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Quand les permanents managent les saisonniers dans les vignes
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Retour d'expérience
Quand les permanents managent les saisonniers dans les vignes

Dans les Côtes-du-Rhône septentrionales, le domaine François Villard a formé ses permanents à l'encadrement des saisonniers. L'ambiance s'est améliorée, le recrutement aussi. Et malgré l'agrandissement de la surface, la qualité du travail s'est maintenue.
Par Frédérique Ehrhard Le 18 janvier 2023
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 Quand les permanents managent les saisonniers dans les vignes
Dans les Côtes-du-Rhône septentrionales, le domaine François Villard a formé ses permanents à l'encadrement des saisonniers. - crédit photo : Domaine François Villard
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 En quinze ans, nous sommes passés de 14 à 41 ha de vignes, indique Anthony Plissonneau, chef de culture du domaine François Villard, à Saint-Michel-sur-Rhône, dans la Loire. Pour réussir cet agrandissement et notre conversion en bio, nous avons formés nos permanents pour encadrer les saisonniers. La qualité du travail s'est ainsi bien maintenue. »

Positionné en haut de gamme, ce domaine produit des vins en appellation Condrieu, Côte-Rôtie, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Saint-Péray et Cornas. Au vignoble, 9 permanents encadrent 5 à 35 saisonniers embauchés pour tous les chantiers, du prétaillage jusqu'aux vendanges. Un effectif nécessaire. « Dans nos coteaux très pentus, la conduite de la vigne sur échalas implique beaucoup de travail manuel », souligne Anthony Plissonneau.

Des formations à l'encadrement pour les permanents

Débutées en 2016, les formations à l'encadrement ont aidé les permanents à assumer la fonction de chef d’équipe, avec laquelle ils n'étaient au départ pas à l'aise. « Nous avons fait appel à Anne Tesson, de MDA Formance, qui a animé des sessions d’un à deux jours au domaine durant quatre années. »

Lors de ces formations, les permanents ont pu partager leurs difficultés dans le management des saisonniers, que ce soit du fait du comportement de ces derniers ou parce que le travail était mal fait. « Je me suis rendu compte que je n'étais pas la seule à rencontrer ces problèmes, affirme Céline Rozet, chef d'équipe pour l'ébourgeonnage et l'attachage. Cela m'a aidé à relativiser et à prendre confiance en moi. »

Un livret d'accueil à la place de la charte trop injonctive

En échangeant entre eux, les permanents ont trouvé des idées pour améliorer le management des saisonniers. « Nous avons par exemple remplacé la charte, qui contenait trop d'injonctions sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, par un livret d'accueil plus informatif, détaille Anthony Plissonneau. Nous avons aussi créé un organigramme avec la photo de tous les permanents afin de donner aux saisonniers des repères. »

Au travers de jeux autour des qualités de chacun, les permanents ont également appris à mieux se connaître, ce qui a contribué à souder l'équipe. « Nous avons travaillé ensemble sur la question “qui est le client de mon travail ?”, explique le chef de culture. Chacun a ainsi pu appréhender l'impact d'une étape mal réalisée sur la suivante. Si les piquets n'ont pas tous été vérifiés et remplacés à temps, par exemple, il ne sera pas possible d'attacher tous les ceps en un seul passage. »

Un vrai transfert de connaissance

Ce constat a amené les permanents à prendre conscience que chaque étape devait être bien réalisée, par eux-mêmes mais aussi par les saisonniers qu'ils encadrent. « Cela les a motivé à mieux leur expliquer le travail à réaliser, explique Anthony Plissonneau. Pour que les consignes soient bien comprises, il faut qu'il y ait un vrai transfert de connaissances. Dans mon propre parcours, le manager qui m'a le plus marqué est celui qui m'a appris le plus de choses. »

Au fil de la saison, les saisonniers passent d'une équipe à l'autre. Il a donc fallu se mettre d'accord sur des règles de vie communes. « Si un permanent accepte que les saisonniers fassent une pause au moment qui leur convient, ils peuvent ensuite mal réagir lorsque dans une autre équipe, le chef leur refuse cette possibilité. S'ils se sentent personnellement visés par ce refus, cela risque de déboucher sur un conflit. »

Garder une attitude positive

Aujourd'hui, chaque chef d'équipe veille à garder une attitude positive vis-à-vis des saisonniers et à ne pas réagir à chaud en cas de difficulté avec l'un d'entre eux. « Je suis là en appui pour les aider à analyser ce qui se passe et à trouver une solution, assure Anthony Plissonneau. Parfois, il suffit de changer la personne d'équipe pour qu'elle s'intègre mieux. »

La convivialité, déjà de mise sur le domaine, a été renforcée avec un café offert à la pause du matin, ou un repas à la fin de gros chantiers comme le reliage. Tout cela a contribué à améliorer l'ambiance de travail. « Lorsque les saisonniers se sentent à l'aise et respectés, ils nous respectent mieux également », observe Céline Rozet.

A l'écoute des besoins

Afin d'élargir le recrutement, le domaine a aménagé une aire déstinée aux tentes et aux camions des saisonniers, et leur donne accès à des sanitaires et à une machine à laver le linge. « En fonction des aptitudes de chacun, je leur propose de revenir pour d'autres chantiers, relève Anthony Plissonneau, le prétaillage ou l’entretien des murettes par exemple, afin qu'ils puissent travailler plus longtemps sur le domaine s'ils le souhaitent. »

A l'écoute de leurs besoins, il s’est ainsi constitué un bon réseau, ce qui lui permet de recruter plus facilement et le dispense d’avoir à reprendre ceux qui ne donnent pas satisfaction. « En 2022, malgré le marché de l'emploi tendu, j'ai réussi à former de bonnes équipes ! »

Un livret d'accueil clair et informatif

Le domaine François Villard remet à tous ses saisonniers un livret d'accueil. Ce document rassemble des informations pratiques essentielles, afin qu’ils puissent rapidement trouver leurs marques. « C'est un des permanents qui l'a réalisé et mis en page, avec des photos et des petits dessins qui donnent envie de le lire », apprécie Anthony Plissonneau, le chef de culture. Après une présentation du domaine et de ses méthodes de travail, une photo aérienne situe le parking, le point de rendez-vous du matin, l'aire d'hébergement et les sanitaires. Le livret détaille ensuite les horaires de travail en fonction des saisons, rappelle les règles de sécurité et l'équipement à prévoir selon les chantiers. Puis il liste les différents travaux tout au long du cycle de la vigne, avec le nombre de personnes recherchées à chaque période, pour ceux qui voudraient prolonger leur saison. Et afin de tenir compte des différentes nationalités potentielles des saisonniers, il en existe une version en anglais et une en espagnol.

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