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Vignes et abeilles peuvent cohabiter moyennant quelques précautions
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Biodiversité
Vignes et abeilles peuvent cohabiter moyennant quelques précautions

Les ruches connectées installées en bordure de vignes dans le Sud-Est et dans les Pays de la Loire montrent que la viticulture et l’apiculture cohabitent parfaitement, moyennant quelques précautions.
Par Aude Lutun Le 14 septembre 2022
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 Vignes et abeilles peuvent cohabiter moyennant quelques précautions
Carmen Suteau domaine du Champ Chapron en Loire-Atlantique devant sa ruche connectée - crédit photo : Domaine du Champ Chapron
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 Je suis passionné par les abeilles, ce sont des insectes extraordinaires », précise d’emblée Jérôme Cantaluppi, chef de culture au Château Mont-Redon, à Châteauneuf-du-Pape, dans le Vaucluse. Cette exploitation certifiée HVE accueille 31 ruches, dont une connectée, installée en partenariat avec Bayer CropScience. Dans le Sud-Est, cela fait six ans que Bayer a placé de telles ruches chez des agriculteurs et des vignerons par l’intermédiaire de distributeurs.

« Notre objectif est de favoriser le dialogue entre les agriculteurs et les apiculteurs, expose Stéphane Bonnissol, ingénieur biodiversité chez Bayer. Les données collectées nous permettent d’identifier les périodes d’abondance et les périodes de disette pour les abeilles. Et de mesurer les éventuelles interactions entre les pratiques agricoles et l’activité des ruches. »

Des pesées toutes les 12 min

Les ruches connectées sont posées sur une balance électronique qui les pèse toutes les 12 minutes. Cette mesure est envoyée automatiquement sur le site web d’Optibee auquel le viticulteur, l’apiculteur et le distributeur associé à Bayer ont accès. Outre la balance, un thermomètre relève la température car celle-ci joue un rôle essentiel dans la vie des abeilles. « Elles sortent en groupe, quelques minutes après le lever du jour dès qu’il fait 12 à 13 °C, souligne Sandrine Bonnand, ingénieure conseil culture environnement Vigne Rhône-Méditerranée chez Bayer. Aussitôt parties, la balance indique 100 à 300 g de moins. » Ainsi, en suivant le poids des ruches, on sait quand les abeilles butinent, si elles sont sorties en grand nombre, quand elles rentrent le soir et si elles amassent ou consomment du miel.

Traitements de nuit

Jérôme Cantaluppi consulte les données de sa ruche tous les matins, pour vérifier qu’il n’y a pas eu d’incident. Depuis qu’elle a été installée en 2019, il n’a rien changé à sa façon de cultiver ses vignes. « Nous traitons la nuit entre 23 heures et 6 heures du matin car il fait chaud en juin et juillet, précise-t-il. Nous n’appliquons aucun désherbant sur nos parcelles en production. En 2023, nous prévoyons d’enherber les tournières et de commencer à implanter des couverts végétaux. »

Des couverts mellifères pour nourrir les abeilles

Pour nourrir les abeilles, il sème des couverts mellifères sur les parcelles arrachées qui restent au repos trois à cinq ans. Ces couverts comprennent 80 % de sainfoin, du trèfle, du sarrasin ou encore de la luzerne. Pour que les abeilles puissent boire, Jérôme Cantaluppi a placé des cannes de bambou dans deux bassins, l’un à 150 m des ruches, l’autre à 400 m. « Elles ont besoin d’un support affleurant dans l’eau, comme une grosse pierre ou une canne, pour pouvoir décoller facilement après avoir bu. Sinon, elles se fatiguent pour s'envoler et se noient. »

Un domaine non bio peut accueillir des ruches

Si ce chef de culture a accepté d’accueillir une ruche connectée, c’est aussi pour pouvoir prouver qu’un domaine viticole non bio peut cohabiter avec des ruches. « J’en ai assez d’entendre les discours contre la viticulture raisonnée, déclare-t-il. L’application de produits phyto est pointée du doigt, mais nos ruches produisent toujours plus de 30 kg de miel par an, sauf cette année à cause de la sécheresse. En réalité, il existe de nombreuses causes de mortalité des abeilles, à commencer par le fait de trop prélever de miel, ce qui les affame, le varroa – un acarien parasite – ou encore les frelons asiatiques. »

À Barbechat, en Loire-Atlantique, Carmen Suteau a installé trois ruches dont deux connectées, au bord d’une de ses vignes depuis 2021. La vigneronne fait partie du GIEE Abeilles Pays de la Loire regroupant cinq viticulteurs qui accueillent chacun une ou deux ruches connectées. Suivis par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, ces vignerons doivent préciser le moment et la nature de leurs interventions, afin de voir s’il y a une corrélation entre leur travail et l’activité de la ruche. Élue à la chambre, Carmen Suteau espère ainsi pouvoir prouver que la viticulture n’est pas nuisible pour les abeilles.

Pas de perte de poids des ruches après les traitements

« Dans le GIEE, trois vignerons sont en viticulture raisonnée et deux sont en bio, précise Pauline Ardois, conseillère viticulture à la chambre d’agriculture. Sur les deux premières années, les relevés ne montrent pas de perte du poids des ruches après les traitements. »

L’exploitation de Carmen Suteau est certifiée HVE, avec des sols enherbés à 80 %. « Pour que les abeilles puissent venir butiner les fleurs, je laisse l’herbe pousser longtemps, indique-t-elle. Je réfléchis à semer des espèces fleuries intéressantes pour les abeilles sur une parcelle au repos. Nous avons également installé un relevé de pollen, qui est réalisé sur la troisième ruche. Les résultats sont bons car les vignes sont proches de différentes espèces d’arbres : des frênes, des acacias, des chênes... Nous avons par ailleurs observé qu’elles aiment la tranquillité. Nos ruches sont dans un endroit paisible où personne ne passe. Celle d’un collègue, située à proximité d’un chemin de randonnée, a de moins bons résultats. »

Données insuffisantes pour comparer bio et non bio

Si les premiers retours montrent qu’une cohabitation est tout à fait possible, moyennant quelques précautions, entre la viticulture et l’apiculture, les données ne sont pas suffisantes pour comparer les ruches placées dans des vignes bio et celles implantées dans des vignes non bio. D’autant que les ruches connectées sont, comme les autres, victimes d’aléas. Il arrive qu’elles soient attaquées par des frelons, renversées par des sangliers ou volées. Parfois la balance tombe en panne faute de pile. Autant d’incidents qui pénalisent la collecte de données sur la vie des abeilles au bord des vignes.

Dure sécheresse

À Alba-la-Romaine, Les Vignerons Ardéchois et Latour Ardèche ont installé une ruche connectée près d’une vigne avec le concours de Bayer. Les données récoltées indiquent que la saison apicole avait très bien démarré, notamment grâce à la belle floraison des acacias. Entre le 6 avril et le 25 mai, la ruche s’est alourdie de 22,9 kg, le fruit de la miellée de printemps. En revanche, la miellée d’été, qui a duré du 22 juin au 1er juillet, a été très modeste, la ruche n’ayant gagné que 3,4 kg. La sécheresse et la canicule ont affecté la récolte de 2022, qui sera, finalement, moyenne.

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