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Les solutions de trois vignerons pour limiter la casse des ceps lors du travail du sol
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Désherbage mécanique
Les solutions de trois vignerons pour limiter la casse des ceps lors du travail du sol

Trois vignerons détaillent comment ils s'y prennent pour limiter la casse des ceps lors du travail de la ligne des souches.
Par Frédérique Ehrhard Le 19 septembre 2022
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 Les solutions de trois vignerons pour limiter la casse des ceps lors du travail du sol
Les viticulteurs ont plusieurs astuces pour limiter la casse lors du travail du sol sous le rang - crédit photo : P. Gardin
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u Château de Lascaux, à Vacquières dans l'Hérault, Maguelone Cavalier a pris à bras-le-corps le problème de la casse des ceps lors du travail des rangs. « Il y avait de la casse, surtout dans les vignes de moins de 10 ans, et dans les complants. Cela ne pouvait pas durer ! Quand nous investissons du temps et de l'argent dans de nouvelles plantations ou des complantations, ce n'est pas pour voir ensuite ces jeunes plants arrachés par les interceps », lance la jeune vigneronne, installée aux côtés de son père sur 85 ha en biodynamie.

Un passage de plus

Pour pallier ce problème, Maguelone Cavalier a revu son itinéraire et y a ajouté un passage. « Désormais, nous chaussons les ceps en janvier ou en février avec des socs versoirs, ce que nous ne faisions pas auparavant. Il y a ainsi de la terre meuble au pied des ceps. Dès que l'herbe pointe sur la butte, nous passons avec une décavaillonneuse. Puis, au fil de la saison, nous alternons lames et disques émotteurs associés à des doigts Kress », détaille-t-elle.

En intervenant sur un sol plus meuble et couvert d’adventices peu développées, les interceps sont plus réactifs et s’effacent mieux au passage des ceps. « Si l’herbe pousse très vite, nous commençons par les vignes les plus jeunes afin de les travailler dans les meilleures conditions. Et pour éviter de nous laisser déborder, nous avons également multiplié le nombre d'outils et de chauffeurs. »

Quatre permanents bien formés

Aujourd'hui, quatre permanents bien formés peuvent être mobilisés pour le désherbage mécanique. « Nous avons fait appel aux plus expérimentés afin d'apprendre à ceux qui l'étaient moins à bien régler chaque outil. Ce n'est pas si facile. Il faut prendre le temps d'observer et d'analyser comment l'outil se comporte dans chaque parcelle en fonction de l'état du sol », note-t-elle.

Au domaine Dugois – 11,3 ha conduits en bio à Arsures, dans le Jura –, la casse reste rare, en moyenne de quelques ceps par an. « C'est très peu par rapport aux pertes dues aux maladies du bois », indique Philippe Dugois. Mais certaines années, cette casse est plus importante que d'autres. « Dans nos sols argileux, dès qu'il fait sec, avec le travail du sol, nous soulevons des grosses mottes dures. Lors des passages suivants, le tracteur roule sur les mottes et il est alors difficile de diriger les interceps », relève le vigneron. Pour prévenir la formation de ces mottes, Philippe Dugois chausse désormais une ou deux fois les ceps avec des disques en sortie d'hiver avant d'utiliser les lames.

Beaucoup de concentration

C’est dans les parcelles en double pente, dans le sens du rang et perpendiculairement à celui-ci, que les risques d'accrocher un cep sont les plus importants. La conduite demande alors beaucoup de concentration. « Il suffit d'être fatigué ou d'avoir un moment d'inattention pour dévier et accrocher un cep. Lorsqu'on passe en dévers dans une vigne en pente, c'est particulièrement délicat », observe Philippe Dugois. Dans ce cas, il ralentit, et d'autant plus quand il s'agit de vieilles vignes biscornues.

Pour faciliter la conduite, il prévoit l'an prochain d’équiper son enjambeur pour le travail de la ligne des souches. « Pour l'instant, mes outils interceps sont montés sur un cadre porté à l'arrière du tracteur qui balance lorsqu'il y a des mottes. Avec l'enjambeur, je ne devrais plus avoir ce problème. Je pourrais alors désherber deux rangs à la fois et faire le double de surface dans la journée, ce qui m'aidera à ne pas me laisser déborder. »

Moins de dégâts avec les disques Valmatic

C'est aussi l'objectif de Luc Tabordet, qui cultive 22 ha en bio avec sa compagne, à Quincy, dans le Cher. « Nous nous sommes équipés de deux enjambeurs en plus de celui que nous avions déjà. À trois, nous pouvons travailler le rang sur tout le domaine en quelques jours », précise le vigneron. En intervenant à temps, il limite les situations où la décavaillonneuse est le seul recours pour nettoyer les rangs. « Je l'utilise encore un peu quand il y a trop d'herbe car, dans ce cas, c'est l'outil le plus efficace. Mais c'est aussi celui qui accroche le plus de ceps, particulièrement dans les vieilles vignes. Dans certaines parcelles, il m'est arrivé d'arracher un pied par rang ! », avoue-t-il.

Pour réduire cette casse, il s'est équipé il y a trois ans de disques Valmatic, qui font beaucoup moins de dégâts car ils tournent autour du pied. « Je les associe à des doigts Kress qui passent au ras du cep. S'il n'y a pas trop d'herbe, cela fonctionne bien », assure-t-il. Pour autant, il lui arrive encore d'arracher un cep mal enraciné avec les disques. « Le zéro dégât n'existe pas, il faut l'accepter. »

 

Le point sur les risques de casse

« Le premier facteur de risque reste l'humain. Avec les interceps, la conduite demande de la concentration. Il suffit d'un écart pour accrocher un cep », relève Christophe Gaviglio, ingénieur agroéquipement à l'IFV. Les réglages doivent être soignés. « Afin de préserver la réactivité des interceps, mieux vaut ne pas travailler trop en profondeur ou viser un recouvrement trop large des outils de part et d’autre du rang, car cela ralentit l'effacement », poursuit-il. Les risques d'accrocher une racine sont plus importants avec la décavaillonneuse à cause de sa forme. « Mais c'est l'outil le plus efficace quand le sol est dur ou qu'il y a beaucoup d'herbe. Quand c'est nécessaire de l'utiliser, mieux vaut passer un peu plus loin des pieds, ajouter un cure-cep et choisir un chauffeur attentif », conseille Christophe Auvergne, de la Chambre d'Agriculture de l'Hérault. Les lames, elles, provoquent peu d'arrachage, mais peuvent blesser les ceps, ce qui les affaiblit. L'âge des vignes entre également en ligne de compte. « Dans les vieilles vignes aux souches tordues, on risque plus d'accrocher », note Christophe Auvergne. « Dans ces vignes, le réglage du palpeur n'est pas facile, ajoute Christophe Gaviglio. Il faut alors accepter un peu de casse. »

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Tous les commentaires (1)
Serge Regley Le 19 septembre 2022 à 19:21:18
Une belle photo de pépinière viticole..
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