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Pourquoi le brûlage des sarments fait de la résistance en Bourgogne
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Pendant la taille
Pourquoi le brûlage des sarments fait de la résistance en Bourgogne

Le brûlage des sarments reste une pratique très vivace en Bourgogne. Les vignerons concernés nous expliquent pourquoi.
Par Marie-Antoinette de Szczypiorski Le 12 janvier 2023
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 Pourquoi le brûlage des sarments fait de la résistance en Bourgogne
En Bourgogne, un grand nombre de vignerons continuent de brûler les sarments pour plusieurs raisons - crédit photo : M.-A. de Szczypiorski
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es brouettes qui fument dans les vignes en hiver ne seront-elles bientôt qu’un lointain souvenir ? Pas en Bourgogne. Malgré les critiques et les restrictions dont le brûlage des végétaux à l’air libre fait l'objet, ce petit véhicule apparu vers 1950 n’est pas remisé au musée. Loin s’en faut. En hiver, les sarments s’y consument toujours dans un feu réconfortant pour les tailleurs.

En Côte Chalonnaise, « nous sommes encore beaucoup à brûler », rapporte Laurent Juillot, vigneron à Mercurey, en Saône-et-Loire. « Dans mon village, 70 % des exploitations brûlent leurs sarments », assure son confrère Vincent Dureuil, vigneron à Rully, la commune voisine.

Des vignes pentues pas toujours mécanisables

Plus au sud, à Fuissé, dans le Mâconnais, le brûlage reste aussi de mise. « Sur notre secteur, beaucoup de vignerons brûlent les sarments car les vignes sont pentues et pas toujours mécanisables, témoigne Camille Thibert, installée avec son père et sa tante au domaine Thibert. Sur nos 25 hectares, nous en brûlons cinq : nos vieilles vignes dont les rangs font moins d’un mètre de large. »

Selon l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les sarments représentent 2,8 tonnes de biomasse à l’hectare. Or, la combustion de 50 kg de déchets verts émet dans l’atmosphère la même la même quantité de particules fines que 6 000 km parcourus avec un véhicule diesel (source AtmoSud 2015). Mais si les Bourguignons continuent cette pratique ancestrale, ce n’est pas parce qu’ils se désintéressent de son impact environnemental. « Si on pouvait accéder partout en tracteur, nous pourrions broyer la totalité du domaine », précise Christophe Thibert.

Des raisons sanitaires

Beaucoup de vignerons en faveur du brûlage évoquent des arguments sanitaires. Quand l’ombre de la flavescence dorée plane et que les maladies du bois sont une préoccupation majeure, brûler les sarments fait partie des moyens de contenir ces causes de dépérissement.

C’est en tout cas une des raisons invoquées par Vincent Dureuil. Longtemps, il a récupéré ses sarments pour alimenter sa chaudière. Mais il a arrêté dès qu’il a pu obtenir des sciures de tonnellerie, il y a deux ans. « C’est une matière première très propre, contrairement aux broyats de sarments dans lesquels il m’est arrivé de retrouver un fer à cheval et même une baïonnette », assure-t-il. Depuis qu’il dispose des sciures, il s’est remis à brûler les sarments au fur et à mesure de la taille. « Je ne souhaite pas les conserver au sol en raison des maladies du bois », justifie-t-il. Laurent Juillot n'entend pas non plus prendre de risque sanitaire. « Le brûlage ne laisse pas de résidu et ne tasse pas les sols, contrairement au broyage », ajoute-t-il.

On ne peut pas tout faire en même temps

Un autre point avancé par les vignerons est organisationnel. Ils retardent en effet la taille afin d'éviter au maximum les gelées de printemps. « Quand arrive le moment où on peut broyer, c’est déjà le temps des labours. Si on n’est pas équipé, on ne peut tout faire en même temps », précise Vincent Dureuil.

Côté coût, tailler et tirer les sarments coûte entre 800 et 1 000 €/ha, que les tailleurs les brûlent ou qu’ils les disposent en andains au milieu des rangs. Mais dans ce second cas, il faut encore les broyer, une intervention que Philippe Vega, directeur de l’Entreprise adaptée viticole (EAV) de Beaune, facture 200 €/ha. Un surcoût dont ses clients ne veulent pas.

Son entreprise emploie 70 personnes en situation de handicap ou réinsertion, dont 30 se consacrent aux travaux viticoles. « Sur les 200 hectares qui nous sont confiés, nous avions pour objectif d’en broyer 60 avec les deux broyeurs dans lesquels nous avons investi", indique Philippe Vega. Désappointé, il précise : "L’hiver dernier, nous sommes timidement parvenus à broyer 7 hectares. Seuls trois de nos clients sur 29 ont été intéressés par le broyage. » Serait-ce le signe d’un retour au travail à l’ancienne, c’est-à-dire rapide et peu coûteux ? C’est une question que se pose le prestataire.

Le broyage, c'est une économie circulaire

Pour Kathleen Fantato-Jeannin, présidente de Sarm'Énergie, à Gilly-les-Citeaux, pas question de brûler les sarments. Cette prestataire emploie 16 personnes pour des travaux manuels, parmi lesquels la taille. « Nous ne souhaitons pas exposer nos salariés à la fumée », précise-t-elle. Ses clients sont majoritairement des domaines en bio, voire en biodynamie, qui ne sont pas favorables au brûlage. Elle affirme d’ailleurs voir beaucoup moins de fumées sur la Côte qu’il y a une dizaine d’années.

Pour sa part, si elle avait le choix, Camille Thibert, renoncerait au brûlage sur tout son domaine. « Pour apporter de la matière organique, explique-t-elle. Le broyage, c’est une économie circulaire pour la vigne, avec un bon apport de matière carbonée et de minéraux pour les sols. Un hectare de sarments broyés peut être à l’origine de 400 kg d’humus dans les sols qui ont une activité biologique suffisante. Les brûler, c’est s’en priver. »

 

Une pratique photogénique

Selon les vignerons interrogés, les riverains ne se plaignent pas des fumées de sarments, contrairement à celles dégagées par les ballots de paille brûlés dans le cadre de la lutte contre le gel de printemps. D’autant qu’une amélioration est à noter : désormais, les vignerons allument leurs feux de brouette avec des cagettes, des petits fagots de sarments secs de l’année précédente, du carton ou des allume-feu écologiques ; ils envoient l’huile de vidange au recyclage. Et les jolies fumerolles que dégagent les sarments sont toujours l’occasion de faire de belles photos.

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Tous les commentaires (7)
To Le 15 janvier 2023 à 14:00:42
Perso je serais pour le retrait de l'appellation de la parcelle ou tu prends en flagrant delit un domaine à bruler ainsi que 50000e d'amende pour le vigneron. Entre les broyeurs et les sociétés qui récupère les sarments, laissons les méthodes d'un autre temps au placard.
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Jean Claude Le 14 janvier 2023 à 21:51:08
Il y a un arrêté préfectoral qu?il faut tout simplement appliquer, le brûlage doit s?arrêter, il faut développer des filières compostage / recyclage / valorisation énergétique?
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Saint Vincent Le 13 janvier 2023 à 17:12:36
Je suis riverain, vivant dans un village sur la route des grands Crus, enfant et parent de viti, et je peux vous dire que les fumées démarrées dès novembre jusqu'en mars (ensuite ce sera les paillis brûlés. les bougies chimiques, allumés contre le gel, je ne vous parle même pas des traitements sous le vent) elles nous pourrissent la vie, odeur et vapeur de brûlis de sarment mouillés tous les soirs. Fumées épaisses de mauvaises combustion forcément, c'est sous la pluie et la brume pendant des semaines, quelques soit le temps, sur des sarments sitôt coupés sitôt brulés (autrefois ils étaient brulés plusieurs semaines apres et avaient eu le temps de sécher mais maintenant ce sont des sous traitants pour les gros domaines qui ne suivent plus les calendriers d'avant). Dire qu'on brûlait autrefois c'est en partie pipeau : nos ancêtres étaient plus malin et je me souviens des fagots qui démarraient la cheminée. Les montagnes de ceps arrachés chaque automne, vous croyez qu'ils vont où ? Dans la cheminée ? Dans une brûlerie a biomasse ? Ahah bonne blague ! Mais on ne peut plus brûler chez soi ce sont des bois imbibés de traitement ! Il faut féliciter les domaines, qui broient, le broyat est précieux pour la vigne en été et va limiter la sécheresse. Surtout à 42°C cet été avec la canicule... Ces domaines qui broient, ils existent et devraient être encouragés financièrement! La réponse des brûleurs (la grande majorité) ''on peut pas broyer, il va y avoir des maladies''. A la viti on leur apprend à avoir peur de leur propre vignes ? Et bien, ça interroge sur la santé de ces vignes en culture intensive, elles sont vraiment vraiment pas en forme si elles craignent leur propre broyat, non ? Les autres régions le font pourtant ! ça leur est évident mais en Bourgogne, trop de vitis sont les rois et dictent les lois, la préfecture n'ose rien interdire... ils sont dignes des années 50 ceux là avec leur état d'esprit étroit et leurs oeillères. Car il y a aussi moyen de faire recycler en pâte à bois mais certains se plaignent que c'est contraignant ! Alors encore bravo à ceux qui bougent , il y en a mais en plus ils sont mal considérés ! C'est mal vu de se plaindre des fumées en Côte d'or, c'est tabou. Ici des qu'on l'ouvre pour dire que c'est insensé en 2023, on est traité d'écolos bobos et autant vous dire qu'ils ne sont pas aimés. Du coup les gens se taisent... enfin de moins en moins en fait. On parle pas non plus du danger de ces fumées épaisses au bord des routes nationales ou des carrefours. Et puis juste vous dire que c'est un pas beau du tout ces fumées blanchâtres dans la brume, vraiment pas beau ! Redescendez de vos clichés svp ! Bon vous reprendrez bien un petit coup de jaja ? Euh ça dépend s'il m'a pourri la vie ou non .. c'est du Bourgogne ? Alors non merci ?
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Ralph Le 13 janvier 2023 à 16:48:58
Il suffit de prendre la route beaune - Dijon n'importe quel jour entre novembre et mars pour voir que certains viticulteurs brûlent en masse, sous la pluie, dans le vent. Ils n'en ont rien à faire de polluer et tant que cette pratique ne sera pas interdite par la loi, ils continueront. Votre passage sur la photogénie et les riverains pas dérangés est vraiment lunaire (a votre disposition si vous souhaitez un avis de riverain).
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Le voisin Le 13 janvier 2023 à 16:08:05
M.Vigneron21. Vos arguments sont limités et comme le dit M.Gregory un peu moyenâgeux. Croyez vous que le maçon ou le couvreur se promene avec sa brouette de sarments? Vous allez aussi bientôt nous dire qu'il faut climatiser les vignes car l'été le soleil brule!! Bientôt il faudra les arroser alors que le climat du vignoble de Bourgogne a soit disant un caractere unique insrit au patrimoine de l'unesco. Mais ou allons nous? Ou plutôt ou aller vous? Si vous etiez les seuls à respirer les emanations toxiques du brulage des sarments, vous seriez bien libre de votre santé, or vous polluez et intoxiquez votre entourage et nous riverains et voisins. Il existe d'autres methodes pour se debarrasser des sarments et ceux qui ont un peu de conscience s'y sont mis, je les salue! Prenez des chaufferettes si bous avez froid ou même, je vous invite dans la journée de froid et de pluie a venir boire un café chez moi pour vous rechauffer et discuter un peu. Si les contraintes ancestrales de ce metier vous semblent trop insuportables et bien il faut changer de metier alors. Bien amicalemenent.
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Vigneron 21 Le 13 janvier 2023 à 04:58:21
Il y en a visiblement qui se permettent de commenter mais n'ont sans aucun doute jamais passé des journées de 8h dans la vigne à tailler en hiver, sous la bruine, la pluie, le gel, et j'en passe. Merci la brouette qui réchauffe. Faut sortir de son petit cocon urbain chauffé et climatisé monsieur Grégory et venir dans la vraie vie, pas celle du virtuel et des assistés sociaux qui crachent dans la soupe ou plutôt dans le vin.
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grégory Le 12 janvier 2023 à 11:50:28
PHOTOGENIQUE!... ce n'est pas sérieux ?! Vous concluez votre article ainsi, alors que cette pratique d'un autre temps, pour ne pas dire moyenâgeuse, émet des particules fines équivalent à 336 000 kms parcourus par un véhicules diesel POUR UN HECTARE DE VIGNE ?! Dans quel monde vivez-vous !
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