atout de plus pour cette pratique qui permet de réduire les coûts en main-d’œuvre.
Par Ingrid Proust Le 17 janvier 2023
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 Les vignerons confirment qu'il y a moins de maladies du bois avec la taille mécanique
Une nouvelle étude vient confirmer que les vignes conduites en taille mécanique sont moins atteintes par l'esca qu'en taille manuelle - crédit photo : Vincent Gobert
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eux à trois fois moins de symptômes de maladies du bois en taille mécanique qu’en taille manuelle en cordon de Royat : tel est le constat de la chambre d’agriculture du Gard et de l’IFV, dans une parcelle de sauvignon, un cépage très sensible à l’esca, plantée il y a seize ans. Un résultat qui n’étonne pas Pascal Lecomte, ingénieur d’études à l’Inrae de Bordeaux. « La taille mécanique est moins favorable à l’esca que la taille manuelle. Cette expérimentation dans le Gard ne fait que confirmer un phénomène démontré et rapporté dans plusieurs vignobles en France. » Comme en Charente, par exemple. « Nos essais et notre analyse de la littérature nous indiquent que la taille mécanique entraîne une réduction de 25 % des symptômes d’esca et de 61% de la mortalité par rapport à la taille manuelle », signale Claire Grosbellet, responsable vignoble et vin au Pôle technique et développement durable du BNIC (Bureau interprofessionnel du Cognac).

Plus de mortalité en taille manuelle

À Brens, dans le Tarn, Pascal Pelissou observe peu d’esca dans ses vignes plantées en 2011 et 2012 et conduites dès le départ en taille mécanique. Ce viticulteur du groupe coopératif Vinovalie s’est lancé dans ce mode de conduite en suivant les conseils de confrères italiens. « Pour le moment, j’ai très peu de symptômes de maladies du bois ou de mortalité dans mes sauvignons, et seulement quelques pieds de colombard atteints, alors que c'est un cépage habituellement sensible à l’esca. Est-ce parce que mes vignes en taille mécanique n’ont pas encore atteint l’âge fatidique de 15 ans, à partir duquel la maladie s’exprime le plus ? J’ai en tout cas plus de mortalité dans mes sauvignons et colombards en taille manuelle. » Pour la suite, le viticulteur est confiant : « En Italie, nous avons vu des vignes d’environ 20 ans en taille mécanique qui avaient nettement moins d’esca que dans des parcelles en taille manuelle ».

Responsable vignoble au sein du groupe Vinovalie, Jean-Amand Pérez le confirme, sans cependant avancer de chiffres. « Dans les vignes conduites en taille mécanique dès leur plantation en 2011, les maladies du bois sont nettement moins présentes. Les viticulteurs ont beaucoup moins de manquants, y compris sur sauvignon ou cabernet-sauvignon, lui aussi sensible à l’esca. Dans les vignes en taille classique de même âge, le taux de manquants peut déjà atteindre 10%. »

"Quasiment plus de maladies du bois"

À Parleboscq, dans les Landes, Serge Tintané signale lui aussi une très nette différence entre ses vignes en taille mécanique et celles qu’il continue de tailler à la main. « Cela fait seize ans que je me suis lancé dans la taille à la machine, explique ce viticulteur coopérateur, par ailleurs président de l’Anivin. Je conduis 40 ha de cette manière. Dans ces parcelles, je n’ai quasiment pas de maladies du bois : pas de symptômes foliaires, pas d’apoplexie, même pas sur sauvignon ou cabernet-sauvignon. Mes autres vignes en taille manuelle sont plus atteintes. Je marcotte chaque année entre 4 et 6 % de mon vignoble pour faire face à l’esca. »

Comment expliquer ces constats ? « Avec une machine, on ne taille que les bois de l’année et on ne fait pas de grosses plaies de taille », déclare Jean-Amand Pérez.

Moins de blessures

« La taille mécanique n’entraîne de blessures que sur des bois jeunes, âgés au maximum d'un à trois ans, qui cicatrisent mieux que les vieux bois, précise Pascal Lecomte. Ce type de taille coupe les sarments loin du tronc et des branches maîtresses du cep. Cela génère de multiples zones de desséchement, des nécroses, certes, mais plus petites, mieux compartimentées, que la plante gère mieux. Elles ont moins de conséquences sur la progression des champignons pathogènes. »

La physiologie du cep est de fait bien différente en taille mécanique. « La circulation de la sève y est probablement moins entravée qu’en taille manuelle, où les grosses plaies de taille rase proches du tronc entraînent des cônes de desséchement importants », poursuit le chercheur, qui a étudié les maladies du bois pendant plus de vingt ans.

Pascal Lecomte se souvient d'avoir rencontré des viticulteurs charentais ravis de s’être lancés dans la taille mécanique. « Ils avaient nettement réduit la mortalité due à l’esca, tout en obtenant des rendements similaires aux autres modes de conduite. » Mais seulement dans des vignes en IGP ou en vin de France. La taille mécanique produit en effet trop de débris végétaux qui peuvent se retrouver dans la vendange et générer des goûts indésirables. Elle n’est donc pas acceptable pour les vins de distillation. En progression ces dernières années dans des vignobles en IGP ou en vin de France, elle n'est d’ailleurs autorisée dans aucune AOC.

Un bémol : le black-rot

Outre son effet freinant sur les maladies du bois, et donc sur la longévité des ceps, la taille mécanique permet d’atteindre des rendements de plus de 80 hl/ha avec des coûts de main-d’œuvre réduits, y compris sur des vignes déjà âgées. « J’ai passé à la taille mécanique des vignes en fin de cycle. Elles sont toujours opérationnelles et produisent entre 80 et 90 hl/ha sans souci », indique Serge Tintané, viticulteur dans les Landes. Pascal Pelissou dresse le même constat. « Les vignes en taille mécanique peuvent tout à fait durer plus de vingt ans si on les gère correctement. Pour maîtriser les rendements des cépages fertiles comme le gamay, je fais une reprise manuelle assez sévère après la taille à la machine. »  Ce viticulteur du Tarn ne relève qu’un inconvénient à la taille mécanique : «Le risque de black-rot peut être compliqué à gérer car avec ce type de taille, il peut rester sur la vigne des baies momifiées qui vont entretenir un inoculum ».

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Tous les commentaires (1)
Loïc Breton Le 17 janvier 2023 à 13:34:47
En 2012 nous avions visité avec Monsieur Larignon I T V à l époque la propriété de Monsieur Patrick Henri au Mas Thibert qui pratiquait la taille rase depuis 20 ans . On avait constaté sur Sauvignon blanc et cabernet sauvignon peu de mortalité. Votre constat confirme nos observations de 2012 .
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