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Terre di Cosenza en Calabre, la jeune appelation sur laquelle mise une poignée de vignerons
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Vignoble Etranger
Terre di Cosenza en Calabre, la jeune appelation sur laquelle mise une poignée de vignerons

En Calabre, au sud de l’Italie, une poignée de vignerons croit en la jeune appellation Terre di Cosenza.
Par HULOT, Mathilde Le 09 septembre 2022
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 Terre di Cosenza en Calabre, la jeune appelation sur laquelle mise une poignée de vignerons
A l'Azienda Agricola Serracavallo, Flaviana et Demetrio Stancati développent l'oenotourisme avec des chambres et des activités. - crédit photo : Mathilde Hulot
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our Demetrio Stancati, l’aventure commence en 1995 quand il reprend la ferme de son grand-père à Bisignano, en Calabre, tout au sud de l’Italie, après avoir achevé ses études de médecine. Aujourd’hui, son exploitation – l’azienda agricola Serracavallo – comprend 25 ha de vignes et 10 ha d’oliviers. Demetrio Stancati produit 150 000 bouteilles par an qu’il vend entre 5 et 25 € HT départ cave. Il lui reste quelques parcelles à planter, puis il s’arrêtera là.

Les vignes couvrent les coteaux

Dans l’immédiat, il donne la priorité au projet œnotouristique qu’il mène avec sa femme, Flaviana Bilotti, ex-avocate et propriétaire d’une galerie d’art. Cinq chambres sentent encore la peinture et des chalets vont être installés. Flaviana explique son offre : dégustation de vin bien sûr, piscine avec vue, cours de céramique ou de cuisine pour apprendre à faire des pâtes traditionnelles, excursions en montagne et à la mer. Le couple est optimiste. Il a de quoi. Depuis la terrasse où nous discutons, la vue est majestueuse. Nous sommes à 600 m d’altitude. Les vignes couvrent les coteaux. Les oliviers tapissent les champs de pompons argentés. Au loin, on aperçoit la barre rocheuse de Pollino qui culmine à 2 248 m.

Les pionniers du renouveau de la viticulture

L’azienda Serracavallo est située à une trentaine de kilomètres au nord de Cosenza, dans la vaste appellation Terre di Cosenza créée en 2014 et dont Demetrio est depuis le début le président. « Nous sommes les pionniers du renouveau de la viticulture dans cette partie de la Calabre, explique-t-il. Au départ, nous étions six à revendiquer l’appellation. Aujourd’hui, nous sommes 60. Nous avons dû tout organiser et imaginer une pyramide avec des IGT (version italienne des IGP) à la base et des sous-régions au sommet, équivalentes à vos crus. Même si la viticulture dégage une faible marge, elle attire toujours plus de monde, des architectes, des ingénieurs… »

Comme Giuseppe Chiappetta. En 2014, associé à un géomètre, cet ingénieur achète Terre di Balbia. Entièrement close, cette petite propriété de 8 ha de vignes et 2 ha d’oliviers est située à Altomonte, à 40 km de l’azienda Serracavallo. On y entre par un portail automatique cerné de deux grands pins parasols. Giuseppe Chiappetta nous accueille. « Nous voulons faire des vins de qualité, en bio et avec des cépages autochtones. Nous faisons tout à la main », assure-t-il. Une ligne de conduite dans l’air du temps. « Nous avons une passion pour le vin, mais pas de compétences », avoue-t-il. Alors tous deux font appel à des experts – Marco Simonit et Paolo Sirch pour les vignes et Gianfranco Fino pour le vin. En revanche, Giuseppe a dessiné lui-même la nouvelle cave qui verra le jour prochainement et d’où sortiront 25 000 bouteilles par an.

La Calabre n'est pas encore connue

Le vigneron nous fait déguster ses vins. Quand vient la cuvée Fervore, « ferveur » en français, un vin doux, il attire notre attention sur l’étiquette qui montre un cœur s’envolant dans le ciel. « C’est mon cœur », sourit-il. Mais il a beau mettre tout son cœur dans son aventure, il a du mal à vendre. « La Calabre n’est pas encore connue », regrette-t-il.

Plus au nord de Cosenza, presque au pied des monts Pollino, dans la sous-région du même nom, deux autres ingénieurs, Ermanno et Pier Giorgio Falvo, mènent Masseria Falvo 1727. En 2001, les deux frères prennent la suite de leur grand-père. Alors que ce dernier cultivait des oliviers et des orangers sur cette vaste propriété, ils décident de produire du vin. Eux aussi sont passés en bio. En 2010, ils ont construit leur cave, un simple hangar sans chichi, ni même de salle de dégustation, mais où tout est impeccablement bien rangé et propre. Ermanno nous affirme que c’est grâce à sa femme, Gabriella, chimiste de formation et très méticuleuse. Alors que les cépages locaux étaient traditionnellement assemblés, ils choisissent de les vinifier en monocépage. Leur gamme est large, de 8,40 € prix public à 70 €. Ils vendent beaucoup à l’export, en Suisse, au Danemark, en Corée, aux États-Unis... Une activité épuisante : « Quand on a vendu nos 80 000 bouteilles, nous sommes à zéro. C’est un jouet qui coûte très cher », lâchent-ils avec humour.

Pour contrebalancer la montée en gamme de Cirò

Dans le village pittoresque de Saracena situé à un quart d’heure de là, les Viola, une famille d’enseignants, ont fait leur réputation sur leur incroyable passito, un vin liquoreux à base de guarnaccia et de malvasia à parité que l’on trouve à 40 € TTC les 50 cl. Le père et ses deux fils sont fiers de ce vin. Eux ne produisent que 20 000 bouteilles de rouges, blancs, rosés et liquoreux, à partir d’une surface de 6 ha. Un « petit » jouet !

Avec tous ses nouveaux producteurs, l’appellation Terre di Cosenza, encore peu connue, apparaît comme une option intéressante pour contrebalancer la montée en gamme de Cirò qui se trouve à l’est de la Calabre, sur la côte ionienne. Cette DOC compte passer en DOCG et donc augmenter ses prix. « Si c’est le cas, explique un restaurateur de Lausanne, Terre di Cosenza sera une bonne alternative à Cirò. » Comme partout, les acheteurs veillent à la dépense !

La terre du magliocco

La DOC Terre di Cosenza couvre environ 4 000 hectares de vignes, produit du vrac et près de 1,5 million de bouteilles. Le magliocco, son principal cépage, semble battre tous les records du nombre de synonymes. Le cahier des charges de l’appellation précise qu’il est « également connu localement sous les noms de magliocco dolce, arvino, mantonico noir, lacrima ou guarnaccia noir ». Rien que ça ! Quel que soit le nom qu’on lui donne, cette variété doit entrer pour au moins 60 % dans l’assemblage des Terre di Cosenza rouges. Traditionnellement, elle est assemblée au greco nero. De plus en plus de vignerons la vinifie pure pour exprimer son potentiel. Elle donne alors des rouges très élégants et ronds avec des notes de cerise et de tabac et des tannins d’une grande douceur. Le magliocco est un cépage tardif qui donne des vins agressifs et déséquilibrés s’il ne mûrit pas bien. C’est pour éviter d’en arriver là que le cahier des charges impose un rendement moindre et un degré plus élevé à la récolte que pour les autres cépages.

Tags : Italie
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