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"Boire avec modération", c’est "devenir un putain d’œnologue" écrit Virginie Despentes
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Rentrée littéraire
"Boire avec modération", c’est "devenir un putain d’œnologue" écrit Virginie Despentes

Avec son art de la formule choc, la romancière impose aux personnages de son dernier roman d’affronter un thème d’actualité : la sobriété.
Par Alexandre Abellan Le 24 septembre 2022
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« Là où il n’y a pas de vin il n’y a pas d’amour » cite un personnage du roman. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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oman épistolaire sur les combats féministes et les addictions, Cher Connard (éditions Grasset, 300 pages) aligne les petites phrases percutantes s’inspirant clairement des punchlines des chansons de rap. Évoquant aussi bien le harcèlement numérique que le fossé entre générations, le dernier ouvrage de Virginie Despentes ne manque pas de parler de vin. Échangeant sur internet avec l’actrice Rebecca Latté, l’auteur Oscar Jayack partage avec elle les réussites et affres de sa cure de désintoxication, de drogues dures et d’alcool. En visite après le déconfinement du printemps 2020 auprès de ses cousins à Neufchâteau, dans les Vosges, l’écrivain note que « les femmes boivent beaucoup. Je pense à ce que tu m’as écrit - les femmes de ton âge sont toutes alcooliques. Elles sont celles qui boivent le plus, en silence, discrètement - elles vident des bouteilles de champagne comme si c’était du Perrier. » Il rapporte également que « pendant le dîner, ma tante insiste "là où il n’y a pas de vin il n’y a pas d’amour". C’est comme si je l’insultais en loucedé en ne remplissant pas mon verre. »

Si Oscar Jayack ne cache pas sa bienveillance face à cette consommation de vin, il perd toute mesure face aux « absolutistes de la sobriété », et leurs discours de culpabisation. Ce qui lance l’auteur sur une diatribe acerbe : « avec modération. Boire comme les autres. Juste un verre, de temps en temps. Sentir qu’on est un peu pompette, si dire demain j’ai du boulot, lever le pied comme font les sobres, avec désinvolture pour dire une fois pour toutes : j’ai assez bu. Je m’arrête là. Comme font les sobres ou comme font les branleurs. Les amateurs. Je n’ai pas envie de devenir un putain d’œnologue. Je n’ai aucune envie de boire avec modération. » Un discours qui n’est pas sans rappeler les fulgurances d’Antoine Blondin, chez Virgine Despentes le vin étant une fin en soi, au sens propre comme en témoignent des réflexions glissées sur l’abstinence et le suicide (encadré)

Sans Goncourt, sans regret

Phénomène de librairie depuis sa sortie cet été, Cher Connard n’est pas en lice pour le premier des concours littéraires qu’est le Goncourt, dont Virginie Despentes était une jurée. Des souvenirs de jury de lecture qui sont étrillés au détour d’une tirade d’Oscar Jayack : « un autre jour encore. Je vais déjeuner en ville - entre auteurs, il s’agit de décerner un petit prix littéraire dont personne n’a jamais entendu parler. Chacun y va de son avis définitif - les gens font semblant. Ils font semblant d’adorer la littérature et de savoir de quoi ils parlent. On finit par donner le prix à n’importe qui - personne n’écoute personne pendant les délibérés, chacun d’entre nous a son idée du truc - qui vote pour un ami, qui vote pour son éditeur, qui vote pour un livre qui lui a plus, qui vote contre un auteur qui lui a déplu. » À ressortir en cas d’absence de prix… Et en cas de trophée ?

 

"Depuis que j’ai arrêté de boire…"

« Régulièrement, parfois sans conviction, je pense au suicide. Depuis que j’ai arrêté de boire, je termine toujours par la même réflexion : avant de partir, la seule chose qui me ferait plaisir, ce serait un verre de vin, un verre de vin blanc, un vin blanc sec, et un autre verre, de blanc moelleux, et puis une coupe de champagne, et un verre de vin rouge, un saint-joseph par exemple. Et un whisky. Sans glace. N’importe quel whisky.

Et alors je me dis : et si je buvais un coup, et puis un autre, si je rattrapais tout ce retard - tous ces verres manqués qui ne m’ont pas accompagné, ni soutenu, ni distrait de ce que je suis. Alors je serais bourré et je n’aurais plus envie de mourir. J’oublierais cette idée. Je ne penserais plus qu’à boire. »


 

 

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