Accueil / Commerce/Gestion / Faute de main-d'oeuvre, la prestation de service viticole s'envole
Faute de main-d'oeuvre, la prestation de service viticole s'envole
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Organisation du travail
Faute de main-d'oeuvre, la prestation de service viticole s'envole

La difficulté de recruter et le développement de la double activité dans certaines régions contribuent à l’essor des prestataires de services. Un partenariat souvent fructueux.
Par Aude Lutun Le 23 septembre 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Faute de main-d'oeuvre, la prestation de service viticole s'envole
La prestation de service se développe en viticulture, notamment pour la réalisation des traitements - crédit photo : Christelle Stef (photo d'archive)
G

uillaume Rousseaux, viticulteur à Mailly-Champagne, dans la Marne, connaît bien la prestation de services. Depuis son installation il y a une vingtaine d’années, il confie tous ses traitements à des prestataires pour se concentrer sur les autres travaux. Cette année, il a travaillé avec six d'entre eux, choisis pour des raisons de proximité ou parce qu’ils possédaient un chenillard. « Je travaille seul sur 4,20 ha situés dans six communes, précise le vigneron. Je ne peux pas être partout. Il y a quelques années, j’ai réfléchi à m’équiper d’un pulvérisateur pour limiter les coûts mais cela impliquait d’embaucher un salarié. Ce n’est plus d’actualité. »

Le coût horaire de la prestation varie de 180 € HT, pour un traitement avec un enjambeur, à 290 € HT avec un chenillard. « La prestation de services a un coût, mais c’est justifié car c’est un métier difficile, avec des pannes de matériel et une main-d’œuvre à gérer, poursuit Guillaume Rousseaux. C’est un bon compromis pour moi. »

Un bon compromis

Ce vigneron entretien de fréquents échanges avec ses prestataires. Ces derniers l’appellent 48 heures avant chaque intervention pour confirmer qu'elle aura bien lieu et préciser avec quel produit afin qu'il l'enregistre dans sa traçabilité.

« Pendant la campagne, je ne les lâche pas et je vais voir sur place s’ils sont bien venus, complète-t-il. J’ai eu un prestataire qui avait oublié deux de mes parcelles ! Cela m’a rappelé qu’il faut être très présent car certains d’entre eux prennent trop de travail. Durant une année facile comme 2022, cela ne pose pas de problème. Mais en 2021, cela a été très compliqué. Dans le même terroir, j’ai eu des rendements à 4 000 kg/ha et d’autres à 7 000-8 000 kg/ha, avec un prestataire qui est intervenu les week-ends. »

Ce prestataire vertueux, c’est Arnaud Duval, basé à Verzenay, qui constate un essor des demandes : « Entre les double-actifs qui préfèrent exploiter plutôt que de louer et la difficulté des viticulteurs à trouver et à garder un tractoriste, nous sommes très sollicités. »

Des prestataires très recherchés

En Gironde, les prestataires sont également très recherchés. « La première motivation des vignerons qui font appel à nous, c'est la difficulté de recruter et de gérer le personnel, estime Benjamin Banton, président des Entrepreneurs des Territoires de Gironde et cogérant de la société Banton & Lauret. La seconde, c'est la difficulté d’acquérir du matériel de plus en plus perfectionné et de répondre aux normes environnementales, avec la traçabilité, la gestion des ZNT, etc. »

Benjamin Banton distingue trois profils de vignerons qui sollicitent un prestataire : les double-actifs, ceux qui exploitent 10 à 15 ha et qui confient quelques travaux et les grosses propriétés qui externalisent toute la conduite de leur vignoble pour se concentrer sur le commerce et le marketing. « Depuis quelques années, le prestataire est considéré comme un partenaire et non plus comme un pompier », se réjouit-il.

"Il faut une bonne rentabilité pour y recourir"

Corinne Rollet, viticultrice au Château Franc-Laporte – 5,5 ha à Saint-Christophe-des-Bardes, en Gironde –, a recours à Banton & Lauret depuis 2020. « Je suis enseignante de maths à la retraite et j’ai fait appel à ce prestataire fin 2019 quand notre salarié qui s’occupait de l’exploitation est parti à la retraite. On s’est alors posé la question d’embaucher un nouveau salarié. Finalement, il nous a semblé plus simple de confier les vignes à un prestataire. »

Cette année, pour limiter les coûts, Corinne Rollet a réalisé tous les travaux manuels, aidée depuis juillet par un salarié à mi-temps. « La prestation de services est une bonne solution, estime-t-elle. Cela se passe bien. L’inconvénient, c’est que c’est coûteux. Il faut avoir une bonne rentabilité pour y recourir. » La vigneronne espère remettre à flot cette exploitation familiale, touchée par la baisse des ventes au caveau à cause du Covid. Elle va continuer de confier une partie des travaux à la société Banton & Lauret.

De plus en plus de vignerons délèguent la pulvérisation

Guillaume Faurie, prestataire à Cognac, est lui aussi de plus en plus demandé. Ses clients sont des vignerons proches de la retraite et dont le salarié vient de partir, des personnes qui ont acheté une parcelle loin de chez eux, des viticulteurs de plus de 50 ans souhaitant ralentir leur rythme de travail et enfin des vignerons qui ne trouvent pas de main-d’œuvre. Guillaume Faurie constate également que de plus en plus de clients préfèrent lui déléguer la pulvérisation car il est équipé de models équipés de panneaux récupérateurs, ce qui n’est pas leur cas.

La prestation de services est amenée à se développer, principalement en raison de la difficulté des vignerons à trouver de la main-d’œuvre. Mais cette solution trouvera peut-être rapidement ses limites, les prestataires peinant eux aussi à recruter !

51 % des vignerons font appel à un prestataire

Selon le recensement général agricole de 2020, 51 % des exploitations viticoles ont recours à des prestations externes et 7 % d’entre elles délèguent tous leurs travaux viticoles. 56 % des exploitations françaises, toutes productions confondues, travaillent avec des prestataires. Ce pourcentage était le même en 2010. En revanche, le nombre d’heures effectuées par les prestataires a progressé de 40 % entre 2010 et 2020. Dans les productions végétales, c’est le secteur des grandes cultures qui est la plus gourmande en prestataires (58 % des exploitations).

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé